Jean-Philippe Toussaint : « Seul le temps lave vraiment le regard »

L’ouvrage est court et passionnant, dense et riche d’autodérision. L’Urgence et la patience, de Jean-Philippe Toussaint, est un recueil d’une dizaine de textes, certains inédits, d’autres, plus nombreux, publiés dans des revues et diverses contributions. Tous ont été relus pour la présente édition.

Avec un humour singulier, Toussaint y parle de ses lectures, dévoile ses trucs d’écriture, ses manies, ses bonheurs. Il nous raconte sa passion pour Dostoïevski, son admiration pour Samuel Beckett, son amitié pour Jérôme Lindon.

Le livre tire son titre de « l’urgence, qui appelle l’impulsion, la fougue, la vitesse — et la patience, qui requiert la lenteur la constance et l’effort. Mais elles sont pourtant indispensables l’une et l’autre à l’écriture d’un livre (…). » Et à sa relecture, comme Jean-Philippe Toussaint l’explique, avec force images, dans le texte suivant (page 29/30).

O. Quelier

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En aval…

« En aval, dès qu’une page est terminée, on l’imprime et on la relit, on l’amende, on la rature, on trace des flèches à travers le texte, on corrige, on ajoute quelques phrases à la main, on vérifie un mot, on reformule une tournure. Puis on réimprime la page et on recommence, on recorrige, on vérifie encore, puis on réimprime et on relit et ainsi de suite, à l’infini, traquant les fautes et débusquant les scories, jusqu’à l’ultime échenillage des épreuves.

(…)

Il y a de multiples stratégies pour essayer de découvrir le travail d’un œil neuf, de le piéger, de le surprendre, à l’improviste, comme si on le découvrait pour la première fois pour le juger d’un regard impartial. Une sieste peut faire l’affaire, une longue nuit, encore mieux. J’ai même l’intuition qu’une partie de la relecture d’un livre peut se faire durant le sommeil. À l’état de veille, le livre s’est inscrit dans le cerveau avec la précision d’une position d’échec, et, la nuit, quand on dort, l’étude des variantes se poursuit (…). Mais inutile de s’acharner à raturer sans fin. Seul le temps lave vraiment le regard. »

L’Urgence et la patience, de Jean-Philippe Toussaint. Éditions de Minuit, collection Double, 112p., 6€.

À lire aussi : 

« La phrase mutine de Jean-Philippe Toussaint« .

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