Elle a été, Agathe

9782246858539-001-X_021 juin 2007. Les médecins sont formels : ils ne peuvent plus rien. Moins de deux mois plus tard, Agathe meurt. Elle a 23 ans.

Depuis sa naissance, son ennemi porte un nom à l’orthographe incertaine mais à la réalité inquiétante : la mucoviscidose. La maladie vient de gagner, de haute lutte…

Sept ans après, Didier Pourquery, le père d’Agathe, reprend ses carnets, ravive ses souvenirs et décide de « raconter qui était cette jeune femme vivante, joyeuse et directe ». De la raconter et de lui parler, sans larmoiement ni étalage, avec pudeur et élégance.

Les pages de L’Été d’Agathe (Grasset) dessinent en creux les sillons des larmes cachées, dressent le portrait d’un homme à la vie sentimentale complexe, d’un grand pro plongé dans son travail de peur de se noyer dans son existence, d’un père surtout, mesurant trop bien ce que représente pour sa fille « une vie de douleurs, de gêne, d’empêchement ».

Agathe a trop à faire, à découvrir, à aimer, à imaginer pour rester corsetée dans la maladie. Elle court après la vie même quand les mots se pressent comme dans une salle d’urgence, froids, terrifiants. Service de pneumologie, greffe de poumon, fistule, infection, rejet, attaque bactérienne, cure d’antibiotiques, abcès, vomissements…

Pour tenir, l’entourage d’Agathe se bâtit de solides protections, dans « l’ici et maintenant ». Elles s’envolent parfois dans les volutes de cigarettes, se perdent dans les messages électroniques ou les paroles d’une médium. Elles font payer cher au corps ses tensions et son épuisement, au cœur ses battements, ses abattements.

Une fille de la plage

Au milieu de tout ça, pourtant, à l’origine de tout ça, il y a l’été. L’été 1984 qui voit naître la jolie Agathe. Les étés à Oléron, en famille, en fille aventureuse, en amante libérée, en étudiante dynamique. Les étés à l’hôpital, à Paris, devant les émissions de télé-réalité ou les séries américaines.

Le dernier été. Agathe est morte le 10 août 2007 à 2h 40. « Elle aurait eu vingt-trois ans le 15 août à 2h 40 du matin. Elle a poussé l’élégance jusqu’à partir à l’heure où elle était arrivée. Tout Agathe ça… extraordinaire même dans les détails. »

Dans les phrases de son père, Agathe se raconte, se montre, s’emporte, se livre. Sans cri ni drame, Didier Pourquery se dévoile presque autant, serein et fort du combat de sa fille, décidé à lui parler encore et toujours.

« Comment lui expliquer que durant toutes ces années, parmi toutes mes avanies, aventures et hésitations, elle est restée mon point fixe ? Comment lui dire sans pathos qu’elle a été une boussole ? ».

Agathe est partie, mais reste présente. Vivante pour ceux qui l’ont connue et ceux qui vont la connaître grâce à ce texte. La fille de la plage, la fille de l’été, la fille des rires et des danses est là, elle nous dit de continuer à avancer.

Olivier Quelier

L’Été d’Agathe, de Didier Pourquery, éditions Grasset, 198p. 17€.

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Didier Pourquery a expliqué sur RTL : « Je voulais écrire sur la vie de ma fille, sa vie à elle et puis celle avec la maladie ».

 

 

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