Deux enseignants rendent les fautes de français admirables

Je ne m’attendais pas à ça. En ouvrant Les plus jolies fautes de français de nos grands écrivains (Payot), j’imaginais un de ces florilèges égrenant quelques phrases bien trouvées, mises en page en gros caractères, avec un important travail graphique pour habiller la maquette. Pas du tout !

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Les plus jolies fautes de français de nos grands écrivains, l’ouvrage d’Anne Boquel et Etienne Kern, tous deux professeurs de lettres, est dense, riche, structuré, profond. Loin des recueils de listes, les fautes citées sont expliquées, comparées, replacées dans leur contexte, littéraire et grammatical.

Les auteurs l’expliquent en préambule, avec une réelle gourmandise : « Nous sommes allés glaner (…) quelques uns des plus beaux, des plus énormes, des plus irrésistibles méfaits commis contre la syntaxe et l’orthographe ».

Révisions

Le lecteur révise avec eux le français, son orthographe, sa syntaxe, découvre les néologismes et les barbarismes signés des plus célèbres auteurs —leur style, quand la faute est assumée, cherchée— en se disant que même les plus grands (Zola, Balzac, Duras, Baudelaire, Flaubert…) ont fauté avec la langue française.

Les dix-sept chapitres regroupent les erreurs en autant de règles de base : accorder l’adjectif, le déterminant, le verbe ; respecter l’emploi des modes et des temps ; choisir le mot juste ; éviter pléonasmes et redondances…

« Pour autant, rappellent Anne Boquel et Etienne Kern, ce florilège n’a rien d’iconoclaste (…) ; il n’a d’autre but que celui-ci : que les amoureux des lettres redoublent d’admiration pour les écrivains qui leur sont chers ». Car, affirment-ils, « il est des cas, plus nombreux qu’on ne pense, où la faute est admirable ».

Ils évoquent la forte tendance de Balzac à l’invention verbale : citant la « compatissance » d’untel, un bruit « désapprobatif », l' »inexpériente » Fanny.

Que dit le personnage muet ?

Le plus drôle du livre se situe dans le chapitre « De l’importance de se relire », riche de gaffes, bourdes et bévues dont le lecteur, un brin revanchard, se régale :

« Il est onze heures, répéta le personnage muet. » Balzac

« Ah ! dit Don Manoël en portugais. » Dumas

« Un reptile hésitant dont la main eût été la tête. » Mauriac

« Tout le mal n’est que dans ces cinq lettres B R U L A R D qui forment mon nom. » Stendhal

L’ouvrage, pratique et maniable, est autant un manuel illustré d’exemples pertinents qu’une balade amusante et instructive parmi les tentatives, envolées et ratés des meilleurs auteurs. Qui donneront matière à consolation, voire, pourquoi pas, motivation à se lancer dans l’écriture car, comme l’écrivait Montherlant : c’est « à l’audace de leurs fautes de grammaire que l’on reconnaît les grands écrivains ».

Olivier Quelier.

Les plus jolies fautes de français de nos grands écrivains (Payot) 168p. 12€.

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