François Chalais : « Le désir obsédant de comprendre dans la compagnie de qui je vivais »

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Photo : association prix François-Chalais.

Les vocations naissent parfois d’étrange manière. Prenez François Chalais. On passera sur le passé trouble de l’homme pour retenir son travail de grand reporter dans la presse écrite et pour l’émission 5 colonnes à la une.

Chalais participe également à la création du Festival de Cannes, réalise des téléfilms et signe une vingtaine d’ouvrages et trois livres de souvenirs, dont Les Chocolats de l’entracte.

La mémoire télévisuelle garde le souvenir de sa violente altercation, lors d’un débat, avec l’écrivain Jean Edern Hallier.

L’extrait ci-dessous, pour le moins original —et parfois un peu abscons… — raconte comment François Chalais a décidé de devenir journaliste.

Au matin de mes dix-huit ans, j’eus une sorte de révélation. J’en tremble encore. Je vivais à Strasbourg, et soudain je compris que j’étais peut-être le contemporain de Molière et de Racine, mais que je ne le saurais jamais. Pire : le sachant, je n’aurais jamais l’occasion de les approcher. Respirer au XVIIe siècle sans avoir dans sa poche un billet pour la première de L’École des femmes, quelle tragédie ! Laisser à ses petits-enfants le soin de découvrir l’essence de l’époque qui a été la nôtre, c’est cela la véritable malédiction originelle. Les seuls paysans de ce temps dont on ait conservé le souvenir, c’est parce qu’ils ont été peints par Le Nain. Ils sont peu nombreux. Paysan d’une nouvelle espèce, celle qui a le malheur de savoir que la peinture existe, je me mis à la recherche d’un peintre. Plus exactement, je devinais que je ne serais pas tout à fait vivant au monde tant que je ne posséderais pas le numéro de téléphone de Saint-Simon, ou les coordonnées de La Fontaine. Le seul moyen de savoir par moi-même si Louis XIV valait la peine qu’on le considérât était d’obtenir une carte me permettant d’aller l’interviewer. Mon univers avait tiré sur lui-même les rideaux jumelés de ma naissance et de ma province. Le désir obsédant de comprendre dans la compagnie de qui je vivais me saisit. Il ne m’a pas lâché depuis.

Est-ce à ce moment que je décidai de devenir journaliste ? Je le crois.

François Chalais, Les Chocolats de l’entracte (Stock, 1972, rééd. Livre de poche).

 

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