Journalistes : être ou ne pas être sur le terrain

Bien sûr, les journalistes doivent être présents sur le terrain. Mais en ont-ils encore le temps, les moyens ? Est-ce même indispensable ? Voici deux courtes réflexions pour alimenter un débat toujours actuel dans bien des rédactions.

  • Pierre Assouline : l’imprégnation

Quelque chose me dit que Ben Myers ose écrire tout haut ce que beaucoup d’écrivains n’osent même pas confier à leur téléphone portable. Ce journaliste-écrivain britannique, dont le deuxième roman paraît à la fin de l’année, a honte de l’avouer mais il l’avoue quand même, et en public puisque c’est sur son blog : avant, lorsqu’un romancier devait se documenter, il n’hésitait pas à consacrer des mois à la recherche en bibliothèque et à l’enquête sur le terrain ; désormais, quelques clics lui suffisent et le moteur lui apporte des précisions sur un plateau, Wikipédia en tête. Myers le reconnaît : il a renoncé à se rendre dans un petit village de Roumanie où se situe en partie l’intrigue de son prochain roman, car l’internet a favorisé sa paresse.

Sans être normand, je lui ferais bien une suggestion à la normande : Ben, ne renonce ni à l’un ni à l’autre. La recherche sur la Toile apporte dans l’instant des précisions indispensables; cela n’empêche pas que ce que l’on découvre en bibliothèque ne se trouve pas sur écran, que c’est là une source irremplaçable et que la pratique du terrain est tout aussi indispensable car elle procure à l’écrivain des odeurs, des couleurs, des choses vues, des intuitions inédites. Le secret, ce n’est pas tant l’enquête que l’imprégnation. Aller sur les lieux et respirer, regarder, écouter, quitte à ne rien noter. Après un travail de décantation, un jour ou l’autre, ça ressortira. C’est d’ailleurs la leçon du grand Simenon… (Pierre Assouline, blog La République des livres).

  • Jérôme Bony : l’impression irremplaçable

Bien sûr, être sur le terrain ne vous rend pas omniscient : le reporter peut ignorer une réalité qui se déroule à quelques kilomètres, de l’autre côté d’une ligne de front, ou à quelques mètres, derrière une porte close sur les négociations des grands de ce monde. Reste tout de même une impression irremplaçable, cette atmosphère particulière dans laquelle baigne chaque événement – sauf pour ceux d’entre nous qui se laissent enfermer dans des circuits tout tracés – et la chance d’avoir un contact direct, d’entendre sans intermédiaires les paroles des acteurs de cette histoire. (Jérôme Bony, Écritures journalistiques, Benoît Grevisse, éditions De Boeck).

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