Stéphanie Hochet : éloge de sa Majesté le Chat

Mon chat, fin lettré — il adore Colette et Céline — a pour livre de chevet le Dictionnaire amoureux des chats, de Frédéric Vitoux (il le feuillette chaque jour, Brassens en fond sonore) — mon chat donc, m’a conseillé de lire le bref mais charmant et érudit Éloge du chat signé Stéphanie Hochet.

unknownMon chat — notez au passage qu’il se nomme Caramel et, surtout, remarquez qu’il m’autorise dans sa grande mansuétude l’emploi de l’article possessif à son endroit (c’est dire s’il m’apprécie) — mon chat, disais-je, m’a tiré de mon oisiveté pour m’inciter à écrire la chronique de cet ouvrage à la gloire de son espèce animale (sans oublier de me faire remarquer mes nombreuses répétitions du mot « chat » dans les lignes précédentes…).

Paradoxe

Stéphanie Hochet constate avec justesse que le statut du chat est paradoxal. L’animal lui-même est un paradoxe : prédateur fin et élancé à l’élégance du tigre, il apparaît en littérature (chez Rabelais et La Fontaine) comme un gras hypocrite plein de fatuité et d’arrogance. Mazarin et Richelieu aimaient les chats : le parallèle entre eux est troublant.

Flexible, souple, fin gymnaste, le chat ne doit pas son règne au hasard. « Il est le fruit d’une longue évolution et d’une collaboration avec l’humain » note Stéphanie Hochet. Peut-être d’ailleurs l’a-t-il assis sur une spécificité : « Le chat séduit, le chat exaspère, le chat est un continent noir immergé dans notre inconscient ». Le chat, donc, « est un animal féminin ».

Pas replet

Un long chapitre est consacré à cet aspect essentiel : le félin — la féline — est tout de caresses, de volupté, de séduction. L’auteur argumente son sujet avec force référence à la littérature, au cinéma, au langage populaire. De l’amour à l’hystérie, de l’affection à l’érotisme, il n’y a qu’un pas…

Vous comprendrez, chère Stéphanie, que je passe sous silence les pages consacrées au « replet ». Même sous couvert de métaphysique ou de religion, le poids (j’ose à peine écrire le mot) est entre Caramel et moi source de longues négociations, de rouerie souvent, de conflits parfois.

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Mon chat Caramel, amoureux des pages qu’on feuillette (plus que du tricot).

Part de mystère

Et Dieu dans tout cela ? Il se pourrait bien que, dans son essai, Stéphanie Hochet nous révèle la preuve que « le chat est Dieu ». On comprend, au fil des pages, qu’à observer les chats, on en vient à observer les hommes. C’est dire si le projet est d’envergure. L’auteure s’y attelle avec modestie, pertinence et concision, sachant qu’il faut laisser à ce « transgresseur par excellence » sa part de mystère et de fantasme.

Caramel s’est assoupi sur une anthologie de textes de Raymond Devos. Le soleil, par la fenêtre, chauffe son pelage. Il ronronne, serein.

Mon chat, c’est quelqu’un.

Olivier QUELIER.

Éloge du chat, de Stéphanie Hochet, éditions Léo Scheeer (Anima). 15€. Rivages Poche n°864, 6€.

 

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