Stéphanie Hochet : bourgeoisie anglaise à l’heure des drames

La guerre est finie, enfin. La vie peut reprendre. Jeunes et vieux, fils et pères sont rentrés. Pas tous, bien sûr. Pas tous entiers. Mais l’époque est terminée où le Sussex languissait, vidé de ses forces vives, les femmes au travail, les hommes au front.

Pas tous les hommes : Edward n’a pas fait la guerre. Parti de la capitale où il tient une horlogerie, il reste dans la campagne anglaise auprès de sa femme, Anna, et de leur fils, Jack, né le 14 février 1915 : « Les Dardanelles pour le pays dont l’armée partait en expédition en Turquie, le jour de Jack pour moi. L’enfer comme point commun » raconte Anna, la narratrice, qui persuade son mari d’embaucher une nourrice pour s’occuper de l’enfant pendant qu’elle se livrera à ses travaux de traduction.

George répond à l’offre d’emploi publiée dans The Times. Anna va le chercher à la gare, s’attend à rencontrer une femme. George. « Comme George Eliot » avait-elle pensé à la lecture du courrier. Pourquoi cette idée ? A cause de cette annonce politique du droit de vote bientôt accordé aux femmes ? Anna voit descendre du train un homme dans la vingtaine, pâle, inquiet, au timbre doux, souffrant d’une sévère faiblesse cardiaque.

George, par son écoute, sa rigueur, sa bienveillance, fait des merveilles sur le petit Jack. Et ne laisse pas Anna indifférente. Au fil des jours, la jeune femme se prend à mesurer la distance grandissante avec son mari : sa bedaine d’homme satisfait, sa mesquine jalousie et sa méchanceté larvée.

Le dégoût s’installe.

Et le drame rôde.

C’est le grand talent de Stéphanie Hochet : du tableau familial qu’elle dresse sans concession, de l’élégance précise et précieuse de sa langue qui recrée l’ambiance bourgeoise de l’Angleterre post-victorienne, de son interrogation sur les a priori du genre et sur l’ambiguïté sexuelle, faire surgir, d’une phrase, d’un mot, la froide violence de l’horreur.

En écrire davantage serait priver le lecteur de troublants sursauts et de surprenante stupeur. Stéphanie Hochet instaure dans Un roman anglais la cruauté flegmatique, l’effroi tout en retenue d’une histoire qui ravage, sur deux guerres et deux générations, une famille et une nation.

Olivier Quelier

Un roman anglais, de Stéphanie Hochet, Rivages,  2015, 170 pages, 17 €.

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Stéphanie Hochet : éloge de sa majesté le chat.

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