« Le journalisme sans peine » : c’est la peine de s’y (re)plonger !

Exercice courageux et douloureux (mais aussi savoureux…) pour tout rédacteur que de se (re)plonger dans Le Journalisme sans peine, de Michel-Antoine Burnier et Patrick Rambaud, publié chez Plon en 1997.

imagesLe journaliste, si scrupuleux soit-il, se trouve confronté, dans Le Journalisme sans peine, de Rambaud et Burnier, à ses pires ennemis. Non pas l’information, comme l’affirment les auteurs facétieux. Mais bien les cliquants clichés, les périphrases périlleuses, l’inévitable novlangue et les absurdes adverbes.

Autant de sbires serviles et hypocrites (ils sont en réalité très nombreux) obéissant à la « loi médiatique » qui consiste « à tempérer, à cacher, à noyer, à effacer l’information. »

Exemples à l’appui, Burnier et Rambaud assènent au lecteur un salvateur cours de style médiatique qu’il est urgent de ne pas prendre au premier degré. Précision inutile ? Pas certain, si, comme moi, vous lisez la presse…

Attention au carpaccio

Attention donc à la technique du carpaccio, qui consiste à employer et multiplier les mots ou les expressions en dehors de leur sens normal : on ne suit plus, on emboîte le pas ; plus personne ne débat puisqu’il s’agit de croiser le fer…

Attention aussi aux métaphores puisées dans les temps très anciens (la fameuse houlette) moyenâgeux (la sellette) ou du 19e siècle (la férule).

Et attention, en vrac, à la fière chandelle, au pavé dans la mare, au giron et au bras de fer.

Grasse friandise

Quant à la périphrase, cette grasse friandise que les rédacteurs utilisent avec ferveur de peur de la répétition, elle a l’effet inverse, chargeant la phrase et lui conférant du « ronflant ». Démonstration par l’absurde : « la Dame de fer s’est refait une beauté » se traduit-il par « la Tour Eiffel a été repeinte » ou « Mrs Thatcher a changé de chapeau » ?

En proposant de nombreux exercices (et leurs corrigés), Burnier et Rambaud nous prouvent combien il est facile de tomber dans les pièges de la langue et de l’information boursouflée ou anémiée.

1.249 clichés usuels

Le livre se termine par quelques modèles d’articles à recopier et par une liste — redoutable — de 1.249 clichés usuels…

Le Journalisme sans peine a été publié chez Plon il y a près de vingt ans, en 1997. Hormis quelques noms propres sortis de l’actualité, il n’a pas vieilli.

Je me demande donc ce qu’attendent les éditeurs pour republier cet ouvrage écrit avec tant d’humour et de pertinence qu’il surclasse n’importe quel pompeux manuel de journalisme.

Olivier Quelier

À lire aussi :

99% des adverbes ne servent à rien.

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