Sylvain Tesson : « Ce qui guide ma phrase, c’est mon scalpel »

Sylvain Tesson vient de publier Sur les chemins noirs. Pour la parution d’un précédent roman, l’écrivain-voyageur expliquait sa vision du style et le choix qu’il fait du mot juste, même s’il est compliqué. Extraits.

contributor_73086_195x320« J’aimais la géographie des mots, et dans mes premiers livres j’avais tendance à en mettre beaucoup trop. J’ai heureusement rencontré Olivier Frébourg, un éditeur qui a beaucoup compté pour moi et  mon écriture, car il m’a appris à dégraisser.« À cause de la géographie sans doute, j’ai longtemps été fasciné par les mots, leur voyage, leur origine, par ce qu’on leur fait dire, ce qu’on leur fait mentir…

Donc ce qui guide ma phrase aujourd’hui, c’est mon scalpel. J’essaie vraiment d’aller à l’os. Contre ma nature.

Je ne me suis jamais senti vraiment écrivain, mais j’essaie de composer une bonne rédaction, comme un élève bien élevé, en enlevant au maximum.

Comme quand je fais un sac de voyage. J’éprouve une jouissance extraordinaire à remplir un sac qui va me servir pendant plusieurs semaines, en prenant exactement ce qu’il faut, c’est-à-dire le moins possible. C’est ça le style, en fait. C’est accorder la légèreté de la phrase avec la gravité de ce que tu veux dire.

Exhumer un mot

[…] Je veux toujours en enlever. Heureusement qu’il n’y a que deux jeux d’épreuves d’ailleurs, parce que sinon je couperais tout. Je ne serais satisfait que s’il n’y avait plus que la ponctuation, en enlevant tous les mots !

Et en même temps, j’aime bien utiliser les mots compliqués de la géographie, pour la simple raison qu’il y a des mots qui décrivent une réalité. Un talweg par exemple, ce n’est pas la même chose qu’une dorsale.

Le problème, c’est que beaucoup de gens vous reprochent, quand vous placez dans vos livres des mots rares, de vous montrer pédant ou élitiste. Ces mêmes gens qui ne sont pourtant pas du tout embêtés quand ils vont découvrir une nouvelle exposition, un nouveau film ! Non, pour moi, exhumer un mot, c’est aussi merveilleux qu’exhumer un nouveau vin.  »

Sur les chemins noirs, de Sylvain Tesson, Gallimard, 15€.

(extrait d’un entretien avec Julien Bisson pour Lire, février 2015)

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