François Reynaert : « Le financier vient de s’offrir un journal »

Nos amis les journalistes (2002) est le premier roman (sous-titré « roman comique ») signé Francois Reynaert, alors chroniqueur au Nouvel Observateur.

img_1446Dans cette farce piquante et désinvolte qu’est Nos amis les journalistes, le rédacteur en chef, Abel Bahu, entend livrer au public ce qu’il attend. Selon lui, « la non-information, l’événement zéro « .

Pour incarner journalistiquement cette idée, il lui faut « le dossier du non-dossier, l’enquête jamais faite sur l’inenquêtable ».

Marie-Bénédicte Benard, sbire zélée et soumise, avance l’idée du reportage dans « le pays où il ne se passe rien ». Son nom ? Le Tourdistan. Les préparatifs sont lancés.

« Hénaurme » mais réaliste

Basile, pigiste à l’essai, le chef du service étranger et Marie-Bénédicte se rendent dans cette petite république d’Asie centrale. Où il se passe un peu plus d’événements que prévu.

Reynaert fait dans l' »hénaurme » et la caricature. Ce qui ne l’empêche pas d’être pertinent et de décrire, sous couvert d’humour, une certaine — et triste — réalité de la presse.

L’extrait ci-dessous le prouve, qui évoque, à grands traits, le principe du rachat d’un journal par un financier.

Olivier Quelier

Francois Reynaert, Nos amis les journalistes, Nil éditions, 268p. 17€.

L’extrait

Le financier vient de s’offrir un journal. Ça le change des investissements dans le téléphone mobile et la vente de lave-linge par internet. Tout le monde lui a déconseillé un secteur aussi cataclysmique. Précisément ça le stimule. Il imagine déjà son portrait en pied dans la longue galerie des géants de la presse, quelque part entre Citizen Kane et Filipacchi -celui de Salut les copains, il l’écoutait à la radio quand il était petit, c’est dire si son admiration ne date pas d’hier. Même, l’idée d’écrire une fois ou l’autre l’a effleuré. Pourquoi pas ? Quand il était en première, ah !  ah !  C’est amusant, il avait même rédigé quelques papiers, comme il aimait à dire, assez punchy, d’ailleurs, dans l‘Antirouille de Saint-Jo, le journal de son collège.  En attendant, il signe des chèques, sans trop compter -il faut bien amorcer la pompe- et, comme il est homme à ne pas badiner avec les principes, donne au patron de la rédaction de son journal toutes les garanties d’indépendance, vous pensez bien, on ne plaisante pas avec la liberté d’expression.  Trois mois plus tard, en général, outre quelques suggestions très claires concernant la ligne éditoriale du service finance de son titre, à propos de son propre porte-feuille d’intérêt, il donne surtout au rédacteur en chef des ultimatums pour redresser ce torchon qui lui coûte un fric fou et qui passe son temps à cracher sur la « synergie de groupe » – chez eux on dit comme ça- en publiant des articles « stupidement provocateurs », oui, oui, « stupidement provocateurs »,  sur « nos partenaires » -tous les ripoux avec qui il est en cheville.

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