Barthes : l’écriture, « ce vêtement tombé dans un coin de la feuille »

« L’essence de l’écriture, ce n’est ni une forme ni un usage, mais seulement un geste, le geste qui la produit en la laissant traîner : un brouillis, presque une salissure, une négligence. Réfléchissons par comparaison. Qu’est-ce que l’essence d’un pantalon (s’il en a une) ? Certainement pas cet objet apprêté et rectiligne que l’on trouve sur les cintres des grands magasins, plutôt cette boule d’étoffe chue sur le sol, abandonnée négligemment par la main d’un adolescent, quand il se déshabille, exténué, paresseux, indifférent. L’essence d’un objet a quelque rapport avec son déchet : non pas forcément ce qui reste après qu’on en a usé, mais ce qui est jeté, hors d’usage. Ainsi des écritures de Twombly. Ce sont les bribes d’une paresse, donc d’une élégance extrême ; comme si, de l’écriture, acte érotique fort, il restait la fatigue amoureuse : ce vêtement tombé dans un coin de la feuille. »

Extrait de la préface de Roland Barthes du Catalogue raisonné des œuvres sur papier de Cy Twombly (1979) repris dans L’Obvie et l’Obtus, éditions du Seuil.

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« Blooming » (2001-2008) Cy Twombly Foundation / Archives fondazione Nicola del Roscio / Studio Silvano

Exposition Cy Twombly, Centre Pompidou (Paris IVe), jusqu’au 24 avril 2017.

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