Laurent Binet, Oscar Wilde, la correction et la fiction

« Je pense à Oscar Wilde, comme d’habitude, c’est toujours la même histoire : « Toute la matinée, j’ai corrigé un texte, pour finalement ne supprimer qu’une virgule. L’après-midi, je l’ai rétablie ».

Cette citation est extraite du livre de Laurent Binet HHhH, paru chez Grasset en 2009. Un « roman » stipule la couverture. Pas si simple. Car si l’intrigue évoque l’opération « Anthropoïde » destinée à assassiner Reinhard Heydrich, le « bourreau de Prague », chef de la Gestapo et planificateur de la solution finale, le livre dévoile aussi, derrière les préparatifs de l’attentat, une « autre guerre », « celle que livre la fiction romanesque à la vérité historique ».

L’ouvrage vaut donc autant par le récit, bien mené, de l’ascension de Heydrich, que par les interventions de Laurent Binet qui explique ses hésitations, ses reprises, ses doutes et ses scrupules.

« La fiction ne respecte rien »

Quand il n’a pas trouvé l’élément de réponse en se documentant, Laurent Binet s’interroge : « Je ne sais pas encore si je vais « visualiser » (c’est-à-dire inventer !) cette rencontre, ou non. Si je le fais, ce sera la preuve définitive que, décidément, la fiction ne respecte rien ».

Pourtant, il a conscience des limites de la précision, de l’exhaustivité, de la rigueur historique et documentaire : « Pour que quoi que ce soit pénètre dans la mémoire, il faut d’abord le transformer en littérature. C’est moche mais c’est comme ça ».

« Un romancier, quoi »

Binet découvre beaucoup de livres consacrés de près ou de loin à Heydrich. Certains l’impressionnent, d’autres l’interrogent sur son projet, l’amenant à cette remarque à propos d’un auteur : « S’appuyer sur une histoire vraie, en exploiter au maximum les éléments romanesques, mais inventer allègrement quand cela peut servir la narration sans avoir de comptes à rendre à l’Histoire. Un tricheur habile. Un prestidigitateur. Un romancier, quoi. »

HHhH, un grand roman sur le jeu entre fiction et réalité, un grand roman sur le processus d’écriture. Un grand roman.

Olivier Quelier

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