Sur les sentiers de la réécriture avec Nabokov

A force de travailler et d’écrire sur la réécriture, on fait des découvertes formidables. Comme ce roman de Nabokov, étonnant exercice de style. Réécrire, c’est gommer, effacer, biffer, raturer, supprimer, ajouter ? Oui. Non. Pas seulement. Bel exemple.

« Parmi les documents juridiques, je trouvai un bout de papier sur lequel il avait commencé d’écrire une histoire – il n’y avait qu’une unique phrase s’arrêtant court, mais qui me donna l’occasion d’observer le bizarre procédé de travail de Sébastian consistant, en cours de composition, à ne pas biffer les mots qu’il venait de remplacer par d’autres ; si bien que, par exemple, la phrase sur laquelle j’étais tombé se déroulait comme suit : « Comme il avait le sommeil Ayant le sommeil profond, Roger Rogerson, le vieux Rogerson acheta, le vieux Rogers acheta, craignant tellement Ayant le sommeil profond, le vieux Rogers craignait tellement de manquer le lendemain, Il avait le sommeil profond. Il craignait mortellement de manquer l’événement du lendemain la splendeur un des premiers trains la splendeur aussi ce qu’il fit fut d’acheter et de rapporter chez lui non un mais huit réveils différents par la taille et la vigueur du tic-tac neuf huit onze réveils de différentes tailles lesquels réveils neuf réveils qu’il plaça qui fit ressembler sa chambre plutôt à. »

Vladimir Nabokov, La vraie vie de Sébastian Knight, Gallimard.

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