Despentes : Ecrire ? « C’est pas une thérapie, c’est pas un miracle. Mais c’est une force »

Dans le blog qu’elle tenait naguère, Virginie Despentes est un jour revenu sur un article de Elle à propos de l’écriture, qui affirmait, pour résumer, que trop de gens publiaient. La réponse de Despentes, opposée à cette idée, est une puissante évocation de ce que sont — devraient être — les ateliers d’écriture.

« Que tout le monde écrive, raconte, décrive, que tous ceux que ça tente s’y mettent. C’est une bonne chose d’écrire. Dans son cours sur le roman, Barthes explique que c’est quand l’école devient laïque, obligatoire pour tous, qu’on apprend aux élèves à lire et à écouter, et non plus à écrire et à parler.

Il faut apprendre à écrire, il faut écrire. C’est prendre le pouvoir. Ça ne fait pas de la personne un écrivain, ça ne garantit aucun lecteur, mais c’est un truc à part entière, écrire. Il faut écrire, il faut écrire son livre, au moins un, et puis recommencer, si on a des lecteurs et que ça nous intéresse. Il faut le faire.

Ecrire apprend à lire, aussi, écrire, c’est vraiment la richesse, c’est une force, c’est pas salvateur, c’est pas une thérapie, c’est pas un boulot, c’est pas un miracle. Mais c’est une force, je crois. »

Virginie Despentes

 

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Despentes : Ecrire ? « C’est pas une thérapie, c’est pas un miracle. Mais c’est une force »

Dans « Kleenex », le chanteur Oldelaf décline une vie en name dropping

Le name dropping, pour rappel, est un procédé consistant à citer un maximum de noms propres (notamment de marques et de personnalités) dans un discours, un roman ou une chanson.

Vincent Delerm l’a énormément utilisé dans ses premiers albums (Fanny Ardant et moi, Les filles de 1973 ont 30 ans…) tout comme Alain Souchon (Foule sentimentale) et MC Solaar (Carpe Diem).

Dans Kleenex, le facétieux Oldelaf use et abuse du name dropping avec brio et parvient, en enchaînant les noms de marques, à évoquer le parcours d’une vie, de la première Pampers au mouchoir des obsèques…

Voici les paroles de la chanson — idéale pour écrire et partager en atelier d’écriture.

Pampers, Cadum, Fisher Price et Vertbaudet
Guigoz, Blédina, Jacadi, Mixa bébé
Babar, Baby Nike, Sophie la girafe
Chico, Bébé confort, Mac Laren et Kleenex

P’tit Dop, P’tit bateau, P’tit filou et Nintendo
Mattel, Playmobil, Ravensburger et Lego
MB, Panini, Oxford, Tan’s et Kickers
Courir — aïe, Mercurochrome, Hansaplast et Kleenex

Et à chaque jour qui passe
Il faut que l’on s’y fasse
Nos chemins sont les mêmes
Avec sur la carcasse
D’identiques emblèmes
Qui flotte sur la masse

Mennen, Biactol, iPod et Nokia
MacDo, Coca — non, Pepsi ?, bon allez Fanta
Reebook, non : « Riibok », Levis, Converse et Vivelle Dop

Twingo, déménager seul, Panzani, Conforama
eBay, Sony, Orange, Cofinoga
Malibu-Heineken-Manzana — Whooo, Jack Daniel’s, Jet 27 — oh la laaa…
Smecta, Doliprane, oh Jacob Delafon et Kleenex

Et à chaque jour qui passe
Il faut que l’on s’y fasse
Nos chemins sont les mêmes
Avec sur la carcasse
D’identiques emblèmes
Qui flotte sur la masse

Meetic, Clio, Bistro romain et Veuve Cliquot
Bultex, Durex — « Ouiii ! », crac — « Merde, non vite ! », Kleenex
Lenotre, Pronuptia, Guy Hocquet et Mobalpa
Ikea, Cetelem, Sofinco et Kleenex

Juvamine, alors Juvamine, alors Juvamine, alors Ju vas bien
Petrol hahn, Nespresso, ou pièce en plus, et Demeco
Carrefour, Buffalo Grill, Jouet Club et TF1
Scenic, Disneyland, Lexomil et Kleenex

Et à chaque jour qui passe
Il faut que l’on s’y fasse
Nos chemins sont les mêmes
Avec sur la carcasse
D’identiques emblèmes
Qui flotte sur la masse

La Poste, Télépoche, Damart et Audika
Caisse d’Épargne, Eau de Cologne, France Loisirs et France 3
Werther’s, Sheba, Pampers et Blédina
Jardiland, Interflora, PFG et Kleenex

A lire et écouter : 

Vincent Delerm : pourquoi le name dropping ?

On se sépare pas de Sinatra.

Michel Delpech, inventaires 66 et 71.

 

 

Dans « Kleenex », le chanteur Oldelaf décline une vie en name dropping

Philippe Jaenada et la femme en robe longue rouge

Un journaliste demande à Philippe Jaenada de se plier à un exercice que la romancière Alice Ferney a coutume de donner en atelier d’écriture : « Une femme en robe longue rouge apparut dans l’encadrement de la porte. Ecrivez la suite. »

Voici la réponse de Philippe Jaenada :

« Une balle la frappa en pleine poitrine, dans le sternum. » Mais j’aurais pu aussi bien répondre : « Les lumières de la pièce s’allumèrent, tous ses anciens amants étaient là » ou « Abdul écarquilla des yeux incrédules » ou « Le petit Vénusien se métamorphosa aussitôt en grille-pain ». Mais justement, ce n’est pas comme ça dans la vie, une seule chose se passe quand la femme en robe rouge apparaît dans l’encadrement de la porte.

Et ne comptez pas sur Philippe Jaenada pour vous donner quelque consigne de rédaction… A ma question sur son envie d’animer des ateliers d’écriture, la réponse avait fusé : « Jamais, Olivier ! Est-ce qu’on anime des ateliers d’amour, par exemple ? »

Philippe Jaenada. P.-E. Rastouin pour L’Express (capture d’écran).

L’intégralité de la rencontre entre Alice Ferney et Philippe Jaenada est à lire ICI.

Philippe Jaenada et la femme en robe longue rouge

Claude Roy : « Se tenir à l’œil en réécrivant »

Frédérique Deghelt anime un atelier d’écriture intitulé « Trouver sa voix » à la NRF/Gallimard.

Elle cite en présentation de son activité, qui consiste notamment à « comprendre que seule une technique incisive peut permettre d’aller véritablement vers les questions dangereuses que doit exprimer un texte ; concrètement, comment traquer la banalité du premier jet ? » — elle cite cette phrase attribuée à Claude Roy, très représentative de l’enjeu de la réécriture :

« Il faut s’aimer en écrivant, se haïr en se relisant et se tenir à l’œil en réécrivant. »

Claude Roy

 

Claude Roy : « Se tenir à l’œil en réécrivant »

Le chanteur Pierre Lapointe récite l’alphabet « de nos fragiles existences »

Poétique chanteur québécois vedette chez lui mais encore peu connu en France, Pierre Lapointe a sorti récemment un album intitulé La science du cœur. Parmi les titres, cet étrange Alphabet peuplé notamment par Otto Dix, Jim Morrison et David Cronenberg.

A, toujours faire rimer amour avec toujours
B, les initiales BB
C, pour toi, oh blanche cocaïne
D, souvenir du Daba Zurich
E, l’ectoplasme qui sort de ta bouche
F, la femme qui se réveille en toi
G, La reine gastronomique des sens
H, les homos hurlent à la lune
I, l’intelligence de ne pas choisir
J, le jour qui repousse la nuit
K, les infinis multiples du kaléidoscope
L, les larmes qui mènent vers le déni
M, Morrison dans sa baignoire au 17 rue Beautreillis
N, toujours chérir la naïveté
O, la renaissance d’Otto Dix
P, les fashion pirates de Vivienne Westwood
Q, toujours des questions sans réponse
R, le rythme rapide de Steve Reich
S, Salvador et Amanda
T, la tristesse moteur de tes joies
U, l’uranium 235 de Tchernobyl
V, les voitures froissées de David Cronenberg
W, Walter Van Beirendonck est grand
X, la génération prémâchée
Y, deux amoureux sous le ciel de Yellow Knife
Z, l’humain habite dans un zoo

Chacune des lettres de l’alphabet
nous empêche de rester muet
Comme une mélodie divine,
elles évoquent en nous la doctrine
de nos fragiles existences
trop souvent vidées de leur sens

La chanson à écouter ICI.

Le chanteur Pierre Lapointe récite l’alphabet « de nos fragiles existences »

Philippe Djian : « La littérature, la vraie, ne s’enseigne pas »

On ne peut pas faire de vous un écrivain au sens où moi je l’entends, mais on peut faire de vous un scénariste ou quelqu’un qui publie. La littérature, la vraie, en effet, ne s’enseigne pas. Mais tout le monde peut s’améliorer, à force de travail. En travaillant, on peut écrire, et très bien, à quoi ressemble le bleu du ciel. C’est une question de travail. Ça ne peut pas s’apprendre, mais ça peut s’enseigner. On peut aussi vous enseigner à structurer un récit. C’est ce que nous prouvent tous les jours ces gens qui viennent des Etats-Uni pour nous expliquer comment faire un scénario, comment écrire une série. Il y a des tas de gens qui prennent des cour de dessin, des cours de scénario, et ça fonctionne ! Mais ils n’écriront jamais de la littérature, c’est-à-dire Ulysse ou Guerre et paix. Donc oui, vous pouvez apprendre à travailler pour faire partie des 95 % des bouquins qui encombrent les librairies. Mais les 5 % qui restent, les vrais écrivains, ceux-là sont hors de portée et personne ne peut, en effet, s’engager à vous transformer en l’un d’eux.

Philippe Djian anime désormais des ateliers d’écriture, notamment pour Gallimard/NRF. Et, entre ce qu’il affirmait dans le texte ci-dessus, datant de 2010, et aujourd’hui, il semble avoir changé d’idée. Il déclare à propos de son atelier intitulé Marcher sur la queue du tigre (réveiller ce qui est endormi) : « Il nous a fallu du temps. Je ne sais combien de générations pour l’admettre. Malgré les évidences, les preuves accumulées. Nous en rions aujourd’hui, mais le chemin a été long, les résistances terribles. Je me souviens de la risée que cela provoquait parfois. Pour certains, pour beaucoup, ces ateliers d’écriture ne servaient à rien car écrire ne pouvait s’apprendre. En grande partie, ils avaient tort. »

Il parle de cette activité dans cet entretien.

Philippe Djian : « La littérature, la vraie, ne s’enseigne pas »

Pourvu qu’on écrive avec Gauvain Sers

Je réfléchis depuis un moment à des ateliers d’écriture moins littéraire que musicale. Pas l’autre à la place de l’une, mais en plus, à côté, différemment… Les support(eur)s ne manquent pas : Vincent Delerm, Oldelaf, Juliette, Albin de la Simone… Et désormais Gauvain Sers, repéré grâce à son titre Pourvu. Son premier album recèle une mine de potentielles propositions d’écriture. Si ça vous chante.

D’abord. D’abord il y a Pourvu

Que j’ai écouté après l’avoir entendu

Me disait qu’ça s’rait pas mal

Pour un p’tit travail verbal

Sur l’anaphore

le name dropping

le song writing

que sais-je encor’

 

Et puis. Et puis j’ai écouté

Les aut’ chansons pas entendues

D’la nostalgie d’la légèreté

Plein de p’tits faits plein de choses vues

C’est bien, que j’me suis dit

Les p’tites choses vues

Pour l’atelier. On verra bien

J’reviendrai d’sus

 

Y a de belles plages de nostalgie

Dans la vieille bagnole de son père,

Et su’ le tracteur d’un autre père

Et d’ l’engagement vous en faites pas

y en a aussi : fils au djihad

Hénin-Beaumont

Et puis surtout

Entre République et Nation

 

Mais le meilleur pour le quatre heures

D’mon quotidien d’animateur

Ce sont ces scènes du quotidien

Avec dedans la vie de Gauvain

D’la mise en abyme

De l’autoportrait

Du dérisoire idéal

Pour l’écritoire

 

On fouille le fond de ses poches

On prend l’bus ou bien l’métro

On suit la ligne de Jacques Roubaud

D’la belle poésie sans anicroche

Y a plein d’mots

Y a plein d’idées

Prêts pour le grand saut

En atelier

Olivier Quelier

 

 

 

 

 

 

Pourvu qu’on écrive avec Gauvain Sers