Henri Pichette : acteurs, « aimez les mots. Physiquement. Aimez le corps des mots »

Henri Pichette (1924-2000) est un poète célèbre et célébré pour ses Épiphanies, long « mystère profane » publié en 1947. Et interprété, la même année à Paris, dans une mise en scène de Georges Vitaly, par Gérard Philipe, Maria Casarès et Roger Blin. Pichette continuera d’écrire et d’être joué. Avec l’incandescence qui est sienne, il adresse cette exhortation aux acteurs.
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Point de « théâtralité » ! Point de « distanciation » !

Mon théâtre est un théâtre furieux, je veux dire : venu par fureur d’inspiration, jailli brûlant. Et ordonné par la suite avec les attentions ferventes de l’artisanat, qui ne voudrait rien laisser au hasard.

Aux acteurs

product_9782070404568_195x320Ne refroidissez rien ; soyez-y ; vous êtes en scène ; vous êtes au monde ; la vie est aussi ce que vous jouez, vivez-le. La rue, la rivière, l’oiseau migrateur, la comète, le fil des siècles, passent sur la scène. C’est un moment du monde.

Soyez techniques, mais avec cœur : avec la force du sang. Et trouvez, trouvez encore, cherchez toujours. Aimez les mots. Physiquement. Aimez le corps des mots. Donnez votre esprit à la chair des paroles. Donnez votre chair à l’esprit des paroles. Ne faites qu’un avec l’âme du poème.

Texte extrait du dossier Les Épiphanies / Henri Pichette sur le site prestaclesprod

 

Henri Pichette : acteurs, « aimez les mots. Physiquement. Aimez le corps des mots »

[Atelier d’écriture] On se sépare pas de Sinatra

Lors d’un récent atelier d’écriture, j’ai été amené à travailler le name-dropping, cette technique — certains parlent même (avec un peu d’audace, me semble-t-il) de figure de style — qui consiste à émailler son propos, oral ou écrit, de noms célèbres : personnalités, marques, publicités, produits culturels, institutions, etc.

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Pour aborder le name-dropping, j’aime bien utiliser les chansons de Vincent Delerm, qui revendiquait, dans ses premiers albums, cette manière de faire. Beaucoup de rappeurs utilisent également cette technique. Oldelaf a signé un formidable texte consacré aux marques, Kleenex.

Un des participants à l’atelier d’écriture, Christophe, véritable puits de culture et inépuisable ressource, m’a parlé d’une « chanson de rupture » (le thème même de ma proposition) signée Alain Chamfort et intitulée Sinatra (album Le Plaisir, en 2003).

Une découverte que je partage donc ici, en vidéo et en paroles.

Olivier Quelier

Björk et Bowie sont à toi
Tom Waits, Lou Reed, Nirvana
Peu d’ fautes de goût dans tout ça {x2}
Tu t’en vas
Aves tes CD sous le bras
Mais Sinatra reste là
Sinatra est à moi
Etienne Daho est à toi
Miossec et Dominique A
J’ pourrais tous être leur papa {x2}
Tu t’en vas
Tu reprends tout ce qui est à toi
Mais Sinatra, n’y touche pas
Sinatra est à moi
Les Pet Shop Boys sont à toi
Air, les Daft Punk, Madonna
T’as l’ cœur à danser, moi pas {x2}
Tu t’en vas
D’un pas léger, dans la joie
Mais Sinatra, j’ plaisante pas
Sinatra est à moi
Chamfort, il était à toi
Mais tu m’ le laisses, c’est sympa
Ce que j’ vais en faire, je sais pas {x2}
Tu t’en vas
Tu fais le vide derrière toi
Il me reste plus qu’ Sinatra
Sinatra est à moi
Tu fais le vide derrière toi
Il me reste plus qu’ Sinatra
Sinatra est à moi

 

[Atelier d’écriture] On se sépare pas de Sinatra

Projet verbal

Pour les amoureux du français, les chasseurs d’anacoluthes, les férus de dictée, les obsédés de la syntaxe, les dubitatifs du participe passé, les frileux du français, les frivoles de la subtilité, les anorexiques du lexique, les désaxés de la syntaxe, les chaperons (pas toujours rouges) de la gram’maire, les erratiques de la sémantique

pour les collégiens que « tout » énerve (surtout devant un adjectif féminin) les lycéens lainfa… limphat… oui lymphatiques, les écoliers que colle la conjugaison

pour les barons du barbarisme, les toqués du solécisme, les plombés du pléonasme, pour les cinglés de la synecdoque, les assommants de l’assonance, les aliénés de l’allitération, l’illuminé de l’itération (oui, il est le seul)

pour les sensés qui raisonnent et ceux qui sont censés résonner

pour le roi des gros malins avec son succédé-que-même-au-pluriel-on-l’accorde-jamais

pour les accordés sur la concordance des temps, les résistants d’autant plus sur-les-dents que c’est d’au temps pour eux

pour les traqueux du quoique, les belliqueux du bien que

pour les fatiguants qui ne prennent pas de gants avec les adjectifs verbals et les verts de rage parce que bal ça fait beau au pluriel

pour les angoissés de l’antonyme, horrifiés de l’homonyme, pantelants du paronyme et circonspects du synonyme

les affligés de la négation, les négligés de l’affirmation

les ornithorynques (?) zélés de l’orthotypographie ; les diprodotons préhistoriques (on n’en croise plus guère) de l’anantapodoton-à-répéter-dix-fois-sans-fourcher

les autodidactes les dictateurs les autodictateurs de la didactique

les aliénés de l’allitération (encore eux), les consignés à la consonance

les intoxiqués les toxicos les lexicaux les ex æquo des quiz verbaux

les affûtés les moins futés, les passionnés, les agités du vocable, les têtes de linotte de la litote, les éphémères amis de l’euphémisme

les velléitaires, les volontaires, et même le Voltaire

qui mène son Projet

Olivier Quelier

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Projet verbal

Valentine Goby : s’octroyer son rêve, construire le monde

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Valentine Goby anime un atelier d’écriture dans une classe de 3e, au quartier du Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie. Sa proposition du premier jour porte sur le rêve. Seul le silence adolescent lui répond, le vide, bras-croisés-regards-fermés-chaises-reculées.

Pour moi qui me lance dans l’aventure de l’animation d’ateliers d’écriture, suivant pour l’heure une formation passionnante à l’Université Paul-Valéry de Montpellier, la chronique de Valentine Goby publiée le 27 octobre dans La Croix est passionnante.

Comme souvent, les leçons à tirer de l’atelier dépassent le cercle du groupe qui, face à la demande d’un auteur et, face à l’écriture, réfléchit-écrit-lit. Le prouve cette conclusion de la romancière, auteur de nombreux ouvrages pour la jeunesse, du très remarqué Kinderzimmer en 2013 et, toujours chez Actes Sud en août 2016, d’Un Paquebot dans les arbres :

« Alors écrire, ce n’est plus tout à fait traduire le monde qu’on porte en soi, c’est le construire – microgenèse intime. Ce n’est plus dire son rêve, c’est s’en octroyer un. Et pour commencer emprunter le rêve d’un autre et le faire sien. (…) Ecrire, créer, c’est augmenter le réel , je le crois de toutes mes forces ».

Olivier Quelier

Photo : Actes Sud © Fanny Dion.

 

Valentine Goby : s’octroyer son rêve, construire le monde