Pas de sujétion, mais de l’humanité : les 4 SU et les 4U du journaliste

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André Fontaine en 1969.

Éviter les 4 SU

Où qu’il se trouve dans la chaîne de production, le journaliste se doit d’éviter les quatre SU :

La sujétion. Le journaliste ne dépend d’aucun pouvoir.
La suffisance. Le journaliste ne sait pas tout mieux que tout le monde.
La superficialité. Rien ne vaut pour le journaliste un réseau d’informateurs fiables pour approfondir ses connaissances.
La subjectivité. À défaut d’objectivité, le journaliste se doit de tout traiter avec honnêteté.

Appliquer les 4 U

Il peut, en revanche, mettre en pratique les quatre U :

L’utilité. Le journaliste écrit pour les autres.
L’humanité. Le journaliste respecte les droits de l’homme et les cultures, il traite les gens avec dignité.
L’humilité devant les faits : non au journalisme blasé et aux idées toutes faites ; oui à l’enthousiasme.
Enfin, un peu d’humour peut ne pas faire de mal…

Rendons à André Fontaine, ancien directeur du Monde, la paternité de cette double classification et au journaliste Patrick Blain, son partage…

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Pas de sujétion, mais de l’humanité : les 4 SU et les 4U du journaliste

Les sept conseils des « Décodeurs » du Monde pour déjouer les rumeurs

Chaque fait divers amène son lot d’informations non vérifiées, invérifiables, souvent contradictoires selon les sources. Elles foisonnent alors et se multiplient sur les réseaux sociaux et dans les médias. Pour éviter de propager des rumeurs et de relayer des erreurs factuelles, les Décodeurs, un groupe de journalistes du Monde, proposent quelques conseils de base. Les voici, repris du site.

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  • Partez du principe qu’une information donnée sur le Web par un inconnu est par défaut plus fausse que vraie.
  • Fiez-vous plutôt aux médias reconnus, aux journalistes identifiés. Ne considérez pas pour autant que cela suffit à rendre leurs informations vraies. Dans des situations de crise comme celle-ci, l’information circule très vite et peut souvent s’avérer par la suite erronée. Il vaut mieux attendre que plusieurs médias donnent un même fait pour le considérer comme établi.
  • Une photo n’est jamais une preuve en soi, particulièrement quand elle émane d’un compte inconnu. Elle peut être ancienne, montrer autre chose que ce qui est dit ou être manipulée. On peut le vérifier en entrant l’URL de l’image sur Google images ou sur le site TinEye.
  • Vérifiez la date de l’information, image ou vidéo : sur les réseaux sociaux, il arrive qu’une publication ancienne « remonte » lorsqu’elle est très partagée. On risque de prendre comme une nouveauté un fait qui date de plusieurs mois.
  • Un principe de base est de recouper : si plusieurs médias fiables donnent la même information en citant des sources différentes, elle a de bonnes chances d’être avérée.
  • Méfiez-vous aussi des informations anxiogènes (type « ne prenez pas le métro, un ami a dit un autre ami que la police s’attendait à d’autres attentats ») que vous pouvez recevoir via SMS, messages de proches, etc., et qui s’avèrent fréquemment être des rumeurs relayées sans réelle source.
  • Évitez les sources indirectes du type « la femme d’un ami d’un collègue » ou « un ami d’ami » ou prétendument institutionnelles mais très floues comme « quelqu’un qui travaille à la police/à la DGSI/dans l’armée ».

Les Décodeurs, journalistes au Monde

Les sept conseils des « Décodeurs » du Monde pour déjouer les rumeurs

Déontologie de l’information : l’AFP se dote de deux chartes

A la mi-avril, l’Agence France-Presse s’est dotée de deux chartes : la première porte sur ses valeurs ; la deuxième sur les bonnes pratiques éditoriales et déontologiques. 

logoDans un communiqué de presse, la directrice de l’information de l’AFP, Michèle Léridon, explique l’enjeu des chartes de l’AFP : rappeler que la valeur essentielle de l’agence réside « dans la fabrication d’une information fiable et digne de confiance, selon des principes éditoriaux et déontologiques clairs ».

Ces chartes ont le mérite de revenir sur des principes simples, « dans un monde des médias en pleine mutation, où l’AFP se doit d’évoluer, innover, inventer de nouveaux formats ».

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La charte des bonnes pratiques éditoriales et déontologiques reprend et codifie en une trentaine de pages d’instructions les principes de la charte : « De la couverture des conflits à l’information boursière, en passant par les élections ou les découvertes scientifiques, ce document détaille les recommandations pour les différents grands types de couverture ».

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L’AFP précise que ce texte a été établi à partir des codes déontologiques de nombreux médias en France et à l’étranger, de documents historiques et des directives produites par diverses institutions. Il reprend aussi une partie des recommandations en matière éthique contenues dans le « manuel de l’agencier », qui fera l’objet d’une refonte.

Ces deux chartes seront bientôt complétées par un guide pratique sur l’usage des sources.

Déontologie de l’information : l’AFP se dote de deux chartes

Rapport de l’ODI. Déontologie de l’information : seulement dans le cadre de la démocratie

logo-odi-petit-300x83L’observatoire de la déontologie de l’information (ODI) vient de publier son rapport annuel. L’édition 2016 s’intitule Informer dans la tourmente.

 

En un peu plus de 80 pages, l’ODI revient sur les questions d’exactitude et de véracité, avec les relations avec les sources et les initiatives positives. Les auteurs du rapport consacrent un bon nombre de pages aux « mots en liberté surveillée », analysant le sens et l’usage médiatique de mots et d’expressions dans l’actualité.

Le choix des mots

Ils rappellent en préambule que « le choix des mots pour le dire, c’est la base du journalisme. Important, essentiel pour que les mots ne trahissent pas la vérité, ou du moins l’approchent du plus près possible. Et pourtant, ils sont souvent mal employés, mal perçus (ce qui n’est pas la même chose) et peuvent faire mal, très mal ». Et citent la célèbre formule attribuée à Albert Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ».

Ce rapport dense et complété d’une riche bibliographie s’ouvre sur un point de déontologie qu’il est bon de reprendre ici.

Déontologie de l’information

La déontologie de l’information ne peut s’envisager que dans le cadre de la démocratie dont la liberté d’expression, la liberté de la presse, le droit d’informer, le droit du public à être informé sont les fondements. Ils ont valeur constitutionnelle (préambule et article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen) et sont protégés par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui s’impose à la France comme aux autres États signataires de la Convention.

La Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950 et ratifiée par la France en 1970, précise, dans son article 10-1 : « Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontières ».

Juridiction internationale

Instituée en 1959, la Cour européenne des droits de l’homme est une juridiction internationale compétente pour statuer, au sein du Conseil de l’Europe, sur des requêtes individuelles ou étatiques alléguant des violations des droits civils et politiques énoncés par la Convention. (…) La Cour a affirmé que, pour elle, c’est la notion de société démocratique qui « domine la Convention tout entière ». Il incombe à la presse d’être « le chien de garde de la démocratie » (watchdog).

Outre la liberté d’expression dans une société démocratique, ce qui prime pour la CEDH c’est la notion d’intérêt général, qui justifie la divulgation d’informations confidentielles. Dans l’arrêt De Haes et Gijsels c. Belgique (24 février 1997), elle affirme : « Si la presse ne doit pas franchir certaines limites, tenant notamment à la protection de la réputation et aux droits d’autrui ainsi qu’à la nécessité d’empêcher la divulgation d’informations confidentielles, il lui incombe néanmoins de communiquer, dans le respect de ses devoirs et responsabilités, des informations et des idées sur toutes les questions d’intérêt général ».

Rapport de l’ODI. Déontologie de l’information : seulement dans le cadre de la démocratie

Les bons conseils font les bons articles (s’ils sont suivis)

Trouvée il y a peu sur le compte Twitter de Gabriel d’Harcourt, cette affichette placardée à l’agence de Boulogne de La Voix du Nord présente les quatre ingrédients du bon article de presse quotidienne régionale.

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Dans le même registre, peu après, @GabrieldHarcour,  directeur général délégué et directeur de la publication de la Voix du Nord, partage le tweet du journaliste Frédéric Gouis (@FredGouis).

Sa photo reprend « les dix questions à se poser avant de cliquer sur OK ».

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On connaît aussi la méthode « PUNI » parfois proposée : un article se doit d’être proche, unique, nouveau et intéressant ; une recommandation qui ne vaut pas que pour la PQR, ça va de soi…

Si vous aussi connaissez des règles « maison » et si vous avez des documents, des affichettes à partager, n’hésitez pas !

Olivier Quelier.

 

 

Les bons conseils font les bons articles (s’ils sont suivis)

La Charte des devoirs du journaliste français de 1918

Cette charte a été adoptée en 1918 par le Syndicat national des journalistes, puis révisée et complétée en janvier 1938 par le même syndicat. 

Capture d’écran 2016-02-16 à 11.45.44Un journaliste digne de ce nom prend la responsabilité de tous ses écrits, même anonymes;

– tient la calomnie, les accusations sans preuves, l’altération des documents, la déformation des faits, le mensonge, pour les plus graves fautes professionnelles ;

– ne reconnaît que la juridiction de ses pairs, souveraine en matière d’honneur professionnel ;

– n’accepte que des missions compatibles avec la dignité professionnelle ;

– s’interdit d’invoquer un titre ou une qualité imaginaires, d’user de moyens déloyaux pour obtenir une information ou surprendre la bonne foi de quiconque ;

– ne touche pas d’argent dans un service public ou une entreprise privée où sa qualité de journaliste, ses influences, ses relations seraient susceptibles d’être exploitées ;

– ne signe pas de son nom des articles de réclame commerciale ou financière ;

– ne commet aucun plagiat, cite les confrères dont il reproduit un texte quelconque ;

– ne sollicite pas la place d’un confrère, ni ne provoque son renvoi en offrant de travailler à des conditions inférieures ;

– garde le secret professionnel ;

– n’use pas de la liberté de la presse dans une intention intéressée ;

– revendique la liberté de publier honnêtement ses informations ;

– tient le scrupule et le souci de la justice pour des règles premières ;

– ne confond pas son rôle avec celui du policier.

À lire aussi : 

La charte de Munich des droits et devoirs du journaliste.

La Charte des devoirs du journaliste français de 1918

La charte de Munich des droits et devoirs des journalistes

Cette déclaration a été rédigée et approuvée à Munich (Allemagne), les 24 et 25 novembre 1971. Elle a été adoptée depuis par la fédération internationale des journalistes et par la plupart des syndicats de journalistes en Europe.

PRÉAMBULE

Le droit à l’information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain. De ce droit du public à connaître les faits et les opinions procède l’ensemble des devoirs et des droits des journalistes. La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l’égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics.

La mission d’information comporte nécessairement des limites que les journalistes eux-mêmes s’imposent spontanément. Tel est l’objet de la déclaration des devoirs formulée ici. Mais ces devoirs ne peuvent être effectivement respectés dans l’exercice de la profession de journaliste que si les conditions concrètes de l’indépendance et de la dignité professionnelle sont réalisées. Tel est l’objet de la déclaration des droits, qui suit.

DÉCLARATION DES DEVOIRS

Les devoirs essentiels du journaliste, dans la recherche, la rédaction et le commentaire des événements, sont :

1. Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité.

2. Défendre la liberté d’information, du commentaire et de la critique.

3. Publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et documents.

4. Ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents.

5. S’obliger à respecter la vie privée des personnes.

6. Rectifier toute information publiée qui s’avère inexacte.

7. Garder le secret professionnel et ne pas divulguer la source des informations obtenues confidentiellement.

8. S’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation et les accusations sans fondement ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information.

9. Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs.

10. Refuser toute pression et n’accepter de directive rédactionnelle que des responsables de la rédaction.

Tout journaliste digne de ce nom se fait un devoir d’observer strictement les principes énoncés ci-dessus ; reconnaissant le droit en vigueur dans chaque pays, le journaliste n’accepte, en matière d’honneur professionnel, que la juridiction de ses pairs, à l’exclusion de toute ingérence gouvernementale ou autre.

DÉCLARATION DES DROITS

1. Les journalistes revendiquent le libre accès à toutes les sources d’information et le droit d’enquêter librement sur tous les faits qui conditionnent la vie publique. Le secret des affaires publiques ou privées ne peut en aucun cas être opposé au journaliste que par exception et en vertu de motifs clairement exprimés.

2. Le journaliste a le droit de refuser toute subordination qui serait contraire à la ligne générale de son entreprise, telle qu’elle est déterminée par écrit dans son contrat d’engagement, de même que toute subordination qui ne serait pas clairement impliquée par cette ligne générale.

3. Le journaliste ne peut être contraint à accomplir un acte professionnel ou à exprimer une opinion qui serait contraire à sa conviction ou à sa conscience.

4. L’équipe rédactionnelle doit être obligatoirement informée de toute décision importante de nature à affecter la vie de l’entreprise. Elle doit être au moins consultée, avant décision définitive, sur toute mesure intéressant la composition de la rédaction : embauche, licenciement, mutation et promotion de journaliste.

5. En considération de sa fonction et de ses responsabilités, le journaliste a le droit non seulement au bénéfice des conventions collectives, mais aussi à un contrat personnel assurant sa sécurité matérielle et morale ainsi qu’à une rémunération correspondant au rôle social qui est le sien et suffisante pour garantir son indépendance économique.

À lire aussi : 

Walter Wiliams : le credo des journalistes.

André Fontaine : non à la sujétion, oui à l’humour.

La charte de Munich des droits et devoirs des journalistes