Bonnaffé – Verheggen : « Engagez-vous dans le langagement ! »

Bonnaffé entre en scène, et la langue tangue. Dans L’Oral et hardi, l’acteur interprète des textes du poète belge Jean-Pierre Verheggen.

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Crédit photo : Compagnie Faisan (Philippe Delacroix, Brigitte de Malau et Xavier Lambours).

Il arrive par là où on ne l’attend pas, intervenant maladroit et gauche avec les mots. Noyé dans des expressions toutes faites, il n’est pas à la fête lui qui veut faire bonne impression… Pathétique et dérisoire, il en devient drolatique et jubilatoire. Le public rit, le ton est donné.

Pendant près d’une heure et demie, Jacques Bonnaffé, diseur de bonne poésie, bateleur du langage, bonimenteur comme un arracheur de mots, devient le serviteur loyal de son compatriote du Nord Jean-Pierre Verheggen, dont il interprète et met en scène les textes dans ce spectacle intitulé L’Oral et hardi.

Bien fraîche, bien rouge

Orateur mi-politique mi-poétique, boxeur du verbe, lutteur de sue-mots, Bonnaffé nous embarque dans ses bringues littéraires, nous embringue dans sa barque à rôles. « Engagez-vous dans le langagement ! » qu’il nous lance de son Rimbaud Warrior.

Les spectateurs plongent avec lui dans « les péchés de chair linguistiques », heureux de barboter dans une langue malaxée, triturée, tordue, dérangée, déglinguée, revisitée, revitalisée… Dans une langue jouissive, vivante et vibrante et bandante, bien fraîche et bien rouge. « Il avait raison, Artaud, dit Bonnaffé, c’est de la viande, la langue ».

Mise en bouche

L’Oral et hardi est une mise en bouche des textes de Jean-Pierre Verheggen, un poète belge né en 1942, auteur notamment du Degré Zorro de l’écriture, d’Artaud Rimbur, de Ridiculum vitae et d’On n’est pas sérieux quand on a 117 ans.

La prestation de Jacques Bonnaffé prend des allures de performance. Il fallait bien un acteur de cette envergure, exubérant et intimiste, pour porter les mots de Verheggen. C’est que Bonnaffé, qui a joué au cinéma sous la direction de Godard, Melville, Deville, Doillon ou Tacchela, passe une bonne part de son temps en compagnie des poètes. De lectures en spectacles, il est devenu le complice d’auteurs contemporains tels que Ludovic Janvier, André Velter et Jacques Darras…

Mots vifs, langue pâteuse

Au fil de son allocution, l’homme public tombe la veste, tombe le masque. Les mots restent vifs mais la langue devient pâteuse, se déliant derrière un bar. « On vous ment, tonne Bonnaffé, c’est pas du Verheggen ! ». Et pour cause, on entend, de-ci de-là, William Cliff, Baudelaire, Rimbaud et même, « ô long rêve errant dans une heure éphémère », la douce Marceline Desborde-Valmor… Mais attention, stipule l’acteur : « Verheggen, yes ; Verhaeren, no ! »

La poésie, c’est pas toujours gentil et, quand le vase déborde (comme disait Marceline…) certains en prennent pour leur sans-grade. Et pan dans le dentier de d’Ormesson, caricaturé en entarteur gauchiste. Et re-pan dans les dentiers des académiciens, vingt cadavres debout qui réfléchissent à la définition du mot macchabée pendant que les vingt autres s’interrogent sur l’avenir du point-virgule…

Tir à vue sur les vers lents

Et tir à vue sur les slameurs, des mots atones et des vers lents / C’est bien beau de faire des rimes pour être dans le vent / Encore faut-il dépasser le niveau des enfants de 5 ans / La forme est séduisante mais le fond reste absent

Conseil de Jacques Bonnaffé : « Bossez d’arrache-pied, d’arrache-vers ! Parlez ! »

L’orateur termine sa prestation en athlète épuisé, peignoir et serviette jetée sur les épaules. Tout s’emballe, ce marathon de mots est suivi par des commentateurs sportifs. Bonnaffé se roule par terre, repasse la scène au ralenti, court, danse, s’affale, s’affole. Une dernière tirade, un petit air de musique et c’est terminé, fini… Les spectateurs quittent la salle ébahis, ébaubis, estourbis, éblouis, abasourdis. Un rien groggys.

Comme le dit Bonnaffé, quelle que soit la puissance de l’œuvre de Verheggen, « il reste toujours à la faire entendre. La livrer sur scène ». Et quel meilleur passeur que cet homme-orchestre, faux étourdi et vrai érudit, qui hurle au monde : « Vive la poésie quand elle proclame la haine de la poésie affadie ! »

L’Oral et hardi, allocution poétique conçue, mise en scène et interprétée par Jacques Bonnaffé.

Bonnaffé – Verheggen : « Engagez-vous dans le langagement ! »

Projet verbal

Pour les amoureux du français, les chasseurs d’anacoluthes, les férus de dictée, les obsédés de la syntaxe, les dubitatifs du participe passé, les frileux du français, les frivoles de la subtilité, les anorexiques du lexique, les désaxés de la syntaxe, les chaperons (pas toujours rouges) de la gram’maire, les erratiques de la sémantique

pour les collégiens que « tout » énerve (surtout devant un adjectif féminin) les lycéens lainfa… limphat… oui lymphatiques, les écoliers que colle la conjugaison

pour les barons du barbarisme, les toqués du solécisme, les plombés du pléonasme, pour les cinglés de la synecdoque, les assommants de l’assonance, les aliénés de l’allitération, l’illuminé de l’itération (oui, il est le seul)

pour les sensés qui raisonnent et ceux qui sont censés résonner

pour le roi des gros malins avec son succédé-que-même-au-pluriel-on-l’accorde-jamais

pour les accordés sur la concordance des temps, les résistants d’autant plus sur-les-dents que c’est d’au temps pour eux

pour les traqueux du quoique, les belliqueux du bien que

pour les fatiguants qui ne prennent pas de gants avec les adjectifs verbals et les verts de rage parce que bal ça fait beau au pluriel

pour les angoissés de l’antonyme, horrifiés de l’homonyme, pantelants du paronyme et circonspects du synonyme

les affligés de la négation, les négligés de l’affirmation

les ornithorynques (?) zélés de l’orthotypographie ; les diprodotons préhistoriques (on n’en croise plus guère) de l’anantapodoton-à-répéter-dix-fois-sans-fourcher

les autodidactes les dictateurs les autodictateurs de la didactique

les aliénés de l’allitération (encore eux), les consignés à la consonance

les intoxiqués les toxicos les lexicaux les ex æquo des quiz verbaux

les affûtés les moins futés, les passionnés, les agités du vocable, les têtes de linotte de la litote, les éphémères amis de l’euphémisme

les velléitaires, les volontaires, et même le Voltaire

qui mène son Projet

Olivier Quelier

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Projet verbal

GrandeurSRvitude : une seconde chance pour cinq articles de 2016

1er janvier. Le temps des bilans et des florilèges est passé, place aux résolutions et à l’avenir radieux… Sur mon blog GrandeurSRvitude, j’ai publié depuis sa création, en octobre 2015, 274 articles. Certains ont connu un beau succès, d’autres sont restés en retrait.

En ce premier jour de l’année 2017, pourquoi ne pas offrir une seconde chance aux cinq articles qui ont eu le moins de lecteurs ces quinze derniers mois (octobre 2015 – décembre 2016) ?

Certes, la liste est moins objective que pour les cinq articles les plus lus : les papiers tout récemment mis en ligne n’ont pas encore trouvé leur lectorat ; d’autres, du début, paraissaient sur un site peu connu.

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Albert Camus lisant le journal « En Avant ! » aux Deux Magots, à Paris, en 1945.

J’ai donc fait choisi, parmi les cinq les moins lus, les articles que, pour telle ou telle raison, j’apprécie plus que d’autres.

  1. Des souvenirs du localier que je fus longtemps, avec ce texte autour de l’esperluette.
  2. Une chronique consacrée à un livre essentiel de la non-fiction, Le journaliste et l’assassin. Un classique aux Etats-Unis, signé Janet Malcolm.
  3. Daniel Picouly écrit en amant et relit en mari : une manière originale d’envisager la réécriture.
  4. Une chronique consacrée à un passionnant petit ouvrage consacré à la rature, le bien nommé donc dictionnaire de la rature, publié chez Actes Sud.
  5. Une célèbre citation de Gilbert Keith Chesterton sur le journalisme.

Olivier Quelier

GrandeurSRvitude : une seconde chance pour cinq articles de 2016

GrandeurSRvitude : les cinq articles les plus lus de 2016

Fin décembre. Le temps des bilans et des florilèges. Sur mon blog GrandeurSRvitude, j’ai publié depuis sa création, en octobre 2015, 274 articles. Certains ont connu un beau succès, d’autres sont restés en retrait.

En ce dernier jour de l’année 2016, session de rattrapage pour les lectrices et les lecteurs qui n’ont pas encore consulté les cinq articles les plus lus des quinze derniers mois (octobre 2015 – décembre 2016).

Pour le premier jour de 2017, j’essaierai de donner une seconde chance aux cinq articles qui ont connu le moins de succès.

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Albert Camus lisant le journal « En Avant ! » aux Deux Magots, à Paris, en 1945.

Les cinq articles les plus lus

  1. Le journalisme, on l’aime mais on le quitte. Cet article, qui s’appuie sur une étude belge de l’Association des journalistes professionnels, a dépassé les 15000 vues. Il recense les raisons qui poussent les journalistes à abandonner leur métier.
  2. Les devoirs du journaliste selon Camus. Même s’il date de 1939, le manifeste sur le journalisme signé par Albert Camus a encore une forte résonance aujourd’hui.
  3. Savoir qui possède la presse française est une question qui intéresse lecteurs, plus ou moins spécialistes des médias. Et qui pourrait bien aussi les inquiéter…
  4. Les conseils d’écrivain attirent toujours beaucoup de lecteurs. A fortiori quand ils sont signés par l’inimitable Charles Bukowski, auteur de ce génial So you want to be a writer ?
  5. Le public est aussi amateur de conseils pour écrire de « bons articles », comme le prouve ce papier qui reprend des préceptes issus de la presse quotidienne régionale, mais peuvent s’appliquer avec bonheur à tout type d’écrits !
GrandeurSRvitude : les cinq articles les plus lus de 2016

Pierrick Bourgault : Calice au pays des merveilles

Coquines, câlines, des nouvelles où cousinent désirs et plaisirs. Première vendange d’un journaliste qui savoure en jouisseur la volupté du vin et le corps des femmes.

damour1-vPierrick Bourgault aime le vin et les femmes. Dit ainsi, on le croirait incarnation banale d’une tentation épicurienne ambiante. Mais ce quinqua à la fougue adolescente a plus de talent que beaucoup, et plus de générosité. D’où son regard bienveillant sur le monde, son empathie jamais dégoulinante qu’une douce ironie vient réguler.

Après quelques ouvrages pratiques et un superbe portfolio sur les bars du monde, Pierrick Bourgault se lance dans la fiction avec ce premier recueil de nouvelles, D’amour et de vins nouveaux, publié aux éditions de l’Iroli.

L’amertume violine

L’idée de l’ouvrage est simple : il n’existe de plus belle aventure, de plus merveilleux voyages que les transports amoureux. Quant au rapport avec le vin, il suffit de se souvenir de ces petits ballons dont « l’amertume violine étreint la gorge, comme à l’instant du désir »…

Pierrick Bourgault nous sert seize textes aux arômes différents, aux bouquets enivrants souvent, jamais soûlants mais toujours dépaysants. Entre deux êtres de passage fusent des désirs, éclosent des relations torrides ou fantasmées, troublantes ou oniriques.

Les femmes, égéries de se voir si belles, en ces histoires, cultivent souvent, dans les jardins secrets de leur vie privée, « des plantes inconnues et vénéneuses ». Insatiables déesses que l’auteur ne cesse d’adorer, d’honorer, apaisant son inextinguible soif à leurs sources généreuses.

Séparer le bon grain de l’ivresse

Chez Bourgault, la chair n’est pas triste et lasse. Il sait, d’une écriture légère et subtile, séparer le bon grain de l’ivresse, cueillant aux vignes de ses multiples vies passées (taxidermiste, programmeur en mécanique céleste, apprenti en pompes funèbres, réparateur d’harmoniums…) les fruits d’aventures dont il connaît, seul, la saveur exacte, l’alchimie secrète de réalité vécue ou rêvée, et de fiction.

Journaliste et photographe indépendant, grand voyageur, Pierrick Bourgault nous promène dans ses univers sensuels. Sa première cuvée est riche de promesses, un vin jeune déjà bien charpenté, qu’il a vendangé en artisan patient et méticuleux, fort d’un savoir-faire certain et d’une vraie philosophie amoureuse : « Je me disais encore que le désir est un passeport pour découvrir le monde, pour les seuls vrais voyages ».

Olivier Quelier

D’amour et de vins nouveaux, éditions L’Iroli, 184 pages, 13€.

Pierrick Bourgault : Calice au pays des merveilles

Juliette Mézenc : de la « chambre à soi » à « Elles en chambre »

Elles en chambre est un livre sur les chambres des femmes. Les chambres des femmes écrivains, s’entend, comme une continuation de la célèbre « chambre à soi », de Virginia Woolf, indispensable pièce (physique et mentale) pour s’adonner se donner à l’écriture à la littérature.

51le43hlmdl-_sx375_bo1204203200_Un livre étrange, Elles en chambre, hors genre, ni essai ni roman ni étiquette dont ici l’auteure Juliette Mézenc se fiche éperdument. Lui importent le texte, l’écriture, le dispositif mis en place.

Hors de question pour Juliette Mézenc de « rédiger » quoi que ce soit, mais bien d’écrire : « Rédiger est une façon de formuler sa pensée, une pensée déjà pensée qu’il s’agit de mettre en forme. Très bien. Ecrire, c’est tout autre chose. C’est plutôt une manière de découvrir sa pensée dans et par l’écriture, dans son mouvement, et dans le même temps trouver une langue pour le dire ».

Les horribles travailleuses

Elles en chambre est une visite guidée de ces pièces conçues comme un réseau de cavités reliées entre elles — je sais, écrit ainsi ça peut faire flipper mais allez donc y lire, vous verrez, vous serez épatés. Visite guidée donc qui amène à rencontrer Gertrude Stein et Hélène Bessette et Plath et Sarraute et Wittig et Danielle Steel et…

Danielle Steel ? Pour être précis, Danielle Steel ®. Elles en chambre se lit comme une suite de l’essai de Virginia Woolf, regroupant donc des appelez-les comme vous voudrez auteurs/auteures/écrivains/écrivaines/romancières/intellectuelles. Le chapitre d’ouverture sur la chambre de Danielle Steel ® a été écrit, Juliette Mézenc, le dit « contre ou plutôt avec la colère qui [l’]a prise à la lecture d’un de ses romans ».

Bonne idée. Qui nous plonge dans l’écriture, la rage aidant l’ironie vacharde entraînant, nous donne le rythme des phrases de Juliette Mézenc (mettre nos yeux dans ses mots) avant de plonger à sa suite avec elle et allégresse dans le puits pour y rejoindre celles qu’elle appelle les horribles travailleuses.

Olivier Quelier

La phrase de Juliette Mézenc. 220 mots (extraite du chapitre Dans la chambre de Danielle Steel®

Une surface donc je disais vitrée à souhait… derrière se tient Danielle Steel ® sourire et chignon tirés au carré Danielle Steel ® ici vit Danielle Steel ® ici écrit Danielle Steel ® le regard planté dans vos yeux parce qu’elle écrit ce qu’elle lit dans vos cœurs Danielle Steel ® vos soupirs Danielle Steel ® vos émois Danielle Steel ® vos secrets Danielle Steel ® parce que vous êtes l’héroïne du prochain roman de Danielle Steel ® vous vous appelez Hope Victoria Grace Alexia Gabriella vous vous appelez Emma vous êtes professeur dans une prestigieuse école privée célèbre photographe new-yorkaise psychiatre de renom à Manhattan bienfaitrice des sans-logis femme en apparence comblée mais secrètement meurtrie vous avez un teint de porcelaine de pêche d’abricot vous avez des cheveux de jais et d’immenses yeux bleus vous avez des traits exquis et ciselés vous êtes respectée nette impeccable parfaite très digne votre vie bascule vous recevez d’inquiétantes lettres anonymes vous êtes déchirée entre l’amour pour les vôtres et le désir de réaliser vos rêves entre votre carrière et la maternité entre la gloire et votre famille vous êtes confrontée aux fantômes de votre passé terrassée par la grippe espagnole noyée sous les dettes, assommée par les calmants Titanic Titanic Titanic vous êtes sur le point de déclarer forfait aurez-vous la force de tout reconstruire, de vaincre vos anciens démons ?

Juliette Mézenc, Elles en chambre, éditions de l’Attente, 2014, 136 pages, 15 €.

Juliette Mézenc : de la « chambre à soi » à « Elles en chambre »

Achille Talon, djeun héros carrément chanmé

Achille Talon est donc revenu, le verbe toujours aussi haut mais le bedon toujours plus bas. « Toujours aussi impétueux ? », se demande in petto l’impétrant (tant il est pénétré de son rôle de lecteur aussi impitoyable qu’impayé (impayable, eût-il aimé croire…). C’est que le temps a passé depuis que Greg a trépassé – une quinzaine d’années, déjà, que l’auteur est décédé.

L’on craint que la reprise de son personnage par Fabcaro et Serge Carrère (ils ne sont pas les premiers), bien qu’ils ne fussent point des débutants, n’apparût un rien fadasse, voire fabriquée, qu’il manquât de la verve et de la folie dans les phylactères, que les bulles ne devinssent un peu moins pétillantes.

Impétueuses tribulations

Mais Achille Talon (qui l’eût cru) « est un homme moderne » comme l’annonce le titre de l’album, publié chez Dargaud, qui inaugure ses inédites et impétueuses tribulations. Il le prouve dans ces pages qui le font entrer de plain-pied dans le vingt-et-unième siècle… de manière assez frontale, reconnaissons-le.

Acheter un ordinateur, corriger les fautes d’orthographe des tagueurs, commander de la junk-food ou envoyer un message électronique (trivialement appelé courriel, voire – ô décadence des sociétés mondialisées – mail) à sa chère et tendre Virgule… chacune de ces expériences oblige notre logorrhéique héros hiératique (répétez ça dix fois très vite, pour voir) à se surpasser, sous le regard toujours myope et malveillant de son voisin. Néfaste Lefuneste.

(Néfaste n’est pas le prénom de Lefuneste – ni une insulte à l’égard de Talon).

Doutiez-vous que je vous kifasse ?

J’eusse aimé adhérer sans la moindre retenue à ces nouvelles aventures. Et je dois avouer que ma légère réticence, en toute objectivité, relève davantage de la nostalgie frileuse que de la critique argumentée. Rien de grave, juste une petite fêlure dans le trait qui nous fait regretter la figure familière.

Achille Talon, grâce à sa bonhomie légendaire et à son imperturbable contentement qui le mettent à l’abri de la honte et du doute, est un héros moderne, voire carrément chanmé, qui se joue des conformismes en jonglant avec droiture des travers de l’époque, imparfait du subjonctif jamais pondéré et goût de la syntaxe prépondérant.

Pas sûr qu’Achille gagne de nouveaux lecteurs avec ces albums. Il entretiendra néanmoins ses amitiés surannées et lancera, tel un héraut des temps nouveaux, un étonnant message aux générations nouvelles : « Doutiez-vous un instant que je vous kifasse, les jeunes ? ».

Olivier Quelier.

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Achille Talon est un homme moderne et Achille Talon a su rester simple par Fabcaro et Serge Carrère, d’après Greg. Dargaud, 48p.

Achille Talon, djeun héros carrément chanmé