L’esperluette et moi : souvenirs d’un localier

Esperluette. J’aime ce mot à la sonorité suave, qui sonne comme une comptine effrontée. J’aime le signe qu’il représente, ce « & » à la rondeur bonhomme. Les gens pressés l’appellent « et commercial ». On ne le trouve plus guère que dans de vieillottes raisons sociales, même si les créatifs (artisans et communicants) se le réapproprient pour lui offrir une vie plus artistique.

Esperluette… J’ai découvert le mot grâce à un livre. Un « roman par nouvelles » signé Jean-Noël Blanc et publié chez Seghers en 1984, intitulé Esperluette et compagnie. J’avoue en avoir oublié le texte, mais j’avais rédigé une chronique pour le journal qui m’employait alors.

Pichenette

Je me souviens en revanche que ce bouquin m’avait ouvert les portes du Parquet d’Épinal. J’étais à ce moment-là fait diversier dans les Vosges, essayant de créer une petite enclave face à une concurrence qui ne lésinait pas sur les moyens, fussent-ils douteux et peu ragoûtants, pour asseoir son hégémonie.

Mais le procureur, qui m’accordait parfois quelques minutes de conversation, était homme de lettres. Et croyait me piéger en me demandant le nom du sigle qu’il dessinait sur un coin d’agenda. J’avais lu Blanc peu avant, lui parlait du livre. Quelques mois après, mon concurrent s’habituait aux coups de fil d’engueulade de son rédacteur en chef qui, après examen matinal du journal, lui faisait lecture d’un nouveau ratage.

Pirouette

Esperluette, donc. Ou esperluète ? Dans son Dictionnaire des règles typographiques, Louis Guéry adopte la deuxième orthographe, mais les dictionnaires usuels semblent lui préférer la première. En tout cas, la lecture du bouquin de Guéry m’a appris l’origine du mot, qui tient de la pirouette langagière.

Comme souvent, l’explication ne fait pas l’unanimité, mais la référence à la comptine continue de me séduire. « & » était considéré autrefois comme la vingt-septième lettre de l’alphabet, appelée « ète ». « En apprenant l’alphabet (en chantant) aux petits enfants de l’école élémentaire, explique Louis Guéry, on ajoutait une rime amusante… ix, i grec, zed, ète, perluète. Cela se serait transformé en esperluète. »

Alain Rey, dans son Dictionnaire historique de la langue française, lui confère une origine plus sobre, née du croisement des termes latins « perna » (jambe) et « sphaerula » (boule, sphère).

Je me garderai bien de trancher. J’aime quand la langue prend la poudre d’escamperluette.

Olivier Quelier.

3584512380_9926b579f9_b
Esperluette, et compagnie (https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/).

BIBLIOGRAPHIE

 

Jean-Noël Blanc, Esperluette et compagnie, Seghers, 1984.

Louis Guéry, Dictionnaire des règles typographies, Victoires éditions, 2010.

Sous la direction d’Alain Rey, Le Robert – Dictionnaire historique de la langue française.

L’esperluette et moi : souvenirs d’un localier

Journalisme : l’avenir en grand format

Comme tout centre de formation qui se respecte, l’École des métiers de l’information publie chaque année son catalogue, début septembre. Pour la première fois, j’ai eu à rédiger l’éditorial de la filière Journalisme. Filière qui compte deux sections : une section Rédacteurs animée par Judith et une section Secrétaires de rédaction, dont je m’occupe.

La difficulté résidait dans l’écriture d’un texte suffisamment large pour concerner toute la filière Journalisme, tout en reprenant les questionnements propres à chaque métier.

Chacun a donc travaillé de son côté puis nous avons réécrit à quatre mains. L’éditorial est à lire dans le catalogue, disponible en ligne sur le site de l’emi.

Je partage ici la « version SR » du texte. Non qu’elle soit meilleure que le texte publié, bien au contraire : il lui manquait un peu de chair et d’esprit. Mais ce blog consacré aux secrétaires de rédaction semblait l’endroit idéal pour qu’il se trouve, à son rythme.

Voici donc une modeste projection sur…

L’avenir en grand format

Capture d’écran 2015-08-25 à 17.34.44La presse est en crise ! Que n’a-t-on entendu, ces dernières années, la triste rengaine. Restructurations, licenciements, grèves… La presse se meurt. Mais les journalistes ? Plus précaires qu’hier, certes, mais plus prompts à rebondir, ils continuent d’exercer ce métier avec inventivité et passion.

À l’École des métiers de l’information, nous croyons en l’avenir des journalistes. Et des deux fonctions auxquelles nous formons : rédacteur et secrétaire de rédaction, évidemment multimédias. Deux fonctions qui se complètent et se chevauchent, s’empruntent chaque jour des compétences tout en en intégrant chacune de nouvelles.

Parce que SR et rédacteurs sont inséparables et se construisent sur le socle immuable du traitement de l’information, nous leur proposons une formation inédite, alternant séquences mutualisées et transversales.

Ensemble, stagiaires rédacteurs et secrétaires de rédaction apprennent les fondamentaux du journalisme et enrichissent leur pratique. Pratique : un mot-clé de la formation de l’emi-cfd. Un apport pertinent de théorie, sitôt mise en application dans des exercices variant les supports, les enjeux, les compétences.

Ensemble, stagiaires rédacteurs et secrétaires de rédaction travaillent dans les conditions de leur futur média, profitant de la transversalité offerte par l’école pour réaliser des publications et des « grands formats » avec les filières de correcteurs, de photojournalistes, de graphistes et d’éditeurs de livres.

Oui, rédacteurs et SR ont de l’avenir. Et c’est à l’emi qu’ils peuvent le construire et, déjà, le réinventer.

Olivier Quelier

Journalisme : l’avenir en grand format

Didier Pourquery entretient la conversation et le goût des mots

Didier Pourquery est le parrain de la promotion 2016 de la filière journalisme de l’emi. Persuadé que l’on a plus que jamais besoin d’information, il lance l’aventure de la version française de The Conversation. Tout en continuant, par son goût de « l’ordinaire », à nourrir sa passion pour les mots.

dpourquery250-ac487
Didier Pourquery. Crédit photo : éditions Autrement.

Didier Pourquery évolue depuis plus de trente ans dans le monde de la presse. Entré à Libération en 1983, il passe au Monde en 1986. Titres et fonctions se succèdent : La Tribune, InfoMatin, Voici, L’Expansion… ; rédacteur en chef de VSD, directeur adjoint de Bild France, directeur délégué de la rédaction de Libération, directeur de la rédaction de Métro France… La liste est incomplète.

En pleine Conversation

En 2009, il intègre le groupe Le Monde : rédacteur en chef du Monde 2 (futur Monde Magazine) puis directeur adjoint des rédactions. Boucle bouclée ? Oh non ! En septembre 2014, Didier devient consultant pour Image 7. Pas pour longtemps. Il est maintenant en plein lancement de la version française du site australien The Conversation.

Passionné par l’information, Didier Pourquery est aussi un gourmand et un gourmet des mots (pas que, mais passons). Il a tenu pour le Monde puis le huffingtonpost.fr une chronique intitulée Juste un mot. 

Une centaine de ces textes sont regroupés dans un recueil, Les Mots de l’époque, publié aux éditions Autrement (224p. 15€).

« J’aime l’ordinaire »

Dans les premières pages de son ouvrage, Pourquery explique : « Je ne suis ni linguiste, ni sémiologue, ni académicien (ça se saurait). Je pratique depuis plus de trente ans un métier qui dans les échelles de confiance voisine, en bas de liste, avec celui d’agent immobilier : journaliste. Cet emploi m’a permis d’enquêter sur les choses les plus ténues, de faire des reportages sur les régions les plus banales. J’aime l’ordinaire. Et quoi de plus ordinaire que les mots de tous les jours ? »

Cette simplicité et cette proximité rendent l’homme attachant et le journaliste excellent. Didier Pourquery le prouve dans les pages de son livre : il sait écouter les gens. Partout : au restaurant, en métro, dans la rue et sur les réseaux sociaux. Avec attention, agacement parfois, bienveillance souvent. Toujours sans concession.

C’est cash !

les-mots-de-l-epoque-100-tics-et-autres-extravagances-du-langage-quotidien-par-didier-pourquery_5099460Didier Pourquery constate dans son livre que l’on vit dans des temps d’ « en même temps » où chacun s’invite et revisite. Dans des endroits où, entre un p’tit-mail et la deadline, on s’empresse de faire le job, pas de souci. Dans des zones de mode (comme il existe des zones de conflit) où l’on nous bombarde de selfies, de trolls, de swag, de gay friendly, de paradigmes et de boulets. Dans une époque de mots courts dont on ne sait plus s’ils en disent long ou non : à plus, j’avoue, genre !, voilà…

Pourquery l’affirme en connaisseur : « Les tics de langage ne sont pas innocents ». Collectés dans divers médias et dans la vie de tous les jours, éclairés par leur étymologie et leur évolution, ces mots dévoilent l’usage que fait d’eux l’époque.

Ces chroniques sont servies par une langue riche et savoureuse. Le style est à l’image de l’homme : discret et élégant, truffé de culture et gorgé d’humour.

Alors juste un mot, Didier : merci.

Olivier Quelier

Didier Pourquery entretient la conversation et le goût des mots

La rentrée, à titre provisoire

C’est la rentrée ! Et ce ne sont pas quelques douteuses pratiques de hacking qui vont empêcher le blog GrandeurSRvitude d’être présent au rendez-vous.

cartableSous une forme temporaire, certes, des habits de mi-saison endossés avant de sortir les vêtements acquis pour l’occasion.

L’apparence importe peu : l’esprit reste identique, la motivation est intacte et l’envie plus grande encore de partager le plaisir des mots, des textes, de faire découvrir la fonction de secrétaire de rédaction et, plus largement, de plonger dans le monde chaotique certes mais ô combien inventif et plein de ressources du journalisme.

C’est la rentrée. Riche de lectures, de rencontres, de réflexion. Pleine d’incertitudes et pleine de promesses. À l’image de la vie. C’est déjà pas si mal.

Olivier Quelier.

CNR_ZjuUYAAvaxC
Photo via Bescherelle ta mère !
La rentrée, à titre provisoire