Michel Delpech, inventaires 66 et 71

Un peu de name dropping ? Deux exemples intéressants avec ces chansons de Michel Delpech, sorties à 5 ans d’intervalle, comme pour mieux montrer, en même temps que sa pertinence instantanée, l’impermanence de ce procédé.

Inventaire 66

Une minijupe, deux bottes Courrèges
Un bidonville et deux Mireille
Une nouvelle Piaf, un p´tit oiseau de toutes les couleurs
Une nouvelle Darc qui brûle les planches
Une religieuse, un Cacharel
Des cheveux longs, des idées courtes
Un vieux Paris, un Paris 2
Des paravents à l´Odéon, un Palmarès de la Chanson
Et toujours, le même président

Il y a eu tout ça
Et puis malgré tout ça
Quand je t´ai rencontrée
Il y a eu autre chose
Et tu as peint pour moi
Cette année tout en rose
Toi, oui, toi

Une guerre au Vietnam, un mariage en Hollande
Pour bientôt un p´tit Smet et la mort d´un poète
Caméra sur la Lune, un drugstore Opéra
Des ch´mises à fleurs, un étrangleur
Une bombe dans la mer, opération « Tonnerre »
Juanita Banana, un four à l´opéra
« Un homme et une femme » au festival de Cannes
Un Tabarin en moins, un Paladium en bus
Et toujours, le même président

Il y a eu tout ça
Et puis malgré tout ça
Quand je t´ai rencontrée
Il y a eu autre chose
Et tu as peint pour moi
Cette année tout en rose
Toi, oui, toi

Mon p´tit raton laveur

Inventaire 71

Un mini-short, une Nana kitsch
Un débardeur, et un Sapritch
Une Mamy Blue, des Sexy-shops un p’tit peu partout
Un carré bleu sur les pare-brises
Un Sapporo, des vieux Baltard
Un Jésus-Christ en superstar
Un faux Chaban, un vrai Luron
Gérard Nicoud au violon
Et Giscard à l’accordéon
Et toujours, le même président…

Il y a eu tout ça
Et puis malgré tout ça
Quand je t’ai rencontré
Il y a eu autre chose
Et tu as peint pour moi
Cette année toute en rose
Oui toi, oui toi

Des Bidasses en folie, une guerre au Bengale
Un abbé défroqué pour une Love Story
Une voiture sur la lune, un dollar pour une thune
Une crise de la presse
Un JJSS
Une French Connection
Un Pompidou-Nixon
Un Maumau qui s’en va, un Charlot qui revient
Un Persépolis, un putsch marocain
Une grève de la police, un Ping-Pong à Pékin
Et toujours, le même président…

Il y a eu tout ça
Et puis malgré tout ça
Quand je t’ai rencontré
Il y a eu autre chose.
Et tu as peint pour moi
Cette année toute en rose
Oui toi, oui toi

Mon p’tit raton-laveur

À lire aussi : 

Vincent Delerm : pourquoi le name dropping ?

On se sépare pas de Sinatra

Michel Delpech, inventaires 66 et 71

Vincent Delerm, tous les garçons (et les filles…)

A présent, le dernier album de Vincent Delerm, est superbe. Onze chansons élégantes et désabusées, qui jouent de l’orchestration comme pour mieux contraster avec le précédent, Les Amants parallèles, projet formel et structuré. Onze chansons, dont Le garçon, touchant autoportrait presque sépia, plein de tendresse et de nostalgie.

Une belle chanson, d’autant plus belle qu’elle est, sinon universelle, du moins si humaine et si personnelle que chacun peut se l’approprier. Quel beau support pour pratiquer l’écriture, plus fort encore qu’un Je me souviens de Georges Perec. J’ai hâte de le partager en atelier.

Le garçon

Et je suis le garçon
Celui qui vous aimait
Sous la neige à Beaumont
Sur la plage en juillet

Je suis celui qu’on voit
Sur cette photographie
Cow-boy cousin Thomas
Panoplie

Je suis le garçon
Celui qui vous aimait
J’ai changé pardon
Quelquefois toi tu me reconnais
Je suis le garçon
Délavé en tailleur
Pareil à l’intérieur

Et je suis celui-là
En février à Rouen

Qui veut faire Barbara
Pour vingt-et-un payants
Un soir dans l’amphi trois
Un soir il y a longtemps
Je suis resté là-bas
Etudiant

Je suis le garçon
Celui qui espérait
J’ai changé pardon
Mais toi parfois tu me reconnais
Je suis le garçon
Dans la loge à vingt heures
Pareil à l’intérieur

Je suis le garçon dont les oreilles devenaient rouges en approchant des fêtes foraines.
Je suis le garçon qui était le seul garçon dans le cours de danse.
Je suis le garçon qui devait regarder la route en voiture.
Je suis le garçon qui n’a pas vu la Guerre des étoiles.
Je suis le garçon qui a demandé un autographe à Bruno Marie-Rose.
Je suis le garçon qui faisait partie d’un groupe de cold-wave.
Je suis le garçon qui était ami avec Vincent Schmitt.
Je suis le garçon qui a perdu un ami d’enfance.
Je suis le garçon qui est parti vivre à Paris.
Je suis le garçon qui a vécu métro Alésia, métro Barbès, métro Poissonnière, métro Belleville.
Je suis le garçon dans la nuit sur le balcon de la clinique des Diaconesses.
Je suis le garçon qui a déclaré un enfant à la mairie du 12e arrondissement.
Je suis le garçon qui a déclaré un autre enfant à la mairie du 12e arrondissement.
Je suis le garçon celui qui vous aimait sous la neige à Beaumont.

Et en live :

Vincent Delerm, tous les garçons (et les filles…)

Voulez-vous chanter… grammaire ? 2. Avec Christophe Hondelatte

Christophe Hondelatte, journaliste radio et télé, a commis en 2011 un album intitulé Ou pas. A l’intérieur de opus qui est le premier et a priori l’unique de sa carrière de chanteur, une chanson intitulée Conjugaison. Une double curiosité donc, qu’à défaut de pouvoir écouter, vous pouvez découvrir grâce à ses paroles.

Chritophe Hondelatte (Youtube).

Conjuguons tu disais,
Conjuguons au passé
Nous étions, tu étais

Et moi qui étais-je ?

Conjuguons je disais,
Conjuguons au présent
Nous sommes, tu es

Et moi qui suis-je ?

Le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct.
Le participe présent accorde une chance si tu l’acceptes.

Conjuguons nous disions,
Conjuguons au futur
Nous serons, tu seras

Et moi qui serai-je

Le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct.
Le participe présent accorde une chance si tu l’acceptes.

Nous passons tu disais
Le tableau des conjugaisons
Je suis, tu es
Mais nous ne sommes plus

Le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct.
Le participe présent accorde une chance si tu l’acceptes.

Le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct.
Le participe présent accorde une chance si tu l’acceptes.

Le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct.
Le participe présent accorde une chance si tu l’acceptes.

Conjuguons !

A découvrir : Grammaire Song du groupe Chanson plus Bifluorée.

Je n’ai pas trouvé de vidéo de Christophe Hondelatte interprétant Conjugaison, mais vous pouvez écouter la chanson via ce lien.

Voulez-vous chanter… grammaire ? 2. Avec Christophe Hondelatte

Voulez-vous chanter… grammaire ? 1. Avec Chanson Plus Bifluorée

La grammaire en chansons ? Surprenant de voir (d’entendre) que cette matière souvent ardue, repoussante pour certains, devient parfois objet de variétés. Premier volet de cette mini-série avec le groupe Chanson Plus Bifluorée et sa Grammaire Song.

D’accord c’est un peu rébarbatif
Le subjonctif en apéritif
Passons sur le mode impératif
Le plus-que-parfait, le pronom relatif

Adjectif possessif : possession
Mes, tes, ses, nos, vos, leurs, mon, ton, son
Exemple facile ; c’est son tonton
Qu’est ton maçon, lui qui t’a bâti ta maison

Un cheval au pluriel c’est chevaux
Mais des batailles font pas des bateaux
Exception faite pour aller aux bals
Danser quels régals dans tous les carnavals

Avez-vous bien étudié la grammaire
Les règles littéraires, accordé l’auxiliaire ?
Avez-vous bien révisé le français
L’attribut du sujet, le complément d’objet ?

L’accent aigu remplace souvent
Un ancien « s » qu’on avait dans l’temps
L’accent circonflexe évidemment
Mis pour une lettre qu’on écrivait avant

J’ai laissé mon épée à l’escole
Avant que d’estudier l’Anatole
De l’anglais on garde le foot-ball
Le gin, le pudding et puis le music-hall

Avez-vous bien étudié la grammaire
Les règles littéraires, accordé l’auxiliaire ?
Avez-vous bien révisé le français
L’attribut du sujet, le complément d’objet ?

« Tout » adverbe est toujours inchangé
Mais « tout » adjectif peut s’accorder
Quand « tout » est pronom, difficulté !
« Tout » c’est compliqué, on n’y est plus tout à fait

Bijou caillou chou genou hibou
Sans oublier tous nos vieux joujoux
Bijou caillou chou genou hibou pou
Mais où est donc or ni car, souvenez-vous

Avez-vous bien étudié la grammaire
Les règles littéraires, accordé l’auxiliaire ?
Avez-vous bien révisé le français
L’attribut du sujet, le complément d’objet ?

Avez-vous cherché dans le dictionnaire
Compris le questionnaire, écrit vos commentaires ?
Avez-vous bien étudié l’imparfait
L’attribut du sujet, le complément d’objet ?

Avez-vous résolu tous les mystères
De la conjugaison et du vocabulaire
Du temps où vous remplissiez vos cahiers
D’attributs du sujet, de compléments d’objet ?

Voulez-vous chanter… grammaire ? 1. Avec Chanson Plus Bifluorée

Eddy Mitchell : journaliste et critique, « c’est dans ta nature, t’es intolérant » [chanson]

Avec Big Band, son 36e volume sorti en 2015, Eddy Mitchell rend hommage à l’Amérique qu’il aime, celle de Frank Sinatra et de Gary Cooper. Dans l’une de ses chansons, Journaliste et critique, il règle ses comptes avec les chroniqueurs musicaux.

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C’est dans ta nature
T’es intolérant
C’est le métier qui veut ça
Il faut que tu sois méchant, méchant
Pour toi les acteurs sont snobs, suffisants
Les actrices des jouets sexuels
C’est navrant, flagrant
Journaliste et critique
Parfois t’as raison
Ton analyse est juste
Comme ta vision
Tu nous fais découvrir
Des films, des nouveaux noms
Tu mérites ta liberté d’expression

C’est dans ta nature
D’être indifférent
Comme ça tu masques mieux tes sentiments
Tout le temps
Pourtant t’as beau être une plume intellectuelle

Tu as un cœur qui bat, une enveloppe charnelle
Journaliste et critique
Tu rêves souvent
D’écrire un best-seller
Ton grand roman
Politicien raté
Ou artiste égaré
Un chanteur sans public
Ramant, ramant

Journaliste et critique
Ton verbe acéré
Peut humilier et déstabiliser
La liberté d’la presse
Sans toi, c’est peanuts
Continue comme ça à jouer
Au sale gosse

Eddy Mitchell : journaliste et critique, « c’est dans ta nature, t’es intolérant » [chanson]

[Atelier d’écriture] On se sépare pas de Sinatra

Lors d’un récent atelier d’écriture, j’ai été amené à travailler le name-dropping, cette technique — certains parlent même (avec un peu d’audace, me semble-t-il) de figure de style — qui consiste à émailler son propos, oral ou écrit, de noms célèbres : personnalités, marques, publicités, produits culturels, institutions, etc.

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Pour aborder le name-dropping, j’aime bien utiliser les chansons de Vincent Delerm, qui revendiquait, dans ses premiers albums, cette manière de faire. Beaucoup de rappeurs utilisent également cette technique. Oldelaf a signé un formidable texte consacré aux marques, Kleenex.

Un des participants à l’atelier d’écriture, Christophe, véritable puits de culture et inépuisable ressource, m’a parlé d’une « chanson de rupture » (le thème même de ma proposition) signée Alain Chamfort et intitulée Sinatra (album Le Plaisir, en 2003).

Une découverte que je partage donc ici, en vidéo et en paroles.

Olivier Quelier

Björk et Bowie sont à toi
Tom Waits, Lou Reed, Nirvana
Peu d’ fautes de goût dans tout ça {x2}
Tu t’en vas
Aves tes CD sous le bras
Mais Sinatra reste là
Sinatra est à moi
Etienne Daho est à toi
Miossec et Dominique A
J’ pourrais tous être leur papa {x2}
Tu t’en vas
Tu reprends tout ce qui est à toi
Mais Sinatra, n’y touche pas
Sinatra est à moi
Les Pet Shop Boys sont à toi
Air, les Daft Punk, Madonna
T’as l’ cœur à danser, moi pas {x2}
Tu t’en vas
D’un pas léger, dans la joie
Mais Sinatra, j’ plaisante pas
Sinatra est à moi
Chamfort, il était à toi
Mais tu m’ le laisses, c’est sympa
Ce que j’ vais en faire, je sais pas {x2}
Tu t’en vas
Tu fais le vide derrière toi
Il me reste plus qu’ Sinatra
Sinatra est à moi
Tu fais le vide derrière toi
Il me reste plus qu’ Sinatra
Sinatra est à moi

 

[Atelier d’écriture] On se sépare pas de Sinatra

Gainsbourg, zig zinzin du Z

Une chanson, de Gainsbourg à Birkin.
Une chanson de Serge à Jane.
Découverte lors d’un début d’atelier d’écriture, en plein jeu de tautogramme.
Le tautogramme, vous savez, cette allitération un peu spéciale, ce texte dont chaque mot commence par la même lettre.
Un exemple ? « Monsieur Muscle masse Miss Monde ».
Bref.
Un participant m’a parlé de cet Exercice en forme de Z imaginé par Serge Gainsbourg, que je partage ici.

Exercice en forme de Z

imgresZazie
A sa visite au zoo
Zazie suçant son zan
S’amusait d’un vers luisant
D’isidore Isou
Quand zut ! Un vent blizzard
Fusant de son falzar
Voici zigzaguant dans les airs
Zazie et son Blazer

L’oiseau
Des îles est pris au zoom
Par un paparazzi
Zigouilleur visionnaire
De scherzi de Mozart
Drôle de zigoto
Zieuteur du genre blasé
Mateur de photos osées
Zazie
Sur les vents alizés
S’éclate dans l’azur
Aussi légère que bulle d’Alka Selzer
Elle visionne le zoo
Survolant chimpanzés
Gazelles lézards zébus buses et grizzlis d’Asie

L’oiseau
Des îles est pris au zoom
Par l’autre zèbre, bonne zigue
Zazie le fusillant d’un bisou
Lui fait voir son bazar
Son zip et son Zippo
Fendu de jusqu’à Zo

A lire (et écouter) aussi, de Gainsbourg…

Le cadavre exquis, hommage au jeu des surréalistes.

En relisant ta lettre, hommage à la justesse de la langue française.

 

Gainsbourg, zig zinzin du Z