Eddy Mitchell : journaliste et critique, « c’est dans ta nature, t’es intolérant » [chanson]

Avec Big Band, son 36e volume sorti en 2015, Eddy Mitchell rend hommage à l’Amérique qu’il aime, celle de Frank Sinatra et de Gary Cooper. Dans l’une de ses chansons, Journaliste et critique, il règle ses comptes avec les chroniqueurs musicaux.

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C’est dans ta nature
T’es intolérant
C’est le métier qui veut ça
Il faut que tu sois méchant, méchant
Pour toi les acteurs sont snobs, suffisants
Les actrices des jouets sexuels
C’est navrant, flagrant
Journaliste et critique
Parfois t’as raison
Ton analyse est juste
Comme ta vision
Tu nous fais découvrir
Des films, des nouveaux noms
Tu mérites ta liberté d’expression

C’est dans ta nature
D’être indifférent
Comme ça tu masques mieux tes sentiments
Tout le temps
Pourtant t’as beau être une plume intellectuelle

Tu as un cœur qui bat, une enveloppe charnelle
Journaliste et critique
Tu rêves souvent
D’écrire un best-seller
Ton grand roman
Politicien raté
Ou artiste égaré
Un chanteur sans public
Ramant, ramant

Journaliste et critique
Ton verbe acéré
Peut humilier et déstabiliser
La liberté d’la presse
Sans toi, c’est peanuts
Continue comme ça à jouer
Au sale gosse

Eddy Mitchell : journaliste et critique, « c’est dans ta nature, t’es intolérant » [chanson]

[Atelier d’écriture] On se sépare pas de Sinatra

Lors d’un récent atelier d’écriture, j’ai été amené à travailler le name-dropping, cette technique — certains parlent même (avec un peu d’audace, me semble-t-il) de figure de style — qui consiste à émailler son propos, oral ou écrit, de noms célèbres : personnalités, marques, publicités, produits culturels, institutions, etc.

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Pour aborder le name-dropping, j’aime bien utiliser les chansons de Vincent Delerm, qui revendiquait, dans ses premiers albums, cette manière de faire. Beaucoup de rappeurs utilisent également cette technique. Oldelaf a signé un formidable texte consacré aux marques, Kleenex.

Un des participants à l’atelier d’écriture, Christophe, véritable puits de culture et inépuisable ressource, m’a parlé d’une « chanson de rupture » (le thème même de ma proposition) signée Alain Chamfort et intitulée Sinatra (album Le Plaisir, en 2003).

Une découverte que je partage donc ici, en vidéo et en paroles.

Olivier Quelier

Björk et Bowie sont à toi
Tom Waits, Lou Reed, Nirvana
Peu d’ fautes de goût dans tout ça {x2}
Tu t’en vas
Aves tes CD sous le bras
Mais Sinatra reste là
Sinatra est à moi
Etienne Daho est à toi
Miossec et Dominique A
J’ pourrais tous être leur papa {x2}
Tu t’en vas
Tu reprends tout ce qui est à toi
Mais Sinatra, n’y touche pas
Sinatra est à moi
Les Pet Shop Boys sont à toi
Air, les Daft Punk, Madonna
T’as l’ cœur à danser, moi pas {x2}
Tu t’en vas
D’un pas léger, dans la joie
Mais Sinatra, j’ plaisante pas
Sinatra est à moi
Chamfort, il était à toi
Mais tu m’ le laisses, c’est sympa
Ce que j’ vais en faire, je sais pas {x2}
Tu t’en vas
Tu fais le vide derrière toi
Il me reste plus qu’ Sinatra
Sinatra est à moi
Tu fais le vide derrière toi
Il me reste plus qu’ Sinatra
Sinatra est à moi

 

[Atelier d’écriture] On se sépare pas de Sinatra

Gainsbourg, zig zinzin du Z

Une chanson, de Gainsbourg à Birkin.
Une chanson de Serge à Jane.
Découverte lors d’un début d’atelier d’écriture, en plein jeu de tautogramme.
Le tautogramme, vous savez, cette allitération un peu spéciale, ce texte dont chaque mot commence par la même lettre.
Un exemple ? « Monsieur Muscle masse Miss Monde ».
Bref.
Un participant m’a parlé de cet Exercice en forme de Z imaginé par Serge Gainsbourg, que je partage ici.

Exercice en forme de Z

imgresZazie
A sa visite au zoo
Zazie suçant son zan
S’amusait d’un vers luisant
D’isidore Isou
Quand zut ! Un vent blizzard
Fusant de son falzar
Voici zigzaguant dans les airs
Zazie et son Blazer

L’oiseau
Des îles est pris au zoom
Par un paparazzi
Zigouilleur visionnaire
De scherzi de Mozart
Drôle de zigoto
Zieuteur du genre blasé
Mateur de photos osées
Zazie
Sur les vents alizés
S’éclate dans l’azur
Aussi légère que bulle d’Alka Selzer
Elle visionne le zoo
Survolant chimpanzés
Gazelles lézards zébus buses et grizzlis d’Asie

L’oiseau
Des îles est pris au zoom
Par l’autre zèbre, bonne zigue
Zazie le fusillant d’un bisou
Lui fait voir son bazar
Son zip et son Zippo
Fendu de jusqu’à Zo

A lire (et écouter) aussi, de Gainsbourg…

Le cadavre exquis, hommage au jeu des surréalistes.

En relisant ta lettre, hommage à la justesse de la langue française.

 

Gainsbourg, zig zinzin du Z

Des mots d’occasion pas chers avec « La Rue Ketanou »

Retrouvé un peu par hasard cette chanson déjà ancienne – une quinzaine d’années – de La Rue Ketanou. Parce que les mots sont faits pour être chantés. Parce que les mots de tous les jours méritent d’être mis au grand jour. Et parce qu’il n’y a pas de petits mots, qu’ils soient d’occasion ou de collection.

Approchez, approchez Mesdames et Messieurs
Car aujourd’hui grande vente aux enchères
Dans quelques instants mes deux jeunes apprentis saltimbanques
Vont vous présentationner des … mots

{Refrain}
Un mot pour tous, tous pour un mot
Un mot pour tous, tous pour un mot

Des gros mots pour les grossistes
Des maux de tête pour les charlatans
Des jeux de mots pour les artistes
Des mots d’amour pour les amants
Des mots à mots pour les copieurs
Des mots pour mots pour les cafteurs
Des mots savants pour les emmerdeurs
Des mobylettes pour les voleurs

Aujourd’hui grande vente aux enchères
On achète des mots d’occasion

Des mots à la page et pas chers
Et puis des mots de collection

{au refrain}

Des morues pour les poissonniers
Et des mochetés pour les pas bien beaux
Des mots perdus pour les paumés
Des mots en l’air pour les oiseaux
Des mots de passe pour les méfiants
Et des mots clés pour les prisonniers
Des mots pour rire pour les enfants
Des mots tabous pour l’taboulé

{au refrain}

Des mots croisés pour les retraités
Et des petits mots pour les béguins
Des mots d’ordre pour les ordonnés
Des mots fléchés pour les Indiens
Des momies pour les pyramides
Des demi-mots pour les demi-portions
Des mots courants pour les rapides
Et le mot de la fin pour la chanson

Des mots d’occasion pas chers avec « La Rue Ketanou »

Il y a cinquante ans, Jean-Pierre Ferland chantait (et égratignait) les journalistes

Jean-Pierre Ferland est un auteur, compositeur et interprète québécois né en 1934. Il a écrit, il y a cinquante ans, en 1965, une chanson intitulée Les Journalistes.

Pourquoi cette chanson ? Dans une interview accordée à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Jean-Pierre Ferland explique : « Parce que mes amis étaient des journalistes. J’ai travaillé à Radio-Canada pendant des années, j’ai travaillé avec les journalistes… C’étaient mes chums. Je voulais en plus de ça leur tirer la pipe, je voulais les chatouiller, mais, au fond, c’était juste une fantaisie.

C’était le plaisir d’écrire et c’était jouer avec le danger en même temps, parce que c’était au début de ma carrière et je n’avais pas eu de mauvaises critiques encore. Je savais que j’en aurais, parce que les journalistes ont été très durs avec moi… tout le long de ma vie. Je voulais les braver avant que ça arrive. Autodéfense prémonitoire… Et ne pas avoir peur du danger, jouer avec le feu. »

Un jeu qui lui a causé des ennuis : « Oui, parce que, dans le fond, les journalistes n’ont pas aimé ça. Ils ont été tolérants pour ne pas passer pour des gens sans humour, mais… ils m’attendaient au tournant. »

Les Journalistes, en paroles

Beaucoup de mots, très peu d’humour, moitié pinson, moitié vautour
Ça dépend de l’heure et du jour, de l’édition et du tirage
Ils ont autant d’élan moral qu’ils ont de pages à leur journal
Ça fait du bien, ça fait du mal, ça dépend de leurs avantages
Ils vous habillent à leur façon, vous prêtent des déclarations
Vous coupent en deux ou trois tronçons, ils vous tuent puis ils vous éventrent
Ils racontent ce qu’ils ont su, d’un autre qui est bien connu
Un autre qui est très bien vu quand ils n’ont rien su ils inventent

Quand ils ont lu Tintin, Prévert, quand ils ont écrit quatre vers
On les consacre reporters dans la mode ou la politique
Quand ils n’ont plus assez d’idées on les met aux chiens égarés
Quand y’en a plus ils sont mutés, on les met aux rangs des critiques
As-tu vu mon papier tout frais c’est presque du papier monnaie
Est-ce que tu connais Bossuet, tout à fait moi moins la légende
C’est pas du mou, c’est du brutal et puis ça fera original
J’avais mal à mon piédestal quand on monte plus y faut descendre

Pour les comprendre il faut les voir, le moins souvent mais certains soirs
Surtout quand ils jouent l’épluchoir aux soirées des grandes premières
Le bras pendant, la plume au bout, le programme sur les genoux
Ils feignent de comprendre tout mais s’ennuient comme au cimetière
Et leurs critiques terminées, il faut les voir se corriger
Faisant toute objectivité comme s’ils avaient payé leurs places
Et le lendemain au matin vous la trouverez dans un coin
Une à la deux et deux fois rien, question de goût, question d’espace

Quand on sait tout on ne sait rien, je sais peu mais je le sais bien
J’ai appris dans un quotidien toutes les lois fondamentales
J’ai appris ce que je savais, le moins c’est faux, le plus c’est vrai
Le plus c’est gros plus c’est épais, le moins c’est blanc, le plus c’est sale
Quand vous écouterez ma chanson ne sautez pas aux conclusions
Sachez que vous faites exception et que gagner sa vie c’est triste
Ne me mettez pas aux arrêts, gardez vos rages pour après
Quand je n’aurai plus de succès, quand je deviendrai journaliste

Il y a cinquante ans, Jean-Pierre Ferland chantait (et égratignait) les journalistes

Mortel, le cadavre exquis chanté par Gainsbourg

On connaît mon goût pour les ateliers d’écriture créative et pour les jeux sur les mots. Après tout, ils constituent le matériau de base de toute écriture, quel que soit le support auquel ils sont destinés. J’y consacre donc, autant que possible, des séances ludiques et interactives avec stagiaires et étudiants, ravi de constater, à chaque fois, des avancées tangibles dans la rédaction ou son approche.

Le « Cadavre exquis » est un incontournable de ces ateliers. Le jeu a été  inventé par les Surréalistes dans les années 1920. Il s’agit, selon le Dictionnaire abrégé du surréalisme, d’un jeu  « qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu’aucune d’elles puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes ».

Depuis près de cent ans, son succès ne se dément pas. Pour preuve, Serge Gainsbourg lui a consacré une chanson, donc voici le texte et la vidéo.

Olivier Quelier.

Le cadavre exquis 

Si l’on jouait au jeu du cadavre exquis

Histoire d’nous passer un peu notre ennui

Tu écris un mot n’importe quoi

Et moi j’en inscris un autre après toi

La petite mouche à merde

A mis des bouchées doubles

Y a des coups d’pied qui s’perdent

Dans les roubles

Oui c’est ça le jeu du cadavre exquis

Nous allons y jouer toute la nuit

Emmanuelle aime les caresses

Buccales et manuelles

Remue un peu tes fesses

Me dit-elle

Moi j’préfère jouer au jeu du cadavre exquis

Que de l’enfiler toute la nuit

L’humour noir vient d’Afrique

Exemple Amin DiDi

Je bande magnétique

Pour lui

Si l’on jouait au jeu du cadavre exquis

Histoire d’nous passer un peu notre ennui.

Auteur : Serge Gainsbourg. Compositeur : Serge Gainsbourg. © Melody Nelson Publishing – 1975.

A lire aussi :

Gainsbourg et le français, dans En relisant ta lettre.

Mortel, le cadavre exquis chanté par Gainsbourg

Quand Pierre Perret chantait la réforme de l’orthographe (1992)

C’est l’une des polémiques du moment, qui nous renvoie 25 ans en arrière. En 1990, des rectifications de l’orthographe sont adoptées par le Conseil supérieur de la langue française. Deux ans plus tard, dans l’album Bercy Madeleine, Pierre Perret en fait une chanson croquignolette dont voici les paroles.

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La réforme de l’orthographe

Tous les cent ans les néographes
Font une réforme de l’orthographe
En rognant les tentacules
Des gardiens de nos virgules
On voit alors nos gens de lettres
Chacun proteste à sa fenêtre
Mes consonnes, au nom du ciel !
Touche pas à mes voyelles !

La réforme de l’orthographe
M’eût pourtant évité des baffes
Quand je tombais dans le panneau
De charrette et de chariot

Le Roi pourtant fut bien le Roué
Le François devint le Français
Et Molière mit aussi
Un y à mercy
Le véritable sacrilège
Serait de suivre ce cortège
De vieilles lunes alambiquées
Éprises de compliqué

La réforme de l’orthographe
M’eût pourtant évité des baffes
Quand du tréfonds de ma détresse
J’oubliais toujours l’S

Croquemonsieur et tirebouchon
N’ont plus besoin d’un trait d’union
Croquemadame et tapecul
N’en auront plus non plus
Contremaîtresse et contrefoutre
Eux-mêmes ne pourront passer outre
Entrecuisse et entrechat
N’ont pas non plus le choix

La réforme de l’orthographe
M’eût pourtant évité des baffes
C’est les cuisseaux et les levrauts
Qui me rendent marteau

Faudra aussi laisser quimper
Dans nos chères onomatopées
Ce trait unissant froufrou
Yoyo pingpong troutrou
On pourra souder nos bluejeans
Nos ossobucos nos pipelines
Vademecum exvoto
Feront partie du lot

La réforme de l’orthographe
M’eût pourtant évité des baffes
Mettre un T au bout de l’appât
Que n’avais-je fait là !

Et quand malgré nos vieux réflexes
On posera plus nos circonflexes
Sur maîtresse et enchaîné
On fera un drôle de nez
Mais les générations prochaines
Qui mettront plus d’accent à chaînes
Jugeront que leurs aînés
Les ont longtemps traînées

La réforme de l’orthographe
Contrarie les paléographes
Depuis qu’un L vient d’être ôté
À imbécillité

Quand Pierre Perret chantait la réforme de l’orthographe (1992)