« Internet, je crie ton nom ! » : Paul Éluard revisité

Paul Éluard ? Rares sont ceux, des collégiens aux retraités, qui ne peuvent associer son nom à son poème le plus célèbre, Liberté (pour le plaisir de la lecture, le texte est reproduit en fin d’article).

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Simon Tripnaux, consultant SEO & marketing digital, est l’auteur du très riche et très enrichissant blog Tribords. Il a eu l’idée de réécrire le texte d’Éluard en le dédiant non plus à la Liberté mais à… Internet.

Le résultat, drôle et pertinent, est bluffant. En voici un extrait, histoire de vous donner envie d’aller lire la suite sur le blog Tribords.

Sur mes lignes de code
Sur mon blog et son flux
Sur mes stats et sur les tags
J’écris ton nom…

Liberté, de Paul Éluard

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Poésie et vérité 1942 (recueil clandestin)
Au rendez-vous allemand (1945, Les Editions de Minuit)

 

 

« Internet, je crie ton nom ! » : Paul Éluard revisité

Mahmoud Darwich : quand le mot a besoin d’un poète

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Un mot lui plut.
Il ouvrit le dictionnaire,
ne l’y trouva pas
ni ne lui trouva une définition brumeuse…
mais le mot l’obséda la nuit,
musical, en harmonie
avec un moi énigmatique.

Il dit : il a besoin d’un poète
et d’une métaphore pour verdir et rougir
sur la face des nuits obscures.

Quel est-il?
Il trouva le sens
et perdit le mot.

Mahmoud Darwich

(Poème extrait du recueil La Trace du papillon).

Mahmoud Darwich : quand le mot a besoin d’un poète

Aimable Serdu, qui sabre les mots blamables

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Comme en écho au dessin de Deligne à propos des coquilles dans les journaux, voici l’illustration du belge Serdu.

Serdu (Serge Duhayon) est un dessinateur prolifique, sensible aux problèmes de société. Il a illustré les textes écrits par Patrick Traube et regroupé dans un recueil intitulé Où va le monde ?, publié aux éditions Convaincre.

(Merci à Alain Trémiseau et Anne Duvivier pour leurs contributions brèves mais décisives).

Aimable Serdu, qui sabre les mots blamables

Bernard Pivot, les m’as-tu-lus et les verbes en progrès

Star de Twitter, Bernard Pivot (@bernardpivot1) distille sur ce réseau social des messages qui relèvent de l’aphorisme de (très) bonne facture. Il a notamment publié deux tweets qui s’appliquent on ne peut mieux au travail des rédacteurs et des secrétaires de rédaction. À tel point qu’ils mériteraient d’être affichés au-dessus de chaque bureau des salles de rédaction.capture-decran-2016-09-19-a-12-20-06

Bernard Pivot, les m’as-tu-lus et les verbes en progrès

C’été un belle homage a Maitre Capello

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Jacques Capelovici était une vedette des Jeux de 20 heures.

Retrouvée au hasard d’un rangement de dossiers, cette nécrologie de Jacques Capelovici.

Ce nom ne dira peut-être rien aux plus jeunes… Pourtant, ce cruciverbiste souriant, rendu célèbre dans les années 1970 par les Jeux de 20 heures, est pour beaucoup la personnification du correcteur, l’incarnation du puriste et le modèle de la perfection grammaticale et syntaxique.

« Maître Capello » est décédé le 20 mars 2011 à l’âge de 88 ans. Il était un grand amoureux des calembours et des jeux sur les mots et la langue.

Éric et Luc

Pour preuve cet exemple qu’il aimait citer pour parler du palindrome [mot ou phrase qui se lit de gauche à droite comme de droite à gauche, ndlr] : « Éric notre valet alla te laver ton ciré ». Exemple qu’il complétait en précisant que l’on peut sans problème remplacer Éric par Luc…

Jacques Capelovici aurait donc apprécié l’exercice de style de Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, alors journalistes à Libération, qui signent un hommage de très bon aloi à cet érudit populaire et rigolard.

2016-09-16

C’été un belle homage a Maitre Capello