Gustave Flaubert : les journaux, « ne pouvoir s’en passer »

La formule est connue. Tirée du Dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert, elle n’est qu’un extrait de l’entrée du mot « Journaux ». Le texte, publié en 1913 de manière posthume, reste toujours d’actualité.

JOURNAUX. Ne pouvoir s’en passer mais tonner contre. Leur importance dans la société moderne. Ex. : Le Figaro. Les journaux sérieux : La Revue des Deux Mondes, l’Economiste, le Journal des Débats ! il faut les laisser traîner sur la table de son salon, mais en ayant bien soin de les couper avant. Marquer quelques passages au crayon rouge produit aussi un très bon effet. Lire le matin un article de ces feuilles sérieuses et graves, et le soir, en société, amener adroitement la conversation sur le sujet étudié afin de pouvoir briller.

A lire aussi :

Gustave Flaubert : « Bien écrire est tout ».

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Antoine Mercier : le mauvais « rêve » de « figer l’instant dans l’épure de la factualité »

1280x720-ouyFace à la crise que traverse le journalisme, à la dégradation et à la précarisation des conditions de travail des journalistes, face à « l’effacement du sens même de notre profession, et en définitive, de la satisfaction de son exercice », Antoine Mercier, journaliste à France Culture, s’inquiète, dans son livre Manifeste pour sortir du mal-être au travail, des répercussions sur la qualité de l’information. 

Antoine Mercier explique : « En entendant le récit médiatique des événements, j’en viens parfois à penser que mes confrères oublient les principes fondamentaux qui justifient socialement leur fonction. Plutôt que de rapporter les événements qui feraient s’interroger chacun sur ses actions futures, ils semblent s’ingénier à recouvrir la réalité, dont ils sont pourtant censés rendre compte, de sujets déconnectés de tout lien avec le devenir collectif, comme si plus rien ne devait se passer. Rêve de figer l’instant dans l’épure de la factualité, le spontanéisme de l’émotion ou de la compassion bien-pensante. »

Manifeste pour sortir du mal-être au travail, d’Antoine Mercier et Vincent de Gaulejac, Desclée de Brouwer, 180p. 15€.

(d’après l’article « Presse sous pression », in Les Inrocks 14/11/12).

Antoine Mercier : le mauvais « rêve » de « figer l’instant dans l’épure de la factualité »

Frédéric Gros : « Les journaux n’ont aucune mémoire »

« (…) La lecture des journaux ne nous apprend jamais en effet que ce qu’on ne savait pas encore. D’ailleurs, c’est exactement ce que l’on recherche : du nouveau. Mais ce qu’on ne savait pas, c’est précisément ce qu’on oublie aussitôt.
Parce qu’une fois qu’on sait, il faut laisser place à ce qu’on ne sait pas encore et qui viendra demain.
Les journaux n’ont aucune mémoire : une nouvelle chasse l’autre (…). Dès qu’on marche, les nouvelles n’ont plus d’importance. »

Marcher, une philosophie de Frédéric Gros, coll. Champs essais, éd. Flammarion.

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Frédéric Gros est philosophe, spécialiste de Michel Foucault. Il a signé en 2016 chez Albin Michel un roman intitulé Possédées.

(Merci à Cécile L. pour le partage).

Frédéric Gros : « Les journaux n’ont aucune mémoire »

Quand je serai grand(e), je serai journaliste. Ou pas [3]

Oui, le journalisme fait rêver.
Oui, le journalisme fait fantasmer.

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« Journaliste a son bureau » par Félix Cambon en 1907.

Oui les grandes figures tutélaires (Londres — Ah, Londres ! — Giroud, et bien d’autres) ou médiatiques (là, je ne m’avancerai pas à citer des noms…) restent des modèles souvent enviés.

Mais au-delà des grands combats à mener, des causes à défendre ; au-delà de l’ « éducation » ludique qu’offre le marketing, certains aspirants se heurtent parfois à une réalité plus… abrupte.
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Car exercer le journalisme, c’est aussi subir pas mal de contraintes, comme le prouve ce bilan de stage publié sur les réseaux sociaux (Facebook) par le journaliste Alexandre Blanc…

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Quand je serai grand(e), je serai journaliste. Ou pas [3]

Quand je serai grand(e), je serai journaliste, poupée [2]

Etre journaliste n’est pas un métier comme un autre. Il continue de séduire, d’inviter à l’aventure, à la défense de causes que l’on estime justes. Il suscite des vocations et entretient une imagerie populaire bien décalée de la réalité. Deuxième des trois volets de cette mini-série tragi-comique.

C’est une chef-adjointe du Monde qui a publié cette lettre sur Facebook. Une écolière lorraine de 10 ans rêve de devenir journaliste. De bon augure pour l’avenir ?

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img_0775Cette gamine, en tout cas, pourra travailler sa vocation grâce à ces jouets qui ont resurgi sur les réseaux sociaux après la sortie d’un magazine offrant un « kit de journaliste ».

Grâce à La Fée Clochette magazine, la jeune investigatrice disposera d’un smartphone, d’un bloc-notes et même de la carte de presse tant convoitée.

 

 

 

Comme quoi on n’en a pas fini avec l’imagerie populaire qui fantasme le glamour du métier…

Enfin, le glamour à confetti et paillettes plus que le métier pour cette publication…

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Capture d’écran 2016-01-04 à 17.49.48Barbie, déjà, se baladait sac en bandoulière et disposait de tout le matériel pour développer ses photos en argentique… Et se transformait, bien sûr, en vedette du journal télévisé

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Le bonhomme de Playmobil confirme en tout cas que le journaliste, dans la vie rêvée des enfants, n’existe qu’avec un micro à la main, muni d’une caméra ou d’un reflex…

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Bref, on n’est pas près de trouver en kiosque une figurine à l’effigie d’Albert Londres. Le journalisme a sans doute une bonne image, mais elle se révèle très lourde de clichés.

Olivier Quelier

Retrouvez ICI le premier volet de cette mini-série, avec la campagne, très forte, de Reporters sans frontières.

 

Quand je serai grand(e), je serai journaliste, poupée [2]

À qui appartient la presse : réponses en dessin, en articles et en carte

À qui appartient la presse ? Florilège de quelques pistes à suivre pour en savoir davantage.

L’Agglorieuse est un hebdomadaire satirique de Montpellier. Dans une newsletter récente, le journal présente ce dessin qui, au-delà de la simple auto-promotion, s’appuie sur une situation connue de tous…

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Capture d’écran du dessin paru dans la newsletter de l’Agglorieuse.

… Une situation de dépendance et de concentration de la presse que l’hebdomadaire Le 1 creuse dans un récent numéro intitulé Qui contrôle les médias ? Des articles de Julia Cagé, Aude Lancelin, Denis Jeambar, Patrick Eveno et Éric Fottorino. Le directeur du 1, dans Les valets de l’Élysée, revient notamment sur un rendez-vous houleux, en 2010 (il était alors directeur du Monde) avec le président Nicolas Sarkozy.

Un numéro comme toujours dense et riche…

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Illustration Ale + Ale pour Le1.

… Des riches, des très très riches, même, on en compte un bon nombre sur cette carte régulièrement mise à jour. Proposée sur le site du Monde diplomatique, elle est l’œuvre de Marie Beyer et Jérémie Fabre. Créée en juillet dernier, cette cartographie de « l’information sous contrôle » a été mise à jour début novembre.

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Autant de supports pour creuser ce sujet de la dépendance/l’indépendance qu’on pourrait résumer par cette formule cynique de l’économiste Alfred Sauvy, reproduite en dernière page du 1 : « La liberté de la presse est entière ; il suffit d’avoir les milliards nécessaires »…

Olivier Quelier

 

À qui appartient la presse : réponses en dessin, en articles et en carte