Quand je serai grand(e), je serai journaliste. Ou pas [3]

Oui, le journalisme fait rêver.
Oui, le journalisme fait fantasmer.

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« Journaliste a son bureau » par Félix Cambon en 1907.

Oui les grandes figures tutélaires (Londres — Ah, Londres ! — Giroud, et bien d’autres) ou médiatiques (là, je ne m’avancerai pas à citer des noms…) restent des modèles souvent enviés.

Mais au-delà des grands combats à mener, des causes à défendre ; au-delà de l’ « éducation » ludique qu’offre le marketing, certains aspirants se heurtent parfois à une réalité plus… abrupte.
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Car exercer le journalisme, c’est aussi subir pas mal de contraintes, comme le prouve ce bilan de stage publié sur les réseaux sociaux (Facebook) par le journaliste Alexandre Blanc…

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Quand je serai grand(e), je serai journaliste. Ou pas [3]

Quand je serai grand(e), je serai journaliste, poupée [2]

Etre journaliste n’est pas un métier comme un autre. Il continue de séduire, d’inviter à l’aventure, à la défense de causes que l’on estime justes. Il suscite des vocations et entretient une imagerie populaire bien décalée de la réalité. Deuxième des trois volets de cette mini-série tragi-comique.

C’est une chef-adjointe du Monde qui a publié cette lettre sur Facebook. Une écolière lorraine de 10 ans rêve de devenir journaliste. De bon augure pour l’avenir ?

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img_0775Cette gamine, en tout cas, pourra travailler sa vocation grâce à ces jouets qui ont resurgi sur les réseaux sociaux après la sortie d’un magazine offrant un « kit de journaliste ».

Grâce à La Fée Clochette magazine, la jeune investigatrice disposera d’un smartphone, d’un bloc-notes et même de la carte de presse tant convoitée.

 

 

 

Comme quoi on n’en a pas fini avec l’imagerie populaire qui fantasme le glamour du métier…

Enfin, le glamour à confetti et paillettes plus que le métier pour cette publication…

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Capture d’écran 2016-01-04 à 17.49.48Barbie, déjà, se baladait sac en bandoulière et disposait de tout le matériel pour développer ses photos en argentique… Et se transformait, bien sûr, en vedette du journal télévisé

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Le bonhomme de Playmobil confirme en tout cas que le journaliste, dans la vie rêvée des enfants, n’existe qu’avec un micro à la main, muni d’une caméra ou d’un reflex…

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Bref, on n’est pas près de trouver en kiosque une figurine à l’effigie d’Albert Londres. Le journalisme a sans doute une bonne image, mais elle se révèle très lourde de clichés.

Olivier Quelier

Retrouvez ICI le premier volet de cette mini-série, avec la campagne, très forte, de Reporters sans frontières.

 

Quand je serai grand(e), je serai journaliste, poupée [2]

À qui appartient la presse : réponses en dessin, en articles et en carte

À qui appartient la presse ? Florilège de quelques pistes à suivre pour en savoir davantage.

L’Agglorieuse est un hebdomadaire satirique de Montpellier. Dans une newsletter récente, le journal présente ce dessin qui, au-delà de la simple auto-promotion, s’appuie sur une situation connue de tous…

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Capture d’écran du dessin paru dans la newsletter de l’Agglorieuse.

… Une situation de dépendance et de concentration de la presse que l’hebdomadaire Le 1 creuse dans un récent numéro intitulé Qui contrôle les médias ? Des articles de Julia Cagé, Aude Lancelin, Denis Jeambar, Patrick Eveno et Éric Fottorino. Le directeur du 1, dans Les valets de l’Élysée, revient notamment sur un rendez-vous houleux, en 2010 (il était alors directeur du Monde) avec le président Nicolas Sarkozy.

Un numéro comme toujours dense et riche…

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Illustration Ale + Ale pour Le1.

… Des riches, des très très riches, même, on en compte un bon nombre sur cette carte régulièrement mise à jour. Proposée sur le site du Monde diplomatique, elle est l’œuvre de Marie Beyer et Jérémie Fabre. Créée en juillet dernier, cette cartographie de « l’information sous contrôle » a été mise à jour début novembre.

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Autant de supports pour creuser ce sujet de la dépendance/l’indépendance qu’on pourrait résumer par cette formule cynique de l’économiste Alfred Sauvy, reproduite en dernière page du 1 : « La liberté de la presse est entière ; il suffit d’avoir les milliards nécessaires »…

Olivier Quelier

 

À qui appartient la presse : réponses en dessin, en articles et en carte

émile Zola : le journalisme, « meilleur apprentissage de la langue » 

Émile Zola et le journalisme, c’est une longue histoire. Le nombre de publications auxquelles il a collaboré est considérable. L’écrivain n’a jamais méprisé son activité journalistique, même si elle était parfois alimentaire. 

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Émile Zola croqué par L’Amiral pour GrandeurSRvitude.

Voici ce que Zola écrivait à propos de son travail de journaliste, en 1878, dans Le Messager de l’Europe. 

« Je pense personnellement que le travail de journaliste non seulement ne nuit pas au talent des vrais écrivains mais que c’est encore le meilleur apprentissage de la langue que l’on puisse imaginer. Rien n’affine mieux le style que de se trouver dans la nécessité d’écrire tous les jours un article. Enfin, le journalisme touche à tous les domaines, ouvre un vaste horizon. Je dirais même qu’à notre époque un écrivain qui n’a pas été journaliste est incapable de comprendre et de peindre la vie contemporaine. »

Quant à ses articles, Zola en avait une conception assez… désordonnée, de peur « de les défigurer ».

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émile Zola : le journalisme, « meilleur apprentissage de la langue » 

François Mauriac, « tout entier dans le moindre article » (par Françoise Giroud)

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Françoise Giroud s’est toujours beaucoup racontée. Sa foisonnante bibliographie compte plusieurs volumes de souvenirs, de mémoires, de « promenades » dans le passé.

L’accent est souvent mis sur la carrière et la vie professionnelle (Profession journaliste, conversation avec Martine de Rabaudy), souvent aussi sur la vie privée (Histoire d’une femme libre, publié en 2013 chez Gallimard) ; les deux se confondant régulièrement (comme ici, dans Arthur ou le bonheur de vivre) pour évoquer sa vie avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, la création de L’Express, ses débuts dans le cinéma, ses expériences ministérielles, la mort de son fils ou ses relations avec les Lazareff.

Treize ans après sa mort, son parcours dans le journalisme reste toujours riche d’enseignements.

A lire aussi :

« En journalisme comme en amour… »

« De deux mots choisir le moindre »

Françoise G. et la coquille du New York Times.

François Mauriac, « tout entier dans le moindre article » (par Françoise Giroud)

Michka Assayas, les apprentis journalistes et les Diafoirus

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Michka Assayas (© Denis Rouvre).

Michka Assayas est critique de rock et écrivain. Il a obtenu en 2002 le prix des Deux-Magots pour ExhibitionDans Apprendre en public, un article publié en 2014 dans Libération, il revient sur ses débuts en journalisme. Pas tendre avec les écoles et leurs enseignants, Assayas se montre nostalgique d’une époque révolue.

« Ceux qui ont eu la chance d’écrire alors [dans les années 1980, NdA] dans Libération savent qu’ils ont eu le privilège de faire leur apprentissage en public.

En 2014, quel jeune homme de vingt et un ans pourrait débarquer dans la rédaction d’un grand quotidien national et y faire publier, tel quel, son papier ? Il lui faut d’abord envoyer un CV. Puis patienter des semaines, voire des mois. Et s’il n’est pas passé entre les mains d’une armée de Diafoirus enseignant le « journalisme professionnel » (entendez le « formatage »), ce n’est même pas la peine d’essayer.

Appliquer des codes et des techniques

Avant même d’avoir poussé son premier cri, un apprenti journaliste ou critique est censé être un « professionnel ». On ne lui accorde aucune confiance en tant qu’individu. On le juge simplement sur son aptitude à appliquer des codes et des techniques.

Si Cavanna, Jean-François Bizot, Philippe Paringaux, Serge July ou Christian Fevret étaient passés par de tels laminoirs, auraient-ils créé Charlie Hebdo, Actuel, Rock & FolkLibération ou Les Inrockuptibles ? À coup sûr, jamais. »

Michka Assayas, les apprentis journalistes et les Diafoirus