Denis Grozdanovitch : prendre Emile Littré aux mots

C’est un ouvrage au format poche modeste et incontournable pour tous les amateurs de mots. Essentiel parce que dispensable, Le petit Grozda tient du livre de chevet. Pas une somme ni un pensum. Non. Denis Grozdanovitch, alerte champion de tennis à la retraite, écrivain depuis une quinzaine d’années, préfère le partage léger à l’érudition lourde.

Philippe Delerm ne s’y est pas trompé, qui l’a accueilli dans sa collection Le goût des mots qu’il dirige chez Points : « Je ne crois pas exagérer en affirmant que Denis Grozdanovitch est, plus qu’un passeur, une passerelle à lui tout seul, un esprit malicieux et subtil (…). Dans ce Petit Grozda, il y a l’idée que l’humour le plus vivant, le plus actuel prend toute sa fraîcheur en s’élançant sur la connaissance du passé. »

Exercice d’admiration

Avec cet ouvrage riche d’invention, d’humour, de citations et d’anecdotes, Denis Grozdanovitch signe un bel exercice d’admiration envers Emile Littré.

Dans son introduction, il raconte les origines de sa marotte, la collection des mots rares, piochés au fil des ans dans le fameux dictionnaire.

Cette passion prend tout son sens quand elle est partagée et permet à chacun — « Gros-jean béatement Hugolâtre, trainsporter tristement soupe-tout-seul, Orinthophile un peu Niaisot, Lundi ardent Observantin, Roger-bontemps inconsciemment Souffre-bonheur, Scapin horriblement singeur, Bureaumane-Lucubrateur, Bébé-Lunicole, Paumier-Bricoleur tourné écrivassier… ».

A chacun d’apprécier la pleine saveur de mots qui ne demandent qu’à retrouver le goût du jour.

Olivier Quelier.

Voici une petite sélection de dix mots, en lien avec la langue et son usage.

Atticisme : délicatesse de goût et de langage.

Battologie : répétition oiseuse et fastidieuse des mêmes pensées dans les mêmes termes.

Cacographie : orthographe vicieuse.

Datisme : manière de parler ennuyeuse dans laquelle on entasse plusieurs synonymes pour exprimer la même chose.

Jeannotisme : vice de langage qui vise à établir entre les mots des relations qui ne peuvent raisonnablement subsister, et cela par des hyperbates (ex. : Je viens chercher du bouillon pour ma mère qui est malade dans un petit pot).

Métromanie : manie de faire des vers.

Okygraphie : manière d’écrire extrêmement rapide.

Schibbboleth : langage ou manières qui appartiennent à des groupes exclusifs, qui désignent ceux qui en sont et excluent ceux qui n’en sont pas.

Stampomanie : manie de se faire éditer.

Zoïle : mauvais critique.

Le petit Grozda – Les merveilles oubliées du Littré, de Denis Grozdanovitch. Points, « Le goût des mots », 7, 40€.

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Denis Grozdanovitch : prendre Emile Littré aux mots

San-Antonio et le français : « Casser la croûte des traditions »

v-24967« Les gens n’osent plus faire de calembours et ils ont tort. Faut pas avoir peur de jouer avec sa langue maternelle. La langue est un matériau. On doit l’éprouver. Casser la croûte des traditions.

C’est pas bientôt fini ces simagrées ? ça va continuer encore longtemps ce sacerdoce à la couille ? Ils portent leur littérature comme un ostensoir, avec ostentation. Sans y enlever une virgule, never ! Qu’ils auraient tellement la trouille de l’abîmer, tu penses ! Qu’ils la veulent bien immobile, comme le phare à la pointe du Raz.

Attention aux néologismes, impropriétés, traficoteries pernicieuses. Ici langue française ! Bandes d’ocs ! Miséreux de la phrase ! Naufrageurs de la pensée !

Mes jeux de mots ? Vous les regretterez au moment de la mise en caisse ! Vous pigerez alors que ce n’est pas avec Proust que vous aurez fait le petit voyage, mais avec des calembouriens chevronnés.

San-Antonio, in Réflexions poivrées sur la jactance (Fleuve Noir).

A lire aussi : « Verbaillons à qui mieux…« 

San-Antonio et le français : « Casser la croûte des traditions »

Quand l’orthographe se croque en dessins…

Un dessin vaut mille mots, dit-on. De cette assertion, comme de toute vérité générale, il faut se méfier. En prenant le temps, quand l’occasion se présente, de la vérifier. 99 dessins pour ne plus faire de fautes, de Sandrine Campese, publié aux éditions de l’Opportun, offre une belle… opportunité de vérifier la force de l’illustration !

imagesL’idée du livre est simple.

Plutôt que d’ajouter des phrases plus ou moins laborieuses aux dizaines de moyens mnémotechniques déjà listés par des pédagogues en perdition, Sandrine Campese décide de s’appuyer sur le dessin.

Place à l’intuition

Elle justifie ainsi son choix : « Les astuces, comme les règles de français, continuent de faire appel à l’intellect. Et si l’orthographe parlait à votre intuition ? Et si l’essence des mots s’appréhendait par les sens ? Et si l’image (…) se substituait à l’écrit ? »

Sandrine Campese décline ce parti pris graphique en 99 entrées (allant d’Accueil à Déjà) dessinées donc, mais complétées (pour ceux qui se sentiraient désemparés face à cette créativité) par un texte explicatif qui fournit étymologie et explications.

Des exemples ? Vous hésitez entre acceuil et accueil ? Imaginez le mot lu dans un miroir : l’accUEIL se fait dans un LIEU…

Et comment oublier le H initial du mot « haltères » quand on se représente un haltère qui, justement, prend la forme d’un H ?

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La chauve-souris du comte

Le M du comte Dracula fait penser à une morbide chauve-souris, le E de teinter peut évoquer une palette de peintre et le S final de puits, la manivelle permettant de remonter le seau empli d’eau.

C’est simple, ludique, inventif et bien plus rapide à visualiser qu’à comprendre. La plupart des propositions sont efficaces. Comme toujours dans ce genre d’exercices, quelques illustrations sont moins convaincantes : j’aurai pour ma part du mal à me souvenir du U de « mise au jour » éclairé par la torche de l’archéologue…

Qu’importe. 99 dessins pour ne plus faire de fautes se feuillette, se lit, se regarde avec plaisir. On le pose et le reprend à l’envi. Pour le plaisir. Et pas par hasard, mais bien… à dessein.

Olivier Quelier.

99 dessins pour ne plus faire de fautes de Sandrine Campese, éditions de l’Opportun. 220p. 9,90€.

Quand l’orthographe se croque en dessins…

La cartographie des familles de mooks

Les mooks (contraction de « magazine » et « book ») constituent à la fois de beaux objets éditoriaux et d’intéressants supports journalistiques.

Les mooks sont généralistes comme la revue XXI, qui fait figure d’aînée dans cette famille qui ne cesse de s’agrandir mais subit aussi, parfois, quelques pertes (Long Cours). Ou spécialisés comme les derniers nés : Sang froid, consacré à l’investigation, à la justice et au polar ; ou la surprenante et très élégante revue Nez, qui traite l’actualité et divers sujets sous l’angle olfactif…

Charles, Ultreïa, l’Eléphant…

20 Minutes revient sur ces magazines dans un article publié il y a peu et intitulé « Les mooks  : une jungle où la survie est périlleuse ». Article assez court et peu creusé, qui se termine par une sympathique infographie animée dressant une carte des mooks, regroupés par familles réunissant notamment, en plus des cités, Charles, Ultreïa, l’Eléphant…

Voici le lien pour retrouver ces magazines et en découvrir d’autres. Combien de temps cette carte sera-t-elle à jour, vu l’instabilité du monde de la presse ? Difficile à dire. Souhaitons simplement que la famille ne subisse pas trop de décès et enregistre encore de nombreuses naissances.

Olivier Quelier.

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La cartographie des familles de mooks

San-Antonio vante les vertus du calembour

San-Antonio / Frédéric Dard a écrit plus de 250 livres (vendus à plus de 200 millions d’exemplaires) et inventé quelque 15 000 mots. Ses jeux de mots, à-peu-près et autres contrepèteries sont, eux, innombrables. Voici ce que San-Antonio disait des calembours.

Milesi-Raymond-San-Antonio-Reflexions-Poivrees-Sur-La-Jactance-Livre-895454831_ML« Les gens n’osent plus faire de calembours et ils ont tort.

Faut pas avoir peur de jouer avec sa langue maternelle. La langue est un matériau. On doit l’éprouver. Casser la croûte des traditions.

C’est pas bientôt fini ces simagrées ? Ça va continuer encore longtemps ce sacerdoce à la couille ?

Ils portent leur littérature comme un ostensoir, avec ostentation. Sans y enlever une virgule, never ! Qu’ils auraient tellement la trouille de l’abîmer, tu penses ! Qu’ils la veulent bien immobile, comme le phare à la pointe du Raz.

Attention aux néologismes, impropriétés, traficoteries pernicieuses. Ici langue française ! Bandes d’ocs ! Miséreux de la phrase ! Naufrageurs de la pensée !

Mes jeux de mots ? Vous les regretterez au moment de la mise en caisse ! Vous pigerez alors que ce n’est pas avec Proust que vous aurez fait le petit voyage, mais avec des calembouriens chevronnés ».

San-Antonio, in Réflexions poivrées sur la jactance (Fleuve Noir).

San-Antonio vante les vertus du calembour

Évolution de l’orthographe : un beau terrain d’investigation

Il pourrait devenir un incontournable pour tous les écrivants, amateurs ou professionnels. Un usuel, au même titre que le Grevisse* ou le Jouette** pour les secrétaires de rédaction, les correcteurs et les rédacteurs.

Le Petit Dico des changements orthographiques récents, de Camille Martinez (Zeugmo éditions) est bref (144 pages) et pas cher (10€). Il recense pourtant pas moins de 4 542 changements « qui touchent directement la forme des mots ».

Pour Camille Martinez, jeune lexicographe, « les dictionnaires sont un beau terrain d’investigation ». Il s’est donc penché sur le Petit Larousse, le Petit Robert et le Dictionnaire de l’Académie française pour effectuer un relevé minutieux et scientifique des changements en tous genres.

Indices et appendices

Le Petit Dico se consulte ponctuellement pour vérifier une orthographe, bien sûr, mais se feuillette aussi au hasard, l’ordre régnant offrant néanmoins à tout passionné l’espace et le temps pour réfléchir à l’évolution de la langue et de son usage.

Camille Martinez propose en fin de volume quelques pages intéressantes. Outre une bibliographie commentée, il présente les principales catégories de changements (dont la soudure des mots composés et l’accentuation des eprononcés é).

Il détaille aussi la répartition des quelque 4 500 modifications entre les trois dictionnaires de référence. Et l’on constate —un brin surpris— que le Petit Larousse a notifié deux fois plus de changements que le Petit Robert : 2 678 (dont 1 387 rien qu’en 2012 !) contre 1 299. Le Dictionnaire de l’Académie française (incomplet il est vrai), est loin derrière avec 565 changements seulement.

Petit Dico des changements orthographiques récents, de Camille Martinez, Zeugmo éditions, 10€.

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* Les habitués désignent par le nom de son auteur, Maurice Grevisse, l’ouvrage incontournable qu’est Le Bon Usage.

** André Jouette est l’auteur du Dictionnaire d’orthographe et d’expression écrite.

Évolution de l’orthographe : un beau terrain d’investigation