Olivier Cadiot : un premier jet insatisfaisant, mais…

« Un premier jet, insatisfaisant sans doute, mais avec déjà de vraies phrases bien construites, des paragraphes, des chapitres, des dialogues. Il faut retravailler votre rédaction, mais tout y est, mais si, pas d’inquiétude, un petit effort de style, allez ».

De l’Histoire de la littérature récente, d’Olivier Cadiot, publié chez P.O.L, il faudrait tout citer, ou presque. J’ai choisi ce court passage car il évoque le premier jet, et la nécessité de la réécriture.

Mais l’ouvrage est bien plus riche que cela, bien sûr.

Olivier Cadiot y revient sur ce débat toujours incertain du déclin de la littérature et évoque longuement l’écriture et sa manière d’écrire. Les idées fusent, et les images, les métaphores proposées par l’auteur incrustent dans l’esprit du lecteur autant de ces petites questions dérangeantes mais indispensables pour avancer dans l’écriture.

Pour en savoir plus sur le livre, c’est ICI.

Olivier Cadiot : un premier jet insatisfaisant, mais…

Colum McCann : « Écrire est l’expression d’une parole libre contre le pouvoir »

« Écris, jeune auteur, écris. Empare-toi de ton avenir. Empare-toi de ton pays, ne les laisse pas te le prendre. Trouve les mots pour soigner le mal qui nous étreint. Écris pour le pur plaisir que nous avons à le faire, mais garde en tête que nous pouvons peut-être modifier ce fichu monde un tant soit peu. C’est malgré tout un bel endroit, bizarre et terrible. La littérature nous rappelle que la vie n’est pas déjà écrite. Il reste d’immenses possibilités. Fais de ta confrontation avec le désespoir une minuscule frange de beauté. »

L’écrivain irlandais Colum McCann a écrit récemment une série de lettres à un jeune écrivain (Letters to a young writer). On retrouve dans le premier numéro du magazine America un de ces textes, intitulé Appel au jeunes écrivains, à l’aube de l’ère Trump.

Un texte superbe, engagé, lyrique, dans lequel l’écrivain enjoint lesjeunes auteurs à jouir de l’audace de leur imagination, rappelant qu' »écrire est l’expression d’une parole libre contre le pouvoir ».

 

Colum McCann : « Écrire est l’expression d’une parole libre contre le pouvoir »

Emmanuel Bove : ni la littérature ni la vie ne sont littéraires

« Si l’on tente d’entrer dans la littérature, il ne faut pas prendre une tenue littéraire. C’est par la force de la vie qu’on y arrivera. Balzac, Dickens, Dostoïevski. Voyez-vous, ces grands hommes ne sont pas des littérateurs. Ce sont des hommes qui écrivent. La vie n’est pas littéraire. Elle entre dans la littérature, quand c’est un écrivain de cette taille qui l’y fait rentrer, mais sans que l’auteur ait voulu faire quelque chose de littéraire. »

Emmanuel Bove (1898-1945).

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L’écrivain et journaliste Jean-Luc Bitton, son biographe, consacre à Emmanuel Bove un site riche et passionnant, d’où est tiré ce court extrait.

 

Emmanuel Bove : ni la littérature ni la vie ne sont littéraires

Pennac : « Tous les commencements possibles »

« Par quoi commencer ? Tout est là. Par quel bout attraper le réel ? Vieux débat. Les possibilités de début sont innombrables ! Incalculables, à vrai dire. C’est ce qui distingue la réalité de la fiction. Décider de raconter une histoire, c’est se soumettre à un début. Dire le réel c’est envisager tous les commencements possibles. »

Daniel Pennac, Le cas Malaussène (Gallimard).

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Pennac : « Tous les commencements possibles »

Jules Vallès : « Des gouttes de sang dans l’écritoire… »

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Jules Vallès. Une vie de colères et de combats. Une vie d’engagement marquée par la politique, par le journalisme et la littérature. On comprend donc mieux le ton — qu’on trouve sans doute excessif de nos jours — de cette formule publiée le 3 juillet 1882 dans Le Réveil.

Jules Vallès reconnaissait dans le journalisme l’école de son style de romancier. Difficile en effet de ne pas reconnaître dans ses romans — L’enfant, Le Bachelier, L’Insurgé — la même force d’écriture et la même conviction sociale.

Jules Vallès : « Des gouttes de sang dans l’écritoire… »

Samuel Beckett : contribuer au discrédit du langage

avt_samuel-beckett_679« De plus en plus mon langage m’apparaît comme un voile qu’il faut déchirer pour parvenir à ces choses (ou ce rien) qui se cachent derrière. Grammaire et style ! Pour moi ils semblent être devenus aussi hors de propos qu’un costume de bain Biedermeier ou l’imperturbabilité d’un gentleman. Un masque.
Il faut espérer que le temps viendra, Dieu merci, dans certains cercles il est déjà venu, où la meilleure manière d’utiliser le langage sera de le malmener de la façon la plus efficace que possible.
Puisque nous ne pouvons pas le congédier d’un seul coup, au moins nous voulons ne rien négliger qui puisse contribuer à son discrédit. Y creuser un trou après l’autre jusqu’au moment où ce qui se cache derrière, que ce soit quelque chose ou rien, commencera à suinter — je ne peux imaginer de plus noble ambition pour l’écrivain d’aujourd’hui. »

Extrait d’une lettre à Axel Kaun (9 juillet 1937) via un article de bibliobs.

Samuel Beckett : contribuer au discrédit du langage

San-Antonio et le français : « Casser la croûte des traditions »

v-24967« Les gens n’osent plus faire de calembours et ils ont tort. Faut pas avoir peur de jouer avec sa langue maternelle. La langue est un matériau. On doit l’éprouver. Casser la croûte des traditions.

C’est pas bientôt fini ces simagrées ? ça va continuer encore longtemps ce sacerdoce à la couille ? Ils portent leur littérature comme un ostensoir, avec ostentation. Sans y enlever une virgule, never ! Qu’ils auraient tellement la trouille de l’abîmer, tu penses ! Qu’ils la veulent bien immobile, comme le phare à la pointe du Raz.

Attention aux néologismes, impropriétés, traficoteries pernicieuses. Ici langue française ! Bandes d’ocs ! Miséreux de la phrase ! Naufrageurs de la pensée !

Mes jeux de mots ? Vous les regretterez au moment de la mise en caisse ! Vous pigerez alors que ce n’est pas avec Proust que vous aurez fait le petit voyage, mais avec des calembouriens chevronnés.

San-Antonio, in Réflexions poivrées sur la jactance (Fleuve Noir).

A lire aussi : « Verbaillons à qui mieux…« 

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