Emmanuel Bove : ni la littérature ni la vie ne sont littéraires

« Si l’on tente d’entrer dans la littérature, il ne faut pas prendre une tenue littéraire. C’est par la force de la vie qu’on y arrivera. Balzac, Dickens, Dostoïevski. Voyez-vous, ces grands hommes ne sont pas des littérateurs. Ce sont des hommes qui écrivent. La vie n’est pas littéraire. Elle entre dans la littérature, quand c’est un écrivain de cette taille qui l’y fait rentrer, mais sans que l’auteur ait voulu faire quelque chose de littéraire. »

Emmanuel Bove (1898-1945).

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L’écrivain et journaliste Jean-Luc Bitton, son biographe, consacre à Emmanuel Bove un site riche et passionnant, d’où est tiré ce court extrait.

 

Emmanuel Bove : ni la littérature ni la vie ne sont littéraires

Pennac : « Tous les commencements possibles »

« Par quoi commencer ? Tout est là. Par quel bout attraper le réel ? Vieux débat. Les possibilités de début sont innombrables ! Incalculables, à vrai dire. C’est ce qui distingue la réalité de la fiction. Décider de raconter une histoire, c’est se soumettre à un début. Dire le réel c’est envisager tous les commencements possibles. »

Daniel Pennac, Le cas Malaussène (Gallimard).

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Pennac : « Tous les commencements possibles »

Jules Vallès : « Des gouttes de sang dans l’écritoire… »

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Jules Vallès. Une vie de colères et de combats. Une vie d’engagement marquée par la politique, par le journalisme et la littérature. On comprend donc mieux le ton — qu’on trouve sans doute excessif de nos jours — de cette formule publiée le 3 juillet 1882 dans Le Réveil.

Jules Vallès reconnaissait dans le journalisme l’école de son style de romancier. Difficile en effet de ne pas reconnaître dans ses romans — L’enfant, Le Bachelier, L’Insurgé — la même force d’écriture et la même conviction sociale.

Jules Vallès : « Des gouttes de sang dans l’écritoire… »

Samuel Beckett : contribuer au discrédit du langage

avt_samuel-beckett_679« De plus en plus mon langage m’apparaît comme un voile qu’il faut déchirer pour parvenir à ces choses (ou ce rien) qui se cachent derrière. Grammaire et style ! Pour moi ils semblent être devenus aussi hors de propos qu’un costume de bain Biedermeier ou l’imperturbabilité d’un gentleman. Un masque.
Il faut espérer que le temps viendra, Dieu merci, dans certains cercles il est déjà venu, où la meilleure manière d’utiliser le langage sera de le malmener de la façon la plus efficace que possible.
Puisque nous ne pouvons pas le congédier d’un seul coup, au moins nous voulons ne rien négliger qui puisse contribuer à son discrédit. Y creuser un trou après l’autre jusqu’au moment où ce qui se cache derrière, que ce soit quelque chose ou rien, commencera à suinter — je ne peux imaginer de plus noble ambition pour l’écrivain d’aujourd’hui. »

Extrait d’une lettre à Axel Kaun (9 juillet 1937) via un article de bibliobs.

Samuel Beckett : contribuer au discrédit du langage

San-Antonio et le français : « Casser la croûte des traditions »

v-24967« Les gens n’osent plus faire de calembours et ils ont tort. Faut pas avoir peur de jouer avec sa langue maternelle. La langue est un matériau. On doit l’éprouver. Casser la croûte des traditions.

C’est pas bientôt fini ces simagrées ? ça va continuer encore longtemps ce sacerdoce à la couille ? Ils portent leur littérature comme un ostensoir, avec ostentation. Sans y enlever une virgule, never ! Qu’ils auraient tellement la trouille de l’abîmer, tu penses ! Qu’ils la veulent bien immobile, comme le phare à la pointe du Raz.

Attention aux néologismes, impropriétés, traficoteries pernicieuses. Ici langue française ! Bandes d’ocs ! Miséreux de la phrase ! Naufrageurs de la pensée !

Mes jeux de mots ? Vous les regretterez au moment de la mise en caisse ! Vous pigerez alors que ce n’est pas avec Proust que vous aurez fait le petit voyage, mais avec des calembouriens chevronnés.

San-Antonio, in Réflexions poivrées sur la jactance (Fleuve Noir).

A lire aussi : « Verbaillons à qui mieux…« 

San-Antonio et le français : « Casser la croûte des traditions »

Les 16 conseils d’écriture de Kurt Vonnegut

Kurt Vonnegut (1922-2007) est un écrivain américain, auteur de romans, d’essais et de pièces de théâtre. Il est notamment connu pour Abattoir 5 ou la croisade des enfants, ouvrage de science-fiction paru en 1969.

Dans les préfaces de ses essais Bagombo Snuff Box et Palm Sunday, Kurt Vonnegut livre ses conseils d’écriture, dont tout auteur, quel que soit le support utilisé, pourra tirer un intéressant parti.

Les journalistes s’arrêteront avec bonheur sur le huitième conseil. Combien de fois un rédacteur n’assène-t-il pas l’insupportable argument du « suspense », de l’incitatif, du « je-ne-dis-pas-tout-tout-de-suite-comme-ça-le-lecteur-restera » ! Reprenons en chœur avec Kurt Vonnegut : « Au diable le suspense ! ».

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  1. Utilisez le temps d’un parfait inconnu de sorte qu’il n’ait pas l’impression que ce temps a été gâché.
  1. Donnez au lecteur au moins un personnage auquel il/elle puisse s’attacher.
  1. Chacun des personnages doit vouloir quelque chose, même si ce n’est qu’un verre d’eau.
  1. Chaque phrase doit remplir une de ces fonctions : révéler le personnage ou faire avancer l’action.
  1. Débutez aussi près que possible de la fin.
  1. Soyez sadique. Peu importe à quel point vos personnages principaux sont charmants et innocents, faites-leur vivre des choses terribles pour que le lecteur voie de quoi ils sont faits.
  1. Ecrivez pour ne plaire qu’à une personne. Si vous ouvrez une fenêtre et faites l’amour au monde entier, pour ainsi dire, votre histoire attrapera une pneumonie.
  1. Donnez à vos lecteurs le plus d’informations possibles aussi vite que possible. Au diable le suspense. Les lecteurs doivent si bien comprendre ce qu’il se passe, où et pourquoi, qu’ils pourraient eux-mêmes terminer l’histoire, même si des cafards dévoraient les dernières pages.
  1. Trouvez un sujet qui vous est cher et dont vous avez à cœur que les autres se soucient.
  1. Ne divaguez pas.
  1. Restez simple. La simplicité de la langue n’est pas seulement honorable, mais peut-être même sacrée.
  1. Ayez le courage de couper. Votre règle devrait être celle-ci : si une phrase, si excellente soit-elle, n’éclaire pas votre sujet d’une manière nouvelle et utile, biffez-la.
  1. Soyez fidèle à vous-même. Le style d’écriture qui vous est le plus naturel est lié à l’écho de que vous avez entendu quand vous étiez enfant.
  1. Dites ce que vous pensez. Vous devriez éviter le style Picasso ou l’écriture jazz-style si vous avez à dire quelque chose qui en vaut la peine et si vous avez envie d’être compris.
  1. Ayez pitié de vos lecteurs. Nos choix stylistiques en tant qu’écrivains ne sont ni multiples ni glamour, puisque nos lecteurs sont eux-mêmes des artistes imparfaits.
  1. A vous de choisir. L’aspect le plus significatif de nos styles, ce sur quoi nous choisissons d’écrire, est absolument illimité.

(traduction personnelle à partir de 16 rules for writing fiction).

A lire aussi :

Les six conseils d’écriture de George Orwell.

 

Les 16 conseils d’écriture de Kurt Vonnegut

Michel Butor : « L’écriture a toujours été une forme de résistance »

Michel Butor est décédé en août 2016, à presque 90 ans. Auteur prolifique et protéiforme, il était le dernier représentant du Nouveau Roman. Lui qui n’écrivait plus de roman depuis le début des années 1960 est resté pour beaucoup l’auteur de La Modification (prix Renaudot en 1957).

michel-butorDeux mois avant sa mort, Michel Butor accordait un long entretien au magazine Lire. Il y parlait notamment de l’écriture et du langage.

« L’écriture a toujours été une forme de résistance et un effort de transformation des choses. Car presque tout passe par le langage qui, par conséquent, est le point le plus sensible de la réalité qui nous entoure. Si nous réussissons à inventer des choses dans le langage, nous réussissons à transformer la société. Mais ce n’est pas une question d’engagement politique au sens sartrien, c’est tout à fait autre chose. Prenez Balzac par exemple. Il était un réactionnaire notoire, et pourtant c’est un des grands révolutionnaires du langage. »

Michel Butor : « L’écriture a toujours été une forme de résistance »