Anna Gavalda : « L’écriture, c’est comme la boucherie-charcuterie… »

Tout le monde peut-il devenir écrivain ?

Non, et c’est injuste sans doute mais l’écriture, c’est comme la boucherie-charcuterie, ça ne s’improvise pas. C’est un don merveilleux de savoir dire et écrire les choses, de trouver les mots justes, ceux qui peuvent vous sortir de n’importe quelle situation par un petit entrechat élégant, mais ça reste un don, hélas… notez, c’est aussi une malédiction quelquefois…

Anna Gavalda interview dans Lire, octobre 2013

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Anna Gavalda : « L’écriture, c’est comme la boucherie-charcuterie… »

Tom Wolfe : « La ponctuation, c’est la vie ! »

Hein ? Quoi ? ‘Tain, non ! J’suis pas d’accord. Pas d’acc, quoi ! J’aime pas trop ça, l’exaltation de la ponctuation. Suis pas le seul. Elmore Leonard disait des points d’exclamation : « Vous êtes autorisé à en utiliser deux ou trois tous les 100 000 mots.  »

Pigé ? ‘Fin, pour être honnête il ajoutait juste après, Elmore : « Sauf si vous avez le don de les employer comme Tom Wolfe, alors ne vous gênez pas. »

Okay d’acc’, okay. Qu’est-ce qu’y dit donc, Tommy — on l’appelle Tommy, le pape du nouveau journalisme ? Sais pas. S’en fout. Il dit ça, Tom Wolfe.

« Les ellipses, les points, les points de suspension, d’exclamation, c’est la façon dont pensent les gens. Il y a des trous dans leur pensée. c J’insiste : cette façon de faire, c’est la bonne façon d’écrire ! […] Allez ! Mettez des points partout. La ponctuation, c’est la vie ! »

(extrait d’une interview publiée dans Lire, mai 2013).

A lire aussi :

Les dix conseils d’écriture d’Elmore Leonard.

Tom Wolfe : « Sors ! ».

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John Irving et l’écriture : « Less is more ? Non, less is less ! »

C’est entendu : John Irving n’apprécie pas Ernest Hemingway. Ecrire court, écrire rapide, aller à l’os, à l’essentiel, écrire au plus près de soi-même… Less is more  ?

irvingConneries ! Tout cela fait partie du faux machisme d’Hemingway. Les hommes sont intéressants car ils ne peuvent jamais rien dire de personnel et blablabla… Non, mais quelle stupidité ! C’est une échappatoire, une esquive. Hemingway utilise le moins de mots possible dans ses phrases. Si ça lui chante. Mais pourquoi ? Si vous vouliez courir, est-ce que vous vous attacheriez une jambe à vos fesses et sauteriez à cloche-pied ? Pas moi, j’aimerais avoir deux jambes solides ! Il me semble qu’en affirmant cela, less is more, Hemingway représente l’antithèse des Sophocle, Shakespeare ou de tous ces écrivains du XIXe siècle qui écrivaient sublimement longuement, sublimement lentement, développaient les choses au fil du temps et des pages de telle sorte que vous pouviez, en lisant, voir les choses prendre vie.

Tout le monde parle en sténo chez Hemingway. C’est un langage de secrétariat. C’est, tout simplement, ennuyeux. Less is more ? Non, less is less !

Extrait d’une interview parue dans LIRE. Le texte complet est disponible ICI.

John Irving et l’écriture : « Less is more ? Non, less is less ! »

Juliette Mézenc : « Ecrire, c’est tout autre chose… »

« Rédiger est une façon de formuler sa pensée, une pensée déjà pensée qu’il s’agit de mettre en forme. Très bien. Ecrire, c’est tout autre chose. C’est plutôt une manière de découvrir sa pensée dans et par l’écriture, dans son mouvement, et dans le même temps trouver une langue pour le dire ».

(tiré de Elles en chambre, de Juliette Mézencéditions de l’Attente)

Mot maquis est le site de Juliette Mézenc, dont le livre Poreuse vient d’être réédité en version papier chez publie.net.

 

Juliette Mézenc : « Ecrire, c’est tout autre chose… »

Flaubert à Maupassant : « Faites-moi voir, par un seul mot… »

« Quelle que soit la chose qu’on veut dire, il n’y a qu’un mot pour l’exprimer, qu’un verbe pour l’animer et qu’un adjectif pour la qualifier. Il faut donc chercher, jusqu’à ce qu’on les ait découverts, ce mot, ce verbe et cet adjectif, et ne jamais se contenter de l’à-peu-près, ne jamais avoir recours à des supercheries, mêmes heureuses, à des clowneries de langage pour éviter la difficulté. »

Dans la préface de Pierre et Jean, intitulée Le roman, Guy de Maupassant développe ses idées sur lécriture réaliste et naturaliste et reprend les conseils que lui administrait son maître, Gustave Flaubert.

Flaubert lui disait : « Quand vous passez devant un épicier assis sur sa porte, devant un concierge qui fume sa pipe, devant une station de fiacres, montrez-moi cet épicier et ce concierge, leur pose, toute leur apparence physique contenant aussi, indiquée par l’adresse de l’image, toute leur nature morale, de façon à ce que je ne les confonde avec aucun autre épicier ou avec aucun autre concierge, et faites-moi voir, par un seul mot, en quoi un cheval de fiacre ne ressemble pas aux cinquante autres qui le suivent et le précèdent. »

À lire aussi : 

Le « vieux journaliste méticuleux » de Maupassant.

Gustave Flaubert : « Bien écrire est tout ».

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Michel Tournier : « Fini le charabia. Voici mon vrai style, destiné aux enfants de 12 ans »

« Oui, je travaille dans le sens de l’épuration, de la simplicité. Mon rêve ? Que La goutte d’or puisse être lu par des enfants de douze ans ! Au début de mon œuvre, j’avais Thomas Mann pour idéal, aujourd’hui, c’est Kipling et London… Tenez, je vais vous donner un exemple précis qui n’aura pas besoin de commentaire. Dans Vendredi ou les Limbes du Pacifique, j’écrivais : « Sur la plage, la yole et la pirogue commençaient à s’émouvoir inégalement des sollicitations de la marée montante ». D’une telle phrase, il y a quinze ans, j’étais très fier. Eh bien, deux ans plus tard, je donnais Vendredi ou la Vie sauvage et cette même phrase est devenue : « Sur la plage, le canot et la pirogue commencent à tourner, atteints par les vagues de la marée montante. » Fini le charabia. Voici mon vrai style, destiné aux enfants de douze ans. Et tant mieux si ça plaît aux adultes. Le premier Vendredi était un brouillon, le second est le propre. Pour La goutte d’or, il n’y aura pas eu de brouillon. »

Cité par Claudette Oriol-Boyer dans l’ouvrage La réécriture (Ceditel).

Michel Tournier : « Fini le charabia. Voici mon vrai style, destiné aux enfants de 12 ans »

Arturo Perez Reverte et la musique du texte

Quand savez-vous que le texte est bon, qu’il ne faut plus y toucher ?

Quand tu lis beaucoup Stendhal, Balzac et les autres, tu finis par développer une oreille. Tu sais quand un texte sonne juste ou lorsqu’il y a des notes qui ne vont pas. Ce n’est pas une question de règles grammaticales ou stylistiques, mais de musique du texte. Donc, quand j’écris, je ne sais pas si c’est bon ou si c’est mauvais. Mais je sais si le texte fonctionne ou non. Je sais si c’est le texte que je voulais faire.

Arturo Perez Reverte

Capture d’écran L’Express REUTERS/Juan Medina.
Arturo Perez Reverte et la musique du texte