Faulkner : « Si je pouvais récrire mon œuvre… »

« Si je pouvais récrire toute mon œuvre, je suis persuadé que je ferais bien mieux, ce qui est l’état d’esprit le plus sain pour un artiste. C’est pour cela qu’il continue à travailler, à essayer encore ; il croit chaque fois qu’il va y arriver, qu’il va réussir.

Bien entendu, ce ne sera pas le cas, c’est pour cela que c’est un état d’esprit sain.

S’il réussissait, s’il parvenait à faire coïncider l’œuvre et l’image, le rêve, il ne lui resterait rien d’autre à faire que se trancher la gorge, sauter de l’autre côté de ce pinacle de perfection vers le suicide. »

Extrait d’un entretien à la Paris Review de 1956, repris ICI

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Faulkner : « Si je pouvais récrire mon œuvre… »

Marie NDiaye : « J’ai appris à ne plus avoir peur de la simplicité »

« Mes premiers livres en témoignent, je prenais plaisir à montrer ce dont j’étais littérairement capable. Notamment de faire des phrases très longues et architecturées, voire d’écrire un roman composé d’une seule phrase (Comédie classique, 1987). Il s’agissait d’enfantillages ; j’étais tellement jeune alors, j’avais 20, 30 ans — j’ai passé l’âge depuis longtemps. Avec les années et les livres, j’ai appris à ne plus avoir peur de la simplicité. »

Marie NDiaye (extrait d’une interview 28/09/2016).

Marie NDiaye : « J’ai appris à ne plus avoir peur de la simplicité »

Tom Wolfe : « Mon écriture s’appuie sur le reportage »

« Mon écriture s’appuie sur le reportage. Trop d’auteurs ne comprennent pas qu’il faut sortir de chez soi.

Installés dans leur bureau, ils écrivent aussi vite qu’ils le peuvent des choses issues de leur tête. Ils se contentent — ce qui est plus facile — d’adopter une position morale. À croire qu’ils ne s’intéressent pas à ce qui se passe autour d’eux.

Ça donne ces interminables romans psychologiques écrits par des jeunes gens formés dans des cours de creative writing. Ils ne parlent que de la classe moyenne (ce qui n’est pas la même chose que la bourgeoisie), jamais de la classe ouvrière, du type qui vous sert des pancakes, de sa vie, de ses problèmes.

On a dit que j’avais inventé le new journalism — le terme n’est pas de moi ; c’est vrai que cette appellation renvoie à un certain nombre de techniques que je partage : écrire scène par scène, utiliser les dialogues pour permettre au lecteur de pénétrer dans un livre. Il faut aussi noter — et Balzac excellait dans cet exercice — ce que j’appelle les « détails de statut », c’est-à-dire la manière de s’exprimer des gens, leurs mots, leurs tournures de phrase, la description du lieu qu’ils habitent : tout cela est révélateur de leur vraie personnalité, pas de celle qu’ils veulent offrir au monde.

Il faut, enfin, se mettre dans la tête des personnages, rapporter leur monologue intérieur, décrire le monde tel qu’ils le voient, pas comme vous vous le voyez. »

(Extrait d’un entretien accordé au Nouveau Magazine littéraire).

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Svetlana Alexievitch : « Je suis une « femme-oreille »

Dans son discours prononcé lors de la remise du prix Nobel de littérature, en 2015, Svetlana Alexievitch insistait sur l’importance qu’elle accorde aux mots des rues.

« Flaubert a dit de lui-même qu’il était un « homme-plume ». Moi, je peux dire que je suis une « femme-oreille ». Quand je marche dans la rue et que je surprends des mots, des phrases, des exclamations, je me dis toujours : combien de roman qui disparaissent sans laisser de traces ! Qui disparaissent dans le temps. Dans les ténèbres.

Il y a toute une partie de la vie humaine, celle des conversations, que nous n’arrivons pas à conquérir pour la littérature. Nous ne l’avons pas encore appréciée à sa juste valeur, elle ne nous étonne pas, ne nous passionne pas. Moi, elle m’a envoûtée, elle a fait de moi sa prisonnière. J’aime la façon dont parle les gens… J’aime les voix humaines solitaires. C’est ce que j’aime le plus, c’est ma passion. »

Svetlana Alexievitch : « Je suis une « femme-oreille »

Pierre Lemaître : travail aride pour lecture fluide

Non, ce qui est facile à lire ne l’est pas pour autant à écrire. C’est ce que souligne notamment Pierre Lemaître dans un entretien qu’il a accordé au magazine en ligne La Fringale culturelle. Un rappel utile, par un grand nom de ce que l’on nomme par facilité la « littérature populaire ».

L’écriture fluide ? « C’est un vrai problème. En effet, il y a beaucoup de personnes qui trouvent que c’est une littérature facile. Je comprends. On a l’impression que c’est facile à lire donc que c’est facile à faire. Ce qui m’intrigue le plus, c’est que certains lecteurs ne fassent pas le lien entre une littérature qui est facile à lire et la somme de travail que cela demande pour y arriver. Je pense plutôt que plus c’est facile, plus c’est fluide, plus cela demande de travail pour l’auteur. Quand vous voulez écrire quelque chose, vous écrivez toujours quelque chose de compliqué. Spontanément, vous faites des phrases qui n’ont pas de sens. Vous n’avez pas les mots justes. (…)

Pour écrire le livre, il me faut moins d’un mois. Mais pour arriver au cinq cents pages, il faut une année. Un mois à l’écrire et dix mois pour le corriger. Pour vous donner un ordre d’idée, entre la version que vous avez entre vos mains et la première version que j’ai donné à lire il y a cent quatre-vingts pages de différence. J’en ai retiré cent quatre-vingts. »

Le lien pour lire l’entretien complet sur LFC :

Pierre Lemaître : travail aride pour lecture fluide

Jean Echenoz : « Je réimprime et je recommence »

Dans un entretien récent, Jean Echenoz donne quelques clefs sur sa manière d’écrire et revient sur les « versions successives » de ses textes.

Jean Echenoz.

« J’imprime une version. Puis, si j’ai des choses à modifier, je retape tout à partir du papier. Ce qui fait qu’il y a dans la machine les différentes versions successives. Corriger sur écran donne beaucoup moins de liberté que de reprendre. Même si on a l’impression qu’une phrase est bien, c’est mieux de la recopier pour s’en assurer (…). Et après je réimprime et je recommence.

L’intégralité de l’entretien est à lire ICI.

Jean Echenoz : « Je réimprime et je recommence »