Peter Handke : « La fiction réclame un sentiment vrai » [citation]

Cette citation est extraite d’un entretien accordé par Peter Handke au magazine Le Point à la mi-décembre 2017.

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Peter Handke : « La fiction réclame un sentiment vrai » [citation]

Il y a 40 ans, Deleuze et la « pensée-interview »

J’ai trouvé sur le passionnant site Œuvres Ouvertes ce propos du philosophe Gilles Deleuze, dont la modernité, quarante ans après sa publication, rend urgente la lecture. L’extrait est tiré d’un texte publié comme Supplément au n°24, mai 1977, de la revue Minuit.

C’est pourquoi, à la limite, un livre vaut moins que l’article de journal qu’on fait sur lui ou l’interview à laquelle il donne lieu. Les intellectuels et les écrivains, même les artistes, sont donc conviés à devenir journalistes s’ils veulent se conformer aux normes. C’est un nouveau type de pensée, la pensée-interview, la pensée-entretien, la pensée-minute. On imagine un livre qui porterait sur un article de journal, et non plus l’inverse.

(© Gilles Deleuze _ 10 novembre 2016)

 

 

Il y a 40 ans, Deleuze et la « pensée-interview »

Tom Wolfe : « La ponctuation, c’est la vie ! »

Hein ? Quoi ? ‘Tain, non ! J’suis pas d’accord. Pas d’acc, quoi ! J’aime pas trop ça, l’exaltation de la ponctuation. Suis pas le seul. Elmore Leonard disait des points d’exclamation : « Vous êtes autorisé à en utiliser deux ou trois tous les 100 000 mots.  »

Pigé ? ‘Fin, pour être honnête il ajoutait juste après, Elmore : « Sauf si vous avez le don de les employer comme Tom Wolfe, alors ne vous gênez pas. »

Okay d’acc’, okay. Qu’est-ce qu’y dit donc, Tommy — on l’appelle Tommy, le pape du nouveau journalisme ? Sais pas. S’en fout. Il dit ça, Tom Wolfe.

« Les ellipses, les points, les points de suspension, d’exclamation, c’est la façon dont pensent les gens. Il y a des trous dans leur pensée. c J’insiste : cette façon de faire, c’est la bonne façon d’écrire ! […] Allez ! Mettez des points partout. La ponctuation, c’est la vie ! »

(extrait d’une interview publiée dans Lire, mai 2013).

A lire aussi :

Les dix conseils d’écriture d’Elmore Leonard.

Tom Wolfe : « Sors ! ».

Tom Wolfe : « La ponctuation, c’est la vie ! »

Zola et le journalisme (en quelques liens)

L’interview est une chose très compliquée, extrêmement délicate, pas facile du tout. […] Les journaux devraient donc confier les interviews à des têtes de ligne, à des écrivains de premier ordre, des romanciers extrêmement habiles, qui, eux, sauraient tout remettre au point. Mais voilà : les hommes de grand talent sont employés à autre chose… Heureusement pour eux !

(in Le Figaro, 12 janvier 1893).

Tiré de l’article de Retronews, Emile Zola interviewé sur l’interview.

A lire aussi :

Zola et la formule nouvelle : l’information.

Zola et la surexcitation nerveuse due au journalisme.

Pour Zola, le journalisme est le meilleur apprentissage de la langue.

 

 

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Asli Erdogan honore « les cris silencieux de toutes les victimes »

Asli Erdogan, journaliste et romancière turque, a été emprisonnée quatre mois pour avoir critiqué le gouvernement de son pays. Elle est maintenant sous contrôle judiciaire jusqu’à la tenue de son procès, en juin. Le 9 mai, à Amsterdam, elle a obtenu le prix Princess Margriet Award for Culture 2017, qui vise « à renforcer la cohésion sociale par la culture ». Elle a dédié cette récompense aux « cris silencieux de toutes les victimes ». Quelques jours plus tôt, Asli Erdogan accordait un long entretien au Monde. Elle évoque avec force et émotion comment elle est « entrée en littérature ». Extrait.

« Et puis les sujets m’ont happée les uns après les autres. Tant de tragédies ! Comment pourrions-nous les taire ? Il faut faire entendre la voix des victimes. Il faut trouver les mots et les procédés littéraires les plus à même de toucher les lecteurs qui n’ont pas envie d’être confrontés au drame ou à la violence.

Il faut ! Il faut ! Le langage journalistique n’est pas suffisant. Le recours à l’art et à la littérature est indispensable. J’ai travaillé comme une dingue. Je vérifiais mille fois chaque chose. (…)

Mais qu’on n’exige pas de moi une objectivité qui consisterait à mettre sur le même plan la victime et son bourreau. Ce serait une honte ! Quand on observe un homme battre une femme, l’objectivité consiste à soutenir la femme. »

 

Asli Erdogan honore « les cris silencieux de toutes les victimes »

Bernard Pivot : la dépendance du journaliste à l’éphémère

« Devenir journaliste, c’est prononcer des vœux pour une vie tout entière tournée vers les nouveautés de l’heure. »

C’est ce qu’affirme Bernard Pivot dans son nouveau livre La mémoire n’en fait qu’à sa tête, paru chez Albin Michel. Toujours tourné vers le présent, la nouveauté, Bernard Pivot était aussi souvent plongé dans des livres qui n’avaient d’autre intérêt que d’être dans l’air du temps.

« En sorte que je n’ai pas su donner de place à l’inactuel, à l’intemporel, au libre vagabondage de ma curiosité. Je n’ai pas été disponible pour l’aventure anachronique. Soumis à la tyrannie de l’information, je me suis privé des plaisirs de partir ailleurs, corps ou esprit, sans souci de l’agenda et de l’horloge.

Si je calcule le nombre d’heures que j’ai consacrées, ma vie durant, chaque jour, à la lecture de la presse, à l’écoute des journaux, de la radio et de la télévision, si je les traduis, oh, non pas en semaines ni en mois, mais en années, comment ne pas être horrifié par ma dépendance à l’éphémère ? »

Bernard Pivot, La mémoire n’en fait qu’à sa tête, Albin Michel, 229p. 18€.

Bernard Pivot : la dépendance du journaliste à l’éphémère