Quand je serai grand(e) je serai journaliste [1]

Etre journaliste n’est pas un métier comme un autre. Il continue de séduire, d’inviter à l’aventure, à la défense de causes que l’on estime justes. Il suscite des vocations et entretient une imagerie populaire bien décalée de la réalité. Mini-série tragi-comique en trois volets.

Etre journaliste n’est pas un métier comme un autre. Reporters sans frontières le rappelle tous les jours

Quand je serai grand(e) je serai journaliste [1]

Tristan Tzara : recycler le journal en poème

Pour faire un poème dadaïste

Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l’article.
Découpez ensuite chacun des mots qui forment cet article et mettez-le dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre.
Copiez consciencieusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain original et d’une sensibilité charmante, encore qu’incomprise du vulgaire.

Tristan Tzara (1896-1963) est l’auteur des Sept manifestes Dada. On lui doit ce poème, bien dans l’esprit du mouvement dada, œuvre en soi autant qu’œuvre à créer.

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Tristan Tzara : recycler le journal en poème

Gay Talese et le Nouveau Journalisme : le « courant fictif sous la réalité »

Gay Talese est, avec Tom Wolfe, l’un des pères fondateurs du Nouveau journalisme.
Vient de paraître, du premier, aux éditions du Sous-Sol, Le Motel du voyageur ; du second,  chez Robert Laffont, un recueil de ses articles des années 1960 intitulé Où est votre stylo ? Chroniques d’Amérique et d’ailleurs.

À signaler aussi le numéro 18 de Feuilleton, fêtant les cinq ans de la revue d’Adrien Bosc.  Pour la littérature du réel est une somme et un hommage rendu aux représentants d’hier et d’aujourd’hui (Carrère, Jablonka, Saviano…) du Nouveau Journalisme.

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A lire aussi :

Le conseil de Tom Wolfe au jeune journaliste.

Gay Talese et le Nouveau Journalisme : le « courant fictif sous la réalité »

Pierre Michon : « La désinformation littéraire est à peu près absolue »

ppm_medias__image__2016__9782226328861-xLa désinformation littéraire est à peu près absolue (pas tout à fait cependant : dans le domaine des arts comme dans les autres, la désinformation massive doit véhiculer aussi un minimum d’information authentique pour donner l’illusion du vrai et continuer sa vilaine besogne en toute quiétude ; aussi de temps en temps les médias se livrent-ils à leurs monstrueuses incantations autour d’une œuvre proprement littéraire, et non pas autour d’un pseudo-livre, fragment de l’universel reportage dont parlait Mallarmé — ceci dans la proportion d’un livre pour mille, ou pour dix mille, qui peut savoir ?). Mais en fut-il jamais autrement, et est-il même souhaitable qu’il en soit autrement ? La littérature a besoin du secret, de la patience, des infimes stratégies de la table de travail. La vie et le milieu littéraires, par quoi il faut bien passer aussi, n’en sont que l’écume, la tactique de vente, le service de presse.
Pierre Michon

Pierre Michon : « La désinformation littéraire est à peu près absolue »

Patrick Modiano : la correction, comme des actes de microchirurgie

Prix Nobel de littérature en 2014, Patrick Modiano a accordé de nombreux entretiens aux médias. Dans une interview, il évoquait son processus d’écriture et, notamment, l’étape des corrections. Comme souvent, ce que le romancier dit de son texte peut s’appliquer à l’article journalistique.

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Photo C. Hélie / Gallimard.

Patrick Modiano : « Parfois, je me demande comment font les autres ? Comment font ces auteurs qui, comme Flaubert le faisait au XIXe siècle, écrivent et réécrivent, refondent, reconstruisent, condensent à partir d’un premier jet dont il ne reste finalement rien ou presque dans la version finale du livre ? Cela me semble assez effrayant.

Personnellement, je me contente d’apporter des corrections sur un premier jet, qui ressemble à un dessin qui aurait été fait d’un seul trait.

Ces corrections sont à la fois nombreuses et légères, comme une accumulation d’actes de microchirurgie. Oui, il faut trancher dans le vif comme le chirurgien, être assez froid vis-à-vis de son propre texte pour le corriger, supprimer, alléger. Il suffit parfois de rayer deux ou trois mots sur une page pour que tout change.

Mais tout ça, c’est la cuisine de l’écrivain, c’est assez ennuyeux pour les autres… »

(repris et adapté d’une interview parue dans Télérama 01/10/14).

Patrick Modiano : la correction, comme des actes de microchirurgie