L’atelier d’écriture ? « Cela n’aide à devenir écrivains que ceux qui y sont déjà prêts »

Leïla Slimani a obtenu le prix Goncourt en 2016 pour son roman Chanson douce, publié chez Gallimard. En 2013, elle participait aux ateliers d’écriture de la NRF. Une expérience enrichissante, qu’elle a évoquée dans un dossier du Monde paru en mars 2017.

Leïla Slimani (lemonde.fr).

Les ateliers d’écriture que Leïla Slimani a suivi à la NRF ont constitué « une expérience riche, mais qui porte ses propres limites ».

« Il ne faut pas y aller pour apprendre vraiment à écrire, explique la romancière. C’est surtout une forme de sociabilité, une façon de sortir de la solitude de l’écriture et de partager ses interrogations. […] Et cela m’a remotivée, je me suis remise à écrire ­pendant la période de l’atelier ».

Cela dit, Leïla Slimani conclut sur une note positive : « Si on aime écrire, les ateliers sont une très bonne chose pour aller vers sa propre écriture. Mais il ne faut pas avoir d’attentes démesurées. Cela n’aide à devenir écrivains que ceux qui y sont déjà prêts. Beaucoup de gens n’y vont que pour le plaisir, et c’est très bien comme ça ».

Après sa participation à l’atelier d’écriture, Leïla Slimani a publié, en 2014,  Dans le jardin de l’ogre, chez Gallimard.

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L’atelier d’écriture ? « Cela n’aide à devenir écrivains que ceux qui y sont déjà prêts »

Juliette Mézenc : « Ecrire, c’est tout autre chose… »

« Rédiger est une façon de formuler sa pensée, une pensée déjà pensée qu’il s’agit de mettre en forme. Très bien. Ecrire, c’est tout autre chose. C’est plutôt une manière de découvrir sa pensée dans et par l’écriture, dans son mouvement, et dans le même temps trouver une langue pour le dire ».

(tiré de Elles en chambre, de Juliette Mézencéditions de l’Attente)

Mot maquis est le site de Juliette Mézenc, dont le livre Poreuse vient d’être réédité en version papier chez publie.net.

 

Juliette Mézenc : « Ecrire, c’est tout autre chose… »

De la transparence de l’écriture…

« L’écriture c’est comme la vie, au début on brode autour, quand on avance on élague, et à la fin on ne garde que l’essentiel ».
Un beau texte personnel sur l’écriture, par une amie poétesse.

Josette Hersent - Poésies et Photos ©

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 » Ah ! comme elles ont passé rapidement les années ensoleillées de ma petite enfance, mais quelle douce empreinte elles ont laissée à mon âme ! »

 » Pourquoi parler d’une joie délirante, non cette expression n’est pas juste, c’est plutôt la paix calme et sereine du navigateur apercevant le phare qui doit le conduire au port… »

« Histoire d’une âme » Sainte Thérèse de l’enfant Jésus.

Quoi de plus beau qu’un texte qui vient du cœur, qui en contient la musique et la poésie. Cette pureté de ton, qui transcende les mots simples, ne peut venir que d’un être porté par la grâce.

Mais pour nous simples humains…

L’écriture c’est comme la vie, au début on brode autour, quand on avance on élague, et à la fin on ne garde que l’essentiel.

Par-dessus tout, j’aime lire ceux qui écrivent comme ils parlent, mais pour arriver à ce stade de dépouillement, il faut…

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De la transparence de l’écriture…

Serge Joncour : la solitude du romancier au moment de lancer un atelier d’écriture

La solitude du romancier animant un atelier d’écriture. Tentant de débuter l’atelier face à un public méfiant, fermé. En l’occurrence, le public a des raisons de s’inquiéter. Le narrateur de L’écrivain national, de Serge Joncour, arrive avec des vêtements maculés de boue, l’air hagard. Un fait divers l’obnubile, le hante, au point que son comportement inquiète les habitants de cette petite ville qui l’accueille pour quelques semaines en résidence d’auteur.

Mais le romancier n’est pas un novice et c’est l’occasion pour lui (pour Serge Joncour ?) de nous livrer quelques-uns de ses petits secrets.

« Au pire je me replie… »

« Face à moi, assis autour des tables en plus, ils étaient une bonne douzaine, je les sentais aussi farouches que des élèves face a un nouveau prof même si, en la circonstance, ils avaient là un auteur totalement décrédibilisé. […]

Alors je fis vite diversion en parlant de ce qu’on allait faire, je réfléchissais tout haut, je ne savais pas quoi leur donner comme exercice, pour chaque nouvel atelier d’écriture j’improvise en fonction de ce que je ressens des personnes présentes, au pire je me replie sur les exercices de base, la prosopopée ou l’écriture d’une histoire à partir de dix mots piochés ou hasard dans le dictionnaire, chacun la sienne.

Ou bien encore on pourrait se lancer dans la séquence narrative alphabétique, ce serait plus simple, oui sans doute qu’on ferait cela, écrire une très longue phrase dont chaque mot commence par une des lettres de l’alphabet prises dans l’ordre. Mais c’est participants-là, je les trouvais curieusement déboussolés, je sentais qu’ils étaient perdus dans mes explications. Dans leurs regards, je devinais même de la défiance, déjà il se méfiais de moi, alors qu’on n’avait encore rien fait. »

L’écrivain national, de Serge Joncour, Flammarion, 2014, 390p. 21€.

A lire aussi :

Serge Joncour : le style, côté cour.

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Laurent Nunez : les incipits explicités en intime majesté

Ah, l’incipit ! Ce fameux incipit qui pique et qui pète et plaque les pupilles du lecteur au lustre de l’impatience (oui, on a les métaphores qu’on peut…). Cette phrase de quatre (« Aujourd’hui maman est morte ») ou quatre cents mots, qui révèle ou recèle, garde sa part d’obscurité quoiqu’il s’écrive ensuite.

Laurent Nunez, dans un ouvrage à l’élégance savante, s’attaque au mystère de certaines premières phrases, plus ou moins célèbres, de la littérature française. Il rappelle que Marcel Proust a mis trois ans pour trouver : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure ». Et Céline a transformé « Ça a commencé comme ça », sur le manuscrit envoyé à l’éditeur en « Ça a débuté comme ça », sur les épreuves destinées à l’imprimeur. « Ceux qui ne voient pas la différence, conclut Nunez, sont des sauvages ».

Prenons le temps, c’est important

Parce qu' »on lit toujours trop vite », Laurent Nunez nous invite à prendre le temps et à étudier chaque incipit mot après mot. Aux paresseux qui prétendent que « poésie et commentaire ne vont pas ensemble », il pose la question : « Est-ce que lire [le texte] vous suffit ? ». Son analyse de Chantre, le plus court poème de la langue française, écrit par Apollinaire, est un concentré de finesse et de talent.

Chantre, c’est ce monostiche sur lequel nul ne s’accorde tant les interprétations sont nombreuses :

Et l’unique cordeau des trompettes marines

La pertinence de l’analyse de Laurent Nunez est bluffante. Chaque mot est étudié, mis à nu. Trop ? Certainement pas. « On ne décode jamais assez, affirme Nunez, et c’est bien pourquoi la littérature existe. Lire, c’est toujours lire entre les lignes. L’interprétation est vitale à l’homo sapiens qui chasse, cueille et pêche depuis toujours, même au sein du langage. Dès lors, il ne faut pas dire que les œuvres littéraires ne s’expliquent pas, mais que c’est par l’explication seule que la littérature existe. »

Prenons encore un peu de temps, c’est passionnant

Nunez le démontre, face aux incipits de Proust, Queneau, Zola, Aragon et bien d’autres. Et démontre que l’on peut encore dire « des choses neuves sur des textes classiques », nous incitant, nous invitant à relire les chefs-d’œuvre. A les relire, vraiment, même s’il mesure avec dérision ce que ses « microlectures ont d’hystérique ».

Ah, les lectures érudites et passionnées de Laurent Nunez ! « Elles croient que chaque phrase est un coffre, dont les clefs seraient forgées par la grammaire, l’étymologie, les figures de rhétorique. Mais elles prouvent surtout qu’un texte littéraire est illisible, parce que personne ne peut réfléchir ainsi sur 200 ou 300 pages. »

Prenons le temps de nous laisser gagner par l’hystérie de lecture de Laurent Nunez.

Olivier Quelier

L’énigme de premières phrasesde Laurent Nunez, Grasset, 198p. 13€.

 

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