Léon Bloy et le journalisme [1903]

De Léon Bloy, qui n’est pas le moins vociférant ni le plus délicat des romanciers et polémistes français, cette sentence de 1903, parue dans l’avant-propos de l’Assiette au beurre.

A lire aussi :

« Des hyperboles de plomb fondu.« 

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Léon Bloy et le journalisme [1903]

Philippe Jaenada et la femme en robe longue rouge

Un journaliste demande à Philippe Jaenada de se plier à un exercice que la romancière Alice Ferney a coutume de donner en atelier d’écriture : « Une femme en robe longue rouge apparut dans l’encadrement de la porte. Ecrivez la suite. »

Voici la réponse de Philippe Jaenada :

« Une balle la frappa en pleine poitrine, dans le sternum. » Mais j’aurais pu aussi bien répondre : « Les lumières de la pièce s’allumèrent, tous ses anciens amants étaient là » ou « Abdul écarquilla des yeux incrédules » ou « Le petit Vénusien se métamorphosa aussitôt en grille-pain ». Mais justement, ce n’est pas comme ça dans la vie, une seule chose se passe quand la femme en robe rouge apparaît dans l’encadrement de la porte.

Et ne comptez pas sur Philippe Jaenada pour vous donner quelque consigne de rédaction… A ma question sur son envie d’animer des ateliers d’écriture, la réponse avait fusé : « Jamais, Olivier ! Est-ce qu’on anime des ateliers d’amour, par exemple ? »

Philippe Jaenada. P.-E. Rastouin pour L’Express (capture d’écran).

L’intégralité de la rencontre entre Alice Ferney et Philippe Jaenada est à lire ICI.

Philippe Jaenada et la femme en robe longue rouge

John Irving : la réécriture, une pratique de lutteur…

J’ai toujours été reconnaissant de la discipline que le sport m’a donnée. Il y a, dans l’écriture, beaucoup de moments de répétition. Les gens ne s’en rendent pas toujours compte, mais être écrivain c’est passer une très grande partie de son temps à répéter les mêmes gestes : réécrire, barrer, corriger. Une grande part de l’attention que l’on porte au langage se traduit par la relecture de ce que l’on a écrit, encore, encore et encore.

À chaque fois, vous modifiez quelque chose. Un mot. Une ponctuation. L’endurance que l’on a pour se relire, se corriger, réécrire, est pour moi un témoignage de l’amour que l’on porte au langage. Personne n’écrit parfaitement dès le premier jet. Ce n’est pas vrai. Même les surdoués doivent recommencer et recommencer encore.

Je n’ai pas appris cela de ma pratique de l’écriture, ni même de mes lectures, mais du sport. Et, en particulier, de la lutte. La lutte vous apprend combien de fois vous devez répéter le même petit truc bête. Combien de fois vous devez répéter le même geste, la même prise, jusqu’à ce que cela paraisse naturel, jusqu’à ce que vous ayez une mémoire musculaire de telle ou telle position, jusqu’à ce que vous puissiez pratiquer telle ou telle prise les yeux fermés.

C’est exactement la même chose pour l’écriture. Il faut travailler chaque phrase de la même façon. Quand avez-vous écrit pour la dernière fois « dit-il » ou « Dominic a dit » ou « il a dit » ? Combien de fois avez-vous répété la même phrase longue ou la même phrase courte ? Quand avez-vous déjà utilisé ces points virgules, ces tirets, ces parenthèses que vous venez de tracer sur la page ?

Il faut penser à tout cela, exactement comme lorsque l’on pratique un sport de haut niveau, exactement comme lorsque l’on s’entraîne pour devenir lutteur. La lutte m’a fourni cette discipline. Elle agit constamment sur mon travail d’écrivain en me montrant à quel point cette discipline est nécessaire.

John Irving (tiré d’un entretien accordé au magazine Lire).

A lire aussi : 

« Hemingway ? Une écriture de publicitaire. »

« Irving et l’écriture : Less is more ? Non, less is less.« 

John Irving : la réécriture, une pratique de lutteur…

Hélène Viala-Daniel, « braconnière » des ornières

Hélène Viala-Daniel est une glaneuse de bribes, une voleuse de vies. Pas un bandit de grand chemin. Ce qu’elle aime, Hélène, sous « les néons de l’existence », c’est rencontrer des gens, réécrire des histoires. En naît un livre étonnant, attachant surtout, par la sincérité de son style et la force de son humanité.

Le livre d’Hélène Viala-Daniel, intitulé Quand les pylônes auront des feuilles, est à son image : tout en retenue, d’une humanité fragile parce que trop grande pour le monde présent. Quoique. Le monde est à l’image de celui ou celle qui le regarde. Et Hélène Viala-Daniel est de celles qui savent observer les petits riens : « Il y en a partout pour qui sait les voir ou les écouter. Sur les murs. Dans les bribes de conversation. Le long des fissures de trottoirs. Dans les interstices des portes cochères. Dans la lumière d’une saison. »

Avec une prudente élégance, Hélène évoque dans ces textes, mi-chroniques mi-nouvelles, les troquets, les petits faits d’hiver, les absents, les amours, les absences, les espoirs… Elle évoque les souvenirs d’été et de ce qui a été… Dans les courts chapitres, les modes de narration varient. Ici la mémoire du temps où « les bouchons des bouteilles de limonade étaient en porcelaine reliés à la bouteille par un fil de fer » ; là les « je me souviens » qui font surgir du passé les « aiguillées des paresseuses ».

Les mots plombés

Ce livre est empli de poésie et de lyrisme, ben sûr, mais grandis par cette petite fêlure qui fait barrage aux larmes trop sentimentales. Les larmes, elles sont pour les vrais drames, pour les mots maudits et plombés qui disent la maladie, la saloperie contre laquelle il faut se battre.

Les fenêtres allumées qu’elle voit dans la nuit, Hélène ne peut s’imaginer qu’on a oublié de les éteindre. Elles lui ressemblent : discrètes et rassurantes, elles veillent sur nous.

Quand les pylônes auront des feuilles est une magnifique ode au monde et à l’espoir. Au rire et à la bienveillance. Il faut beaucoup de talent et plus encore d’amour de son prochain pour offrir un tel texte. Être, comme l’est Hélène, une capteuse. « Quelqu’un qui vit le nez en l’air et toutes les écoutilles réglées sur ouverture maximum. Un pilleur de bribes. Un collectionneur. Un glaneur. Un braconnier. »

Olivier Quelier

Hélène Viala-Daniel, Quand les pylônes auront des feuilles, Monty-Petons Publications, 276 p., 16,50€.

Hélène Viala-Daniel, « braconnière » des ornières

François Weyergans : « J’aime l’inquiétude et l’anacoluthe »

« — J’aime l’inquiétude et l’anacoluthe. L’anacoluthe est à la littérature ce que la vitesse de la lumière est à la physique. (…) L’anacoluthe, te rappellerait le dictionnaire, est une tournure dans laquelle, commençant par une construction, on finit par un autre. C’est l’inattendu, la rapidité, l’étonnement. »

François Weyergans, Je suis écrivain (Gallimard)

L’anacoluthe est une figure de style qui rompt la cohésion syntaxique de la phrase. En brisant la construction de la phrase, elle crée un effet de surprise, volontaire ou non. Pour le dire plus simplement, à la manière de Dupriez dans son Dictionnaire des procédés littéraires : « On commence une phrase et on la finit autrement ».

Un exemple célèbre d’anacoluthe est extrait des Pensées de Pascal : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, la face du monde en eût été changée ». On constate ici un changement de sujet grammatical. Une construction correcte donnerait : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, eût changé la face du monde ».

 

François Weyergans : « J’aime l’inquiétude et l’anacoluthe »