La phrase longue (170 mots) de Marie-Hélène Lafon

Dans les romans de Marie-Hélène Lafon, les phrases se déplacent, longues, insensibles au temps, enracinées dans cet humble bon sens et ce réalisme rude de la campagne.

Phrases élégantes nées au terreau des dictionnaires, élégantes qui ne manquent pas de souplesse, se jouant de la syntaxe, matoises, pour mieux affirmer leurs propos.

Un exemple avec cette phrase de 170 mots tirée du début (p.27-28) de roman Les Pays, publié chez Buchet-Chastel.

Suzanne partie montée à Paris dans les Postes au traitement des chèques postaux à Montparnasse, montée à Paris à dix-neuf ans, et mariée d’amour dûment à Paris avec son Parisien, un vrai, bel homme aux hanches minces à la bouche rieuse, un de chez Renault un de l’équipe de nuit, Suzanne, quoique montée à Paris, et versée dans le traitement des chèques postaux, et nantie d’un mari parisien à fond à fond, Suzanne, par le jeté du corps, la voix, le pas, les mains, appartenait à ce bout de pays élimé, à cette vallée de la Saintoire derrière elle laissée loin au long des hivers gris de la vallée entassés les uns sur les autres depuis des années, treize années maintenant, treize années qu’elle vivait dans l’hiver des villes, à Paris d’abord, à Gentilly ensuite où ils avaient acheté l’appartement, Suzanne et Henri, depuis trois ans, presque quatre, au cinquième étage du bâtiment B d’une résidence neuve avec ascenseur, entrée, cuisine, salle de bain, salle à manger, et deux chambres.

À lire aussi : 

Écrire long : la phrase édito de 712 mots.

 

La phrase longue (170 mots) de Marie-Hélène Lafon

Voulez-vous chanter… grammaire ? 2. Avec Christophe Hondelatte

Christophe Hondelatte, journaliste radio et télé, a commis en 2011 un album intitulé Ou pas. A l’intérieur de opus qui est le premier et a priori l’unique de sa carrière de chanteur, une chanson intitulée Conjugaison. Une double curiosité donc, qu’à défaut de pouvoir écouter, vous pouvez découvrir grâce à ses paroles.

Chritophe Hondelatte (Youtube).

Conjuguons tu disais,
Conjuguons au passé
Nous étions, tu étais

Et moi qui étais-je ?

Conjuguons je disais,
Conjuguons au présent
Nous sommes, tu es

Et moi qui suis-je ?

Le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct.
Le participe présent accorde une chance si tu l’acceptes.

Conjuguons nous disions,
Conjuguons au futur
Nous serons, tu seras

Et moi qui serai-je

Le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct.
Le participe présent accorde une chance si tu l’acceptes.

Nous passons tu disais
Le tableau des conjugaisons
Je suis, tu es
Mais nous ne sommes plus

Le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct.
Le participe présent accorde une chance si tu l’acceptes.

Le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct.
Le participe présent accorde une chance si tu l’acceptes.

Le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct.
Le participe présent accorde une chance si tu l’acceptes.

Conjuguons !

A découvrir : Grammaire Song du groupe Chanson plus Bifluorée.

Je n’ai pas trouvé de vidéo de Christophe Hondelatte interprétant Conjugaison, mais vous pouvez écouter la chanson via ce lien.

Voulez-vous chanter… grammaire ? 2. Avec Christophe Hondelatte

Patrick Rambaud : écrire, recopier, retravailler…

« Écrire, c’est recopier » disait Emmanuel Berl.

Dans un entretien publié dans LIRE: en mars dernier, Patrick Rambaud précise : « Et il avait  tout à fait raison. (…) Je tape [sur une machine à écrire Olivetti, Ndlr], et [avec mon éditeur] on retravaille dessus, longtemps, avec des crayons de couleur pour les différentes corrections.

L’entretien intégral est ICI.

Patrick Rambaud : écrire, recopier, retravailler…

Stéphanie Hochet : l’aurochs et la prisonnière

Mais vous croyiez quoi ? Qu’elle allait vous embarquer, la gentille Stéphanie, dans un de ces romans où l’auteure parle de ce qu’elle connaît le mieux, voire chérit au-delà de tout : elle-même ? Vous pensiez suivre le périple de cette romancière un peu reconnue mais pas encore assez pour vivre de sa plume sans apprécier les résidences d’auteur, ateliers d’écriture et autres conférences qui se présentent à elle ? Et pourquoi pas, tant qu’à faire, espériez découvrir la région de Cahors avec visite du camping, séjour à l’hôtel et découverte de la campagne environnante ?

C’est ce que vous croyiez ? Eh bien vous aviez, à peu près, raison. Enfin, jusqu’à la page 49. À cette ligne où la romancière, après une rencontre-débat dans un camping la veille au soir, se réveille. Mais pas dans son hôtel. Pas dans sa chambre. Alors où ? Attendez un peu…

D’ailleurs, si vous êtes honnête, reconnaissez que vous aviez déjà tiqué sur quelques remarques semées comme des cailloux dans les chaussures de votre certitude (oh bon sang, cette métaphore…). Cette bibliothèque dont le catalogue est contrôlé, modifié par la municipalité, ça ne vous évoque rien ? Ces livres retirés des librairies à cause de pressions ?

Allez, avouez, vous commenciez à pressentir une dimension inattendue dans ce roman d’apparence innocente. Et vous sentiez ce malaise vous envahir, page après page. Pas seulement gêné : troublé, oppressé par l’atmosphère imposée par Stéphanie Hochet.

Ce sentiment d’enfermement, de piège. Vous viennent à l’esprit les noms de Hitchcock, de Kafka. Vous découvrez celui de Vincent Charnot, le maire de Marnas. Étrange personnage. Inquiétant chasseur, dignitaire adulé, qui rêve d’un musée des Espèces de la région, avec une majuscule à Espèces. Rêve aussi de réintroduire dans la nature l’aurochs préhistorique. Et propose à la romancière d’en écrire la « biographie ».

Vous êtes un peu perdu ? Vous croyiez quoi, que j’allais vous raconter l’histoire, briser la tension, répondre à vos questions ? Eh non. La force de Stéphanie Hochet est de nous bousculer autant par ce qu’elle écrit que par ce qu’elle n’écrit pas : la dimension politique de son livre, le lecture mythologique de son récit, l’interrogation sur l’animalité et la part animale.

« Qui n’a pas son Minotaure ? » La phrase est de Marguerite Yourcenar, en exergue du livre. Stéphanie Hochet n’apporte pas de réponse à la question, mais l’affûte à nouveau au fusil de nos consciences. En ces temps troubles, l’urgence de l’écrivain est de nous troubler encore. De nous troubler toujours.

Olivier Quelier

L’animal et son biographe, de Stéphanie Hochet, éditions Rivages, 190p. 18€.

Mon chat, Caramel, est un fidèle lecteur de Stéphanie Hochet.

À lire aussi :

Stéphanie Hochet : Bourgeoisie anglaise à l’heure des drames.

Stéphanie Hochet : Éloge de sa majesté le chat.

 

 

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Colum McCann : « Écrire est l’expression d’une parole libre contre le pouvoir »

« Écris, jeune auteur, écris. Empare-toi de ton avenir. Empare-toi de ton pays, ne les laisse pas te le prendre. Trouve les mots pour soigner le mal qui nous étreint. Écris pour le pur plaisir que nous avons à le faire, mais garde en tête que nous pouvons peut-être modifier ce fichu monde un tant soit peu. C’est malgré tout un bel endroit, bizarre et terrible. La littérature nous rappelle que la vie n’est pas déjà écrite. Il reste d’immenses possibilités. Fais de ta confrontation avec le désespoir une minuscule frange de beauté. »

L’écrivain irlandais Colum McCann a écrit récemment une série de lettres à un jeune écrivain (Letters to a young writer). On retrouve dans le premier numéro du magazine America un de ces textes, intitulé Appel au jeunes écrivains, à l’aube de l’ère Trump.

Un texte superbe, engagé, lyrique, dans lequel l’écrivain enjoint lesjeunes auteurs à jouir de l’audace de leur imagination, rappelant qu' »écrire est l’expression d’une parole libre contre le pouvoir ».

 

Colum McCann : « Écrire est l’expression d’une parole libre contre le pouvoir »

Régine Detambel : « Écrire ce n’est pas bien écrire… »

Cette phrase est extraite d’un long texte écrit par Régine Detambel, écrivain et animatrice d’ateliers d’écriture. Il s’intitule Le tremblement d’écrire et est passionnant. Si le sujet vous intéresse et que vous avez un peu de temps, lisez-le !

Régine Detambel : « Écrire ce n’est pas bien écrire… »