Pratiquer l’utopie grâce aux ateliers d’écriture

Qu’est-ce qu’un atelier d’écriture ? Un endroit où l’on vient écrire, bien sûr. Un endroit, aussi, où l’on prend conscience de ce que l’on écrit ; où l’on prend conscience que l’on écrit. Avant tout, peut-être, sans doute, en tout cas faut-il le construire, le mener, l’animer ainsi, un endroit où l’on prend conscience.

« Chaque fois que nous mettons modestement en place cette sorte de microsociété qu’est l’atelier, chaque fois qu’au cœur d’une société si souvent injuste et inégalitaire nous prenons appui sur la coopération dans les pratiques de création, et ce par des actes très simples, nous sommes dans la filiation de cette pensée de la paix. Nous le sommes lorsque nous imaginons que ce qui se passe ici et maintenant dans l’atelier pourrait aussi jouer dans d’autres lieux de la cité, pourrait essaimer et configurer autrement le « vivre ensemble ». Les ateliers d’écriture ne sont donc ni des paradis perdus, ni des phalanstères, encore moins la résurgence de ces cités mythiques du bonheur programmé. Prendre appui sur la dimension « d’imagination constituante » et d’invention libre propre à toute atelier, faire l’hypothèse qu’à travers ce qui adviendra, de nouveaux jalons seront posés, de nouvelles exigences seront formulées, voilà notre manière à nous de pratiquer l’utopie. »

Odette et Michel Neumayer

(Animer un atelier d’écriture – Faire de l’écriture un bien partagé, ESF éditeur, 2011)

Pratiquer l’utopie grâce aux ateliers d’écriture

Régine Detambel : « Écrire ce n’est pas bien écrire… »

Cette phrase est extraite d’un long texte écrit par Régine Detambel, écrivain et animatrice d’ateliers d’écriture. Il s’intitule Le tremblement d’écrire et est passionnant. Si le sujet vous intéresse et que vous avez un peu de temps, lisez-le !

Régine Detambel : « Écrire ce n’est pas bien écrire… »

Ateliers d’écriture : comme une note d’intention

300e. Voici le trois centième article que je publie sur GrandeurSRvitude en presque dix-huit mois d’existence. Un nombre qui marque une étape, accompagne un changement de cap professionnel, mais pas seulement : (un peu) moins de journalisme ici, désormais, pour plus de littérature et d’écriture, sous plein de formes, y compris celle de l’atelier d’écriture. Comme ce texte, de février dernier, à lire comme une note d’intention.

Ce n’est qu’un murmure encore, un balbutiement qui s’impose d’autant plus fortement qu’il fait page blanche du passé, qu’il m’interroge sur la forme, sur les formes, qu’il me fait prendre conscience de ce que j’ai à dire, ou pas, me fait prendre conscience que je n’ai rien à dire, et c’est pas plus mal, que je n’ai peut-être qu’à laisser les mots s’impliquer, s’imbriquer, s’emberlificoter, que je n’ai qu’à jouer au legodémo, quatre syllabes d’un jeu dont je déposerai peut-être un jour la marque, le marque-page, dans un livre ou un blog ou une revue ou un réseau social ou tiens, oui tiens pourquoi pas sur scène, je ne l’avais pas encore balancé ce truc-là

(bon sang mais pourquoi je fais des phrases aussi longues, moi)

je m’essouffle donc à le dire oui tiens, tiens bon, pourquoi pas sur scène car je ne dis pas tout je ne me dis pas tout surtout, de peur de m’effrayer davantage, j’affirmais tout à l’heure que j’arrivais à me détacher du texte mais c’est pas vrai, pas faux non plus mais de plus en plus vrai

(si je ratiocine comme ça je ne vais jamais m’en sortir de cette phrase à la con)

que ces textes mes textes à moi et ceux des autres aussi peut-être, du collectif, j’ai envie de les dire de les lire de les interpréter de les jouer, la forme je la performe oui mais je vais me calmer là je rédige de moins en moins mon dieu merci j’écris de plus en plus mais je sais aussi je sais hélas sans encore savoir comment concilier tout ça qu’il y a dans mon ancien métier quelque chose de bon et de vrai à conserver à travailler

(comment je vais galérer à la lire à voix haute cette phrase)

mais l’essentiel c’est l’écriture de ces formes courtes – baba j’en étais quand j’ai découvert ça ici et en ce moment c’est les listes qui me tiennent me retiennent même celle des courses c’est moi qui la fais je vous dis pas ma femme comme elle m’aime dans ces moments-là, des listes oui, et j’y mets des couleurs et des interactions et comme je m’y perds, comme je m’y noie (des noix ? tu veux des noix, chérie ?) je me dis qu’à proposer qu’à partager ce serait bien, ce serait chouette mais qu’en plus de tout ça

(ne pas oublier que j’ai un train à 17h 25)

cette écriture-là doit être évolutive, surtout pas figée, écrite mais pas inscrite voilà débrouillez-vous avec tout ça j’en suis à 427 mots je vais mettre un point. Là.

Olivier Quelier

Ateliers d’écriture : comme une note d’intention

Henri Pichette : acteurs, « aimez les mots. Physiquement. Aimez le corps des mots »

Henri Pichette (1924-2000) est un poète célèbre et célébré pour ses Épiphanies, long « mystère profane » publié en 1947. Et interprété, la même année à Paris, dans une mise en scène de Georges Vitaly, par Gérard Philipe, Maria Casarès et Roger Blin. Pichette continuera d’écrire et d’être joué. Avec l’incandescence qui est sienne, il adresse cette exhortation aux acteurs.
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Point de « théâtralité » ! Point de « distanciation » !

Mon théâtre est un théâtre furieux, je veux dire : venu par fureur d’inspiration, jailli brûlant. Et ordonné par la suite avec les attentions ferventes de l’artisanat, qui ne voudrait rien laisser au hasard.

Aux acteurs

product_9782070404568_195x320Ne refroidissez rien ; soyez-y ; vous êtes en scène ; vous êtes au monde ; la vie est aussi ce que vous jouez, vivez-le. La rue, la rivière, l’oiseau migrateur, la comète, le fil des siècles, passent sur la scène. C’est un moment du monde.

Soyez techniques, mais avec cœur : avec la force du sang. Et trouvez, trouvez encore, cherchez toujours. Aimez les mots. Physiquement. Aimez le corps des mots. Donnez votre esprit à la chair des paroles. Donnez votre chair à l’esprit des paroles. Ne faites qu’un avec l’âme du poème.

Texte extrait du dossier Les Épiphanies / Henri Pichette sur le site prestaclesprod

 

Henri Pichette : acteurs, « aimez les mots. Physiquement. Aimez le corps des mots »

[Atelier d’écriture] On se sépare pas de Sinatra

Lors d’un récent atelier d’écriture, j’ai été amené à travailler le name-dropping, cette technique — certains parlent même (avec un peu d’audace, me semble-t-il) de figure de style — qui consiste à émailler son propos, oral ou écrit, de noms célèbres : personnalités, marques, publicités, produits culturels, institutions, etc.

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Pour aborder le name-dropping, j’aime bien utiliser les chansons de Vincent Delerm, qui revendiquait, dans ses premiers albums, cette manière de faire. Beaucoup de rappeurs utilisent également cette technique. Oldelaf a signé un formidable texte consacré aux marques, Kleenex.

Un des participants à l’atelier d’écriture, Christophe, véritable puits de culture et inépuisable ressource, m’a parlé d’une « chanson de rupture » (le thème même de ma proposition) signée Alain Chamfort et intitulée Sinatra (album Le Plaisir, en 2003).

Une découverte que je partage donc ici, en vidéo et en paroles.

Olivier Quelier

Björk et Bowie sont à toi
Tom Waits, Lou Reed, Nirvana
Peu d’ fautes de goût dans tout ça {x2}
Tu t’en vas
Aves tes CD sous le bras
Mais Sinatra reste là
Sinatra est à moi
Etienne Daho est à toi
Miossec et Dominique A
J’ pourrais tous être leur papa {x2}
Tu t’en vas
Tu reprends tout ce qui est à toi
Mais Sinatra, n’y touche pas
Sinatra est à moi
Les Pet Shop Boys sont à toi
Air, les Daft Punk, Madonna
T’as l’ cœur à danser, moi pas {x2}
Tu t’en vas
D’un pas léger, dans la joie
Mais Sinatra, j’ plaisante pas
Sinatra est à moi
Chamfort, il était à toi
Mais tu m’ le laisses, c’est sympa
Ce que j’ vais en faire, je sais pas {x2}
Tu t’en vas
Tu fais le vide derrière toi
Il me reste plus qu’ Sinatra
Sinatra est à moi
Tu fais le vide derrière toi
Il me reste plus qu’ Sinatra
Sinatra est à moi

 

[Atelier d’écriture] On se sépare pas de Sinatra

Gainsbourg, zig zinzin du Z

Une chanson, de Gainsbourg à Birkin.
Une chanson de Serge à Jane.
Découverte lors d’un début d’atelier d’écriture, en plein jeu de tautogramme.
Le tautogramme, vous savez, cette allitération un peu spéciale, ce texte dont chaque mot commence par la même lettre.
Un exemple ? « Monsieur Muscle masse Miss Monde ».
Bref.
Un participant m’a parlé de cet Exercice en forme de Z imaginé par Serge Gainsbourg, que je partage ici.

Exercice en forme de Z

imgresZazie
A sa visite au zoo
Zazie suçant son zan
S’amusait d’un vers luisant
D’isidore Isou
Quand zut ! Un vent blizzard
Fusant de son falzar
Voici zigzaguant dans les airs
Zazie et son Blazer

L’oiseau
Des îles est pris au zoom
Par un paparazzi
Zigouilleur visionnaire
De scherzi de Mozart
Drôle de zigoto
Zieuteur du genre blasé
Mateur de photos osées
Zazie
Sur les vents alizés
S’éclate dans l’azur
Aussi légère que bulle d’Alka Selzer
Elle visionne le zoo
Survolant chimpanzés
Gazelles lézards zébus buses et grizzlis d’Asie

L’oiseau
Des îles est pris au zoom
Par l’autre zèbre, bonne zigue
Zazie le fusillant d’un bisou
Lui fait voir son bazar
Son zip et son Zippo
Fendu de jusqu’à Zo

A lire (et écouter) aussi, de Gainsbourg…

Le cadavre exquis, hommage au jeu des surréalistes.

En relisant ta lettre, hommage à la justesse de la langue française.

 

Gainsbourg, zig zinzin du Z

Projet verbal

Pour les amoureux du français, les chasseurs d’anacoluthes, les férus de dictée, les obsédés de la syntaxe, les dubitatifs du participe passé, les frileux du français, les frivoles de la subtilité, les anorexiques du lexique, les désaxés de la syntaxe, les chaperons (pas toujours rouges) de la gram’maire, les erratiques de la sémantique

pour les collégiens que « tout » énerve (surtout devant un adjectif féminin) les lycéens lainfa… limphat… oui lymphatiques, les écoliers que colle la conjugaison

pour les barons du barbarisme, les toqués du solécisme, les plombés du pléonasme, pour les cinglés de la synecdoque, les assommants de l’assonance, les aliénés de l’allitération, l’illuminé de l’itération (oui, il est le seul)

pour les sensés qui raisonnent et ceux qui sont censés résonner

pour le roi des gros malins avec son succédé-que-même-au-pluriel-on-l’accorde-jamais

pour les accordés sur la concordance des temps, les résistants d’autant plus sur-les-dents que c’est d’au temps pour eux

pour les traqueux du quoique, les belliqueux du bien que

pour les fatiguants qui ne prennent pas de gants avec les adjectifs verbals et les verts de rage parce que bal ça fait beau au pluriel

pour les angoissés de l’antonyme, horrifiés de l’homonyme, pantelants du paronyme et circonspects du synonyme

les affligés de la négation, les négligés de l’affirmation

les ornithorynques (?) zélés de l’orthotypographie ; les diprodotons préhistoriques (on n’en croise plus guère) de l’anantapodoton-à-répéter-dix-fois-sans-fourcher

les autodidactes les dictateurs les autodictateurs de la didactique

les aliénés de l’allitération (encore eux), les consignés à la consonance

les intoxiqués les toxicos les lexicaux les ex æquo des quiz verbaux

les affûtés les moins futés, les passionnés, les agités du vocable, les têtes de linotte de la litote, les éphémères amis de l’euphémisme

les velléitaires, les volontaires, et même le Voltaire

qui mène son Projet

Olivier Quelier

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Projet verbal