Karina Hocine : l’éditeur a une « conscience aiguë de la fragilité de la création »

Être attentif à l’auteur, explique Karina Hocine, éditrice aux éditions Jean-Claude Lattès, c’est aussi repérer le moment où il convient d’arrêter le travail éditorial. Car la réécriture a ses limites.

Karina Hocine est l’éditrice de Delphine de Vigan.

« Cela réclame beaucoup d’attention. Parfois, en lisant un manuscrit que vous avez encouragé l’auteur à retravailler, vous réalisez que la version précédente était en fait meilleure. Mais il fallait qu’il y ait eu ce pas de trop pour en prendre conscience.

Parfois aussi, l’éditeur sent tout simplement que le romancier est arrivé au bout, il n’a plus envie.

On est dès lors au bord du dévoiement – alors que ce qu’il fait aussi la beauté d’une œuvre, c’est sa fraîcheur, sa sincérité, sa vérité. Il faut toujours garder en tête la conscience aiguë de la fragilité de la création. »

(Publié dans Télérama 3523 du 19/07/2017).

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Karina Hocine : l’éditeur a une « conscience aiguë de la fragilité de la création »

Une ode pour la coquille

La coquille, en typographie, est une erreur due à l’ajout ou à l’omission d’une lettre, ou à l’interversion de lettres, à l’intérieur d’un mot. L’usage généralisé des claviers permet, en simplifiant, de l’assimiler à une faute de frappe.

Hantise —mais aussi raison d’être— des correcteurs, réviseurs et secrétaires de rédaction, la coquille méritait bien qu’on lui consacrât une ode.

Grâce aux correcteurs du Monde (via les excellents blog Langue sauce piquante et compte Twitter @LeMonde_correct), j’ai découvert cette merveille dont voici le texte et l’interprétation.

Selon eux, cette ode (orthographe d’époque), qu’on dit d’un auteur anonyme, pourrait être de la main de Flavien Mouillan, correcteur et auteur du Correcteur typographe, paru en 1899 à Paris.

Ode à la coquille

Je vais chanter tous tes hauts faits,

Je veux dire tous tes forfaits,

Toi qu’à bon droit je qualifie

Fléau de la typographie.

S’agit-il d’un homme de bien

Tu m’en fais un homme de rien ;

Fait-il quelque action insigne

Ta malice la rend indigne

Et, par toi, sa capacité

Se transforme en rapacité.

Que sur un vaisseau quelque prince

Visite nos ports en province

D’un brave et fameux amiral

Tu fais un fameux animal,

Et son émotion visible

Devient émotion risible ;

Un savant maître fait des cours

Tu lui fais opérer des tours ;

Il parle du divin Homère

Ô sacrilège ! on lit Commère ;

L’amphithéâtre et ses gradins

Ne sont plus que d’affreux gredins.

Le professeur cite Hérodote

Tu dis : le professeur radote ;

Puis, s’il fallait s’évanouir,

Tu le ferais s’épanouir.

Léonidas aux Thermopyles

Montre-t-il un beau dévoûment

Horreur ! voilà que tu jubiles

En lui donnant le dévoiement.

Une ode pour la coquille

Aimable Serdu, qui sabre les mots blamables

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Comme en écho au dessin de Deligne à propos des coquilles dans les journaux, voici l’illustration du belge Serdu.

Serdu (Serge Duhayon) est un dessinateur prolifique, sensible aux problèmes de société. Il a illustré les textes écrits par Patrick Traube et regroupé dans un recueil intitulé Où va le monde ?, publié aux éditions Convaincre.

(Merci à Alain Trémiseau et Anne Duvivier pour leurs contributions brèves mais décisives).

Aimable Serdu, qui sabre les mots blamables

« La Correction », d’Elodie Llorca, en mériterait une bonne…

Un roman consacré à la correction semblait avoir toute sa place sur ce blog. Las ! Entre une intrigue empesée et un style plus que médiocre, lourd de fautes de syntaxe et de répétitions, le roman d’Elodie Llorca est une déception. 

9782743637743_largeC’est peut-être moi, mais je suis resté insensible à cette fable annoncée dans le roman La Correction, d’Elodie Llorca.

C’est peut-être moi, mais le personnage de François, falot correcteur dans la revue du Tellière, perturbé par la découverte de coquilles dans les textes qu’il corrige, sous les yeux de Reine, la directrice trônant non loin dans son bureau — ce personnage, donc, m’a semblé bien ennuyeux.

C’est peut-être moi, mais le naufrage dudit personnage, un brin fétichiste, de plus en paranoïaque, dans une déréliction pesante et un effarant éloignement du réel, entre le départ de sa femme qui n’en peut plus de lui (on peut la comprendre) et la mort de sa mère, quelques mois plus tôt — ce naufrage, donc, ressemble à une mise en abyme du roman.

Bureau, bureau, bureau…

Ce qui est indiscutable, c’est la faiblesse de la syntaxe et la médiocrité de ce qu’on ne saurait appeler le style. Un comble pour un roman intitulé La Correction. Où sont-ils, les éditeurs et correcteurs de Rivages, qui laissent passer des phrases telles que « je pris place en prenant garde » ou « je m’occupais du réassort et occupais pas mal de mon temps » ?

Volonté de l’auteur ? Ah oui ? Comme de répéter cinq fois (cinq fois !) le mot « bureau » en seize brèves lignes ? Comme de proposer des phrases aussi incorrectes que : « … pour voir ce que je pouvais bien pouvoir cacher » ? Ou comme d’alourdir sa syntaxe par des tournures comme celle-ci : « Je levais les yeux pour examiner les deux néons qui m’abîmaient tant les yeux ».

La Correction ? Oui, le livre d’Elodie Llorca, en mériterait une bonne…

Olivier Quelier.

La Correction, d’Elodie Llorca, éditions Rivages, 192p. 18€.

 

« La Correction », d’Elodie Llorca, en mériterait une bonne…

C’été un belle homage a Maitre Capello

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Jacques Capelovici était une vedette des Jeux de 20 heures.

Retrouvée au hasard d’un rangement de dossiers, cette nécrologie de Jacques Capelovici.

Ce nom ne dira peut-être rien aux plus jeunes… Pourtant, ce cruciverbiste souriant, rendu célèbre dans les années 1970 par les Jeux de 20 heures, est pour beaucoup la personnification du correcteur, l’incarnation du puriste et le modèle de la perfection grammaticale et syntaxique.

« Maître Capello » est décédé le 20 mars 2011 à l’âge de 88 ans. Il était un grand amoureux des calembours et des jeux sur les mots et la langue.

Éric et Luc

Pour preuve cet exemple qu’il aimait citer pour parler du palindrome [mot ou phrase qui se lit de gauche à droite comme de droite à gauche, ndlr] : « Éric notre valet alla te laver ton ciré ». Exemple qu’il complétait en précisant que l’on peut sans problème remplacer Éric par Luc…

Jacques Capelovici aurait donc apprécié l’exercice de style de Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, alors journalistes à Libération, qui signent un hommage de très bon aloi à cet érudit populaire et rigolard.

2016-09-16

C’été un belle homage a Maitre Capello