Serge Joncour : la solitude du romancier au moment de lancer un atelier d’écriture

La solitude du romancier animant un atelier d’écriture. Tentant de débuter l’atelier face à un public méfiant, fermé. En l’occurrence, le public a des raisons de s’inquiéter. Le narrateur de L’écrivain national, de Serge Joncour, arrive avec des vêtements maculés de boue, l’air hagard. Un fait divers l’obnubile, le hante, au point que son comportement inquiète les habitants de cette petite ville qui l’accueille pour quelques semaines en résidence d’auteur.

Mais le romancier n’est pas un novice et c’est l’occasion pour lui (pour Serge Joncour ?) de nous livrer quelques-uns de ses petits secrets.

« Au pire je me replie… »

« Face à moi, assis autour des tables en plus, ils étaient une bonne douzaine, je les sentais aussi farouches que des élèves face a un nouveau prof même si, en la circonstance, ils avaient là un auteur totalement décrédibilisé. […]

Alors je fis vite diversion en parlant de ce qu’on allait faire, je réfléchissais tout haut, je ne savais pas quoi leur donner comme exercice, pour chaque nouvel atelier d’écriture j’improvise en fonction de ce que je ressens des personnes présentes, au pire je me replie sur les exercices de base, la prosopopée ou l’écriture d’une histoire à partir de dix mots piochés ou hasard dans le dictionnaire, chacun la sienne.

Ou bien encore on pourrait se lancer dans la séquence narrative alphabétique, ce serait plus simple, oui sans doute qu’on ferait cela, écrire une très longue phrase dont chaque mot commence par une des lettres de l’alphabet prises dans l’ordre. Mais c’est participants-là, je les trouvais curieusement déboussolés, je sentais qu’ils étaient perdus dans mes explications. Dans leurs regards, je devinais même de la défiance, déjà il se méfiais de moi, alors qu’on n’avait encore rien fait. »

L’écrivain national, de Serge Joncour, Flammarion, 2014, 390p. 21€.

A lire aussi :

Serge Joncour : le style, côté cour.

Publicités
Serge Joncour : la solitude du romancier au moment de lancer un atelier d’écriture

Ali Zamir : une seule longue phrase pour ne pas être interrompu…

Son deuxième roman, Mon étincelle, paraît le 7 septembre aux éditions Le Tripode. Ali Zamir, auteur comorien d’une trentaine d’années, s’est fait remarquer à la rentrée littéraire 2016 avec son premier livre, Anguille sous roche (à paraître en poche le 5 octobre). L’histoire d’Anguille, une jeune fille en train de se noyer, qui voit défiler ses souvenirs au rythme d’une très longue et unique phrase qui flue et reflue sur plus de trois cents pages.

Pourquoi écrire un roman en une seule phrase ? A cette question de Baptiste Liger, Ali Zamir répondait (L’Express 3404 du 28 septembre 2016) :

« S’il n’y avait pas eu l’urgence et la nécessité d’écrire, je n’aurais pas utilisé ce procédé stylistique ».

Ce projet renvoie à son enfance : « J’avais horreur qu’on m’interrompe quand j’essayais de formuler une phrase pour exprimer mes inquiétudes, mes envies et mes peines. Et surtout quand on feignait de chercher à me comprendre alors qu’on se moquait de moi.

C’est pour cela que j’ai choisi, comme seul signe de ponctuation, la virgule. »

Un extrait bientôt dans la rubrique de ce blog consacrée aux phrases longues (avec Jean-Philippe Toussaint, Marie-Hélène Lafon, Laurent Binet, Philippe Jaenada…). Et la phrase édito à (re)découvrir.

Ali Zamir : une seule longue phrase pour ne pas être interrompu…

La lecture à voix haute ? « Ecrire n’avait pas suffi »

« Je dis lecture, pour souligner les yeux baissés, l’attention portée au texte comme un marcheur à son chemin, la fragilité, la dépendance, une sorte de bague au doigt de l’instant, l’acteur quand il lit un texte, qui est-il ? Et qui suis-je moi qui le reçoit ? Il ne me rend rien. C’est pire, plus grave. Il me donne. Et j’ai l’impression d’entendre pour la première fois, j’ai l’impression qu’il me donne enfin le texte, et qu’écrire n’avait pas suffi. »

Dominique Sampiero

Celui qui dit les mots avec sa bouche, collection l’arbalète, Gallimard.

La lecture à voix haute ? « Ecrire n’avait pas suffi »

Flaubert à Maupassant : « Faites-moi voir, par un seul mot… »

« Quelle que soit la chose qu’on veut dire, il n’y a qu’un mot pour l’exprimer, qu’un verbe pour l’animer et qu’un adjectif pour la qualifier. Il faut donc chercher, jusqu’à ce qu’on les ait découverts, ce mot, ce verbe et cet adjectif, et ne jamais se contenter de l’à-peu-près, ne jamais avoir recours à des supercheries, mêmes heureuses, à des clowneries de langage pour éviter la difficulté. »

Dans la préface de Pierre et Jean, intitulée Le roman, Guy de Maupassant développe ses idées sur lécriture réaliste et naturaliste et reprend les conseils que lui administrait son maître, Gustave Flaubert.

Flaubert lui disait : « Quand vous passez devant un épicier assis sur sa porte, devant un concierge qui fume sa pipe, devant une station de fiacres, montrez-moi cet épicier et ce concierge, leur pose, toute leur apparence physique contenant aussi, indiquée par l’adresse de l’image, toute leur nature morale, de façon à ce que je ne les confonde avec aucun autre épicier ou avec aucun autre concierge, et faites-moi voir, par un seul mot, en quoi un cheval de fiacre ne ressemble pas aux cinquante autres qui le suivent et le précèdent. »

À lire aussi : 

Le « vieux journaliste méticuleux » de Maupassant.

Gustave Flaubert : « Bien écrire est tout ».

Flaubert à Maupassant : « Faites-moi voir, par un seul mot… »

Karina Hocine : l’éditeur a une « conscience aiguë de la fragilité de la création »

Être attentif à l’auteur, explique Karina Hocine, éditrice aux éditions Jean-Claude Lattès, c’est aussi repérer le moment où il convient d’arrêter le travail éditorial. Car la réécriture a ses limites.

Karina Hocine est l’éditrice de Delphine de Vigan.

« Cela réclame beaucoup d’attention. Parfois, en lisant un manuscrit que vous avez encouragé l’auteur à retravailler, vous réalisez que la version précédente était en fait meilleure. Mais il fallait qu’il y ait eu ce pas de trop pour en prendre conscience.

Parfois aussi, l’éditeur sent tout simplement que le romancier est arrivé au bout, il n’a plus envie.

On est dès lors au bord du dévoiement – alors que ce qu’il fait aussi la beauté d’une œuvre, c’est sa fraîcheur, sa sincérité, sa vérité. Il faut toujours garder en tête la conscience aiguë de la fragilité de la création. »

(Publié dans Télérama 3523 du 19/07/2017).

Karina Hocine : l’éditeur a une « conscience aiguë de la fragilité de la création »

Zola et le journalisme (en quelques liens)

L’interview est une chose très compliquée, extrêmement délicate, pas facile du tout. […] Les journaux devraient donc confier les interviews à des têtes de ligne, à des écrivains de premier ordre, des romanciers extrêmement habiles, qui, eux, sauraient tout remettre au point. Mais voilà : les hommes de grand talent sont employés à autre chose… Heureusement pour eux !

(in Le Figaro, 12 janvier 1893).

Tiré de l’article de Retronews, Emile Zola interviewé sur l’interview.

A lire aussi :

Zola et la formule nouvelle : l’information.

Zola et la surexcitation nerveuse due au journalisme.

Pour Zola, le journalisme est le meilleur apprentissage de la langue.

 

 

Zola et le journalisme (en quelques liens)