Il y a 40 ans, Deleuze et la « pensée-interview »

J’ai trouvé sur le passionnant site Œuvres Ouvertes ce propos du philosophe Gilles Deleuze, dont la modernité, quarante ans après sa publication, rend urgente la lecture. L’extrait est tiré d’un texte publié comme Supplément au n°24, mai 1977, de la revue Minuit.

C’est pourquoi, à la limite, un livre vaut moins que l’article de journal qu’on fait sur lui ou l’interview à laquelle il donne lieu. Les intellectuels et les écrivains, même les artistes, sont donc conviés à devenir journalistes s’ils veulent se conformer aux normes. C’est un nouveau type de pensée, la pensée-interview, la pensée-entretien, la pensée-minute. On imagine un livre qui porterait sur un article de journal, et non plus l’inverse.

(© Gilles Deleuze _ 10 novembre 2016)

 

 

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Il y a 40 ans, Deleuze et la « pensée-interview »

Patrick Besson : « Les médias ont une mission impossible… »

Je ne sais pas trop où, en ce moment, Patrick Besson se situe littérairement. Ni politiquement. Reste que ses talents de bretteur et de chroniqueur acerbe restent intacts.

Pour preuve cet extrait de son article dans le numéro 151 de l’hebdomadaire Le 1, consacré aux médias (Les médias faussent-ils l’élection ?).

Sa remarque, en tout cas, mérite qu’on s’y arrête en cette période post-électorale, où certaines rédactions et sociétés de journalistes s’inquiètent pour la liberté de la presse.

« Les médias ont une mission impossible, quel que soit le régime politique : informer. En démocratie, le journaliste est aux ordres du capital. En dictature, à ceux du pouvoir. »

D’autres formules tirées de l’article de Patrick Besson.

« Le journalisme est un métier impossible, sauf si on décide de le faire mal. Ou alors on évite la rubrique politique. »

« L’information ne leur étant pas autorisée, les médias recourent aux révélations, voire aux dénonciations. »

« Tout est important sur terre sauf les médias. Un jardinier a plus de pouvoir qu’un journaliste : il fait pousser une fleur. Ces poseurs de questions ne posent pas pour la postérité : des feuilles de calendrier chaque jour détachées. »

Patrick Besson : « Les médias ont une mission impossible… »

Bernard Pivot : la dépendance du journaliste à l’éphémère

« Devenir journaliste, c’est prononcer des vœux pour une vie tout entière tournée vers les nouveautés de l’heure. »

C’est ce qu’affirme Bernard Pivot dans son nouveau livre La mémoire n’en fait qu’à sa tête, paru chez Albin Michel. Toujours tourné vers le présent, la nouveauté, Bernard Pivot était aussi souvent plongé dans des livres qui n’avaient d’autre intérêt que d’être dans l’air du temps.

« En sorte que je n’ai pas su donner de place à l’inactuel, à l’intemporel, au libre vagabondage de ma curiosité. Je n’ai pas été disponible pour l’aventure anachronique. Soumis à la tyrannie de l’information, je me suis privé des plaisirs de partir ailleurs, corps ou esprit, sans souci de l’agenda et de l’horloge.

Si je calcule le nombre d’heures que j’ai consacrées, ma vie durant, chaque jour, à la lecture de la presse, à l’écoute des journaux, de la radio et de la télévision, si je les traduis, oh, non pas en semaines ni en mois, mais en années, comment ne pas être horrifié par ma dépendance à l’éphémère ? »

Bernard Pivot, La mémoire n’en fait qu’à sa tête, Albin Michel, 229p. 18€.

Bernard Pivot : la dépendance du journaliste à l’éphémère

Gustave Flaubert : les journaux, « ne pouvoir s’en passer »

La formule est connue. Tirée du Dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert, elle n’est qu’un extrait de l’entrée du mot « Journaux ». Le texte, publié en 1913 de manière posthume, reste toujours d’actualité.

JOURNAUX. Ne pouvoir s’en passer mais tonner contre. Leur importance dans la société moderne. Ex. : Le Figaro. Les journaux sérieux : La Revue des Deux Mondes, l’Economiste, le Journal des Débats ! il faut les laisser traîner sur la table de son salon, mais en ayant bien soin de les couper avant. Marquer quelques passages au crayon rouge produit aussi un très bon effet. Lire le matin un article de ces feuilles sérieuses et graves, et le soir, en société, amener adroitement la conversation sur le sujet étudié afin de pouvoir briller.

A lire aussi :

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Frédéric Gros : « Les journaux n’ont aucune mémoire »

« (…) La lecture des journaux ne nous apprend jamais en effet que ce qu’on ne savait pas encore. D’ailleurs, c’est exactement ce que l’on recherche : du nouveau. Mais ce qu’on ne savait pas, c’est précisément ce qu’on oublie aussitôt.
Parce qu’une fois qu’on sait, il faut laisser place à ce qu’on ne sait pas encore et qui viendra demain.
Les journaux n’ont aucune mémoire : une nouvelle chasse l’autre (…). Dès qu’on marche, les nouvelles n’ont plus d’importance. »

Marcher, une philosophie de Frédéric Gros, coll. Champs essais, éd. Flammarion.

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Frédéric Gros est philosophe, spécialiste de Michel Foucault. Il a signé en 2016 chez Albin Michel un roman intitulé Possédées.

(Merci à Cécile L. pour le partage).

Frédéric Gros : « Les journaux n’ont aucune mémoire »