Patrick Besson : « Les médias ont une mission impossible… »

Je ne sais pas trop où, en ce moment, Patrick Besson se situe littérairement. Ni politiquement. Reste que ses talents de bretteur et de chroniqueur acerbe restent intacts.

Pour preuve cet extrait de son article dans le numéro 151 de l’hebdomadaire Le 1, consacré aux médias (Les médias faussent-ils l’élection ?).

Sa remarque, en tout cas, mérite qu’on s’y arrête en cette période post-électorale, où certaines rédactions et sociétés de journalistes s’inquiètent pour la liberté de la presse.

« Les médias ont une mission impossible, quel que soit le régime politique : informer. En démocratie, le journaliste est aux ordres du capital. En dictature, à ceux du pouvoir. »

D’autres formules tirées de l’article de Patrick Besson.

« Le journalisme est un métier impossible, sauf si on décide de le faire mal. Ou alors on évite la rubrique politique. »

« L’information ne leur étant pas autorisée, les médias recourent aux révélations, voire aux dénonciations. »

« Tout est important sur terre sauf les médias. Un jardinier a plus de pouvoir qu’un journaliste : il fait pousser une fleur. Ces poseurs de questions ne posent pas pour la postérité : des feuilles de calendrier chaque jour détachées. »

Patrick Besson : « Les médias ont une mission impossible… »

Asli Erdogan honore « les cris silencieux de toutes les victimes »

Asli Erdogan, journaliste et romancière turque, a été emprisonnée quatre mois pour avoir critiqué le gouvernement de son pays. Elle est maintenant sous contrôle judiciaire jusqu’à la tenue de son procès, en juin. Le 9 mai, à Amsterdam, elle a obtenu le prix Princess Margriet Award for Culture 2017, qui vise « à renforcer la cohésion sociale par la culture ». Elle a dédié cette récompense aux « cris silencieux de toutes les victimes ». Quelques jours plus tôt, Asli Erdogan accordait un long entretien au Monde. Elle évoque avec force et émotion comment elle est « entrée en littérature ». Extrait.

« Et puis les sujets m’ont happée les uns après les autres. Tant de tragédies ! Comment pourrions-nous les taire ? Il faut faire entendre la voix des victimes. Il faut trouver les mots et les procédés littéraires les plus à même de toucher les lecteurs qui n’ont pas envie d’être confrontés au drame ou à la violence.

Il faut ! Il faut ! Le langage journalistique n’est pas suffisant. Le recours à l’art et à la littérature est indispensable. J’ai travaillé comme une dingue. Je vérifiais mille fois chaque chose. (…)

Mais qu’on n’exige pas de moi une objectivité qui consisterait à mettre sur le même plan la victime et son bourreau. Ce serait une honte ! Quand on observe un homme battre une femme, l’objectivité consiste à soutenir la femme. »

 

Asli Erdogan honore « les cris silencieux de toutes les victimes »

Christophe Barbier, « tuteur pour lierre rampant »…

Les journalistes ont mauvaise presse. Pourtant, dans leur ensemble, ils continuent de faire leur boulot. Dans des conditions de plus en plus précaires, dans des situations de plus en plus difficiles. Ballottés entre mutualisation et regroupement, entre pressions et plan de licenciement.

Cela dit, certains aiment créer la polémique, histoire de se goberger d’être encore et toujours au centre des discussions. Enfin, certains… en l’occurrence Christophe Barbier, directeur de la rédaction du magazine L’Express jusqu’en octobre 2016, aujourd’hui dans quelque fonction brumeuse de conseiller du groupe Altice Media.

Des idées sur rien

Christophe Barbier, donc, dont ceux qui l’ont approché disent qu’il a « un avis sur tout mais des idées sur rien » — compétence qui lui permet de continuer à exercer les fonctions d’éditorialiste.

Ah, l’éditorialiste ! Barbier, l’homme à l’écharpe rouge qui ne s’écharpe plus avec personne depuis qu’il a gagné sa jolie petite place au soleil germanopratin, en a donné récemment, dans un article du JDD (rédigé par des étudiants en journalisme), une définition en termes si nobles, si choisis, qu’elle mérite de figurer dans le musée des archaïsmes de la profession.

Pas de « terrain » pour cet homme-là, vous l’allez voir. Il risquerait, en plus, d’y croiser ce « lierre rampant » qu’est le commun des mortels…

Olivier Quelier

Les réseaux sociaux ont déjà partagé des extraits de l’article du JDD, comme le montrent les tweets repris ci-dessous.

 

Christophe Barbier, « tuteur pour lierre rampant »…

Bernard Pivot : la dépendance du journaliste à l’éphémère

« Devenir journaliste, c’est prononcer des vœux pour une vie tout entière tournée vers les nouveautés de l’heure. »

C’est ce qu’affirme Bernard Pivot dans son nouveau livre La mémoire n’en fait qu’à sa tête, paru chez Albin Michel. Toujours tourné vers le présent, la nouveauté, Bernard Pivot était aussi souvent plongé dans des livres qui n’avaient d’autre intérêt que d’être dans l’air du temps.

« En sorte que je n’ai pas su donner de place à l’inactuel, à l’intemporel, au libre vagabondage de ma curiosité. Je n’ai pas été disponible pour l’aventure anachronique. Soumis à la tyrannie de l’information, je me suis privé des plaisirs de partir ailleurs, corps ou esprit, sans souci de l’agenda et de l’horloge.

Si je calcule le nombre d’heures que j’ai consacrées, ma vie durant, chaque jour, à la lecture de la presse, à l’écoute des journaux, de la radio et de la télévision, si je les traduis, oh, non pas en semaines ni en mois, mais en années, comment ne pas être horrifié par ma dépendance à l’éphémère ? »

Bernard Pivot, La mémoire n’en fait qu’à sa tête, Albin Michel, 229p. 18€.

Bernard Pivot : la dépendance du journaliste à l’éphémère

Marguerite Duras : « J’ai toujours aimé ça, l’urgence de l’écriture journalistique »

Journaliste, Marguerite Duras le fut, et pas qu’un peu. Enfin, disons qu’elle a beaucoup écrit pour des magazines et des quotidiens comme Le Monde, France-Observateur (puis Le Nouvel Observateur), Vogue, Libération, L’Autre Journal… Fascinée par les faits divers presque autant que par elle-même, elle a écrit sur des tas de sujets, de l’affaire Grégory à Michel Platini… Dans un livre d’entretien intitulé La Passion suspendue, Duras évoque notamment le journalisme. Extraits.

L’écriture

J’ai toujours aimé ça, l’urgence de l’écriture journalistique. Le texte doit avoir en soi la force — et pourquoi pas les limites — de la hâte avec laquelle il a été rédigé. Avant d’être consommé et jeté.

Le besoin

Il m’est devenu nécessaire, tout à coup, d’exposer publiquement ce que je pensais, à l’endroit de certains sujets. Un besoin de sortir au grand jour, de me mesurer à moi-même hors des murs de ma chambre. J’ai commencé à rédiger des articles dans mes moments de vide, dans les pauses de mon écriture quotidienne. Quand j’écrivais un livre, je ne lisais même pas les journaux. Mais les papiers, vous ne pouvez pas imaginer, me prenaient beaucoup de temps, la tension était très forte, même si je faisais ça depuis des années.

La fonction  

Créer une opinion publique autour d’événements qui, autrement, passeraient inaperçus ? Je ne pense pas qu’il puisse exister une objectivité professionnelle : je préfère une nette prise de position. Une espèce de posture morale. Ce dont un écrivain peut parfaitement se passer dans ses propres livres.

Marguerite Duras, La Passion suspendue. Entretiens avec Leopoldina Pallotta della Torré, Seuil, 2013.

À lire également : 

Duras : « Laisser souffler le vent du livre… »

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Journalisme : le contact et la distance

En cette période de campagne présidentielle, il est bon de relire ce propos très connu du fondateur du Monde, Hubert Beuve-Méry.

Télérama a d’ailleurs consacré un long article aux médias, dans son édition du 15 mars 2017. Intitulé « Presse et pouvoir : une proximité qui dérange », il revient sur la connivence, dont certains se réclament, comme Franz-Olivier Giesbert, et la difficile place que doivent tenir les journalistes dans leurs relations avec les politiques.

En 2016, l’historien Alexis Lévrier a consacré un livre au sujet : Le contact et la distance. Le journalisme politique au risque de la connivence, éditions du Celsa.

L’article est aussi l’occasion de compléter le propos d’Hubert Beuve-Méry qui déclarait :

« Le journalisme, c’est à la fois le contact et la distance. Les deux sont nécessaires. Tantôt il y a trop de contact, et pas assez de distance. Tantôt c’est l’inverse. Un équilibre difficile ».

Journalisme : le contact et la distance