Petit poème intertextuel… et alcoolisé

Je bois, systématiquement
Pour oublier les amis de ma femme
Je bois, systématiquement
Pour oublier tous mes emmerdements…
Allez viens boire un p’tit coup à la maison
La Madelon, viens nous servir à boire !
Ah ! Le petit vin blanc, qu’on boit sous les tonnelles…
Où as-tu mal, pourquoi as-tu mal
Ah t’as mal à la tête
Mais bois un peu moins aujourd’hui tu boiras plus demain
Et encore plus après-demain

Le sable chaud, le soleil quelle misère
J’aurais donné ma vie pour boire une bière
La bière. La bière.
Qu’est-ce qu’elle a fait de moi la bière ?
Qu’est-ce qu’elle a fait de moi?
La bière. La bière.
C’est comme si c’était mon frère.
Où as-tu mal, pourquoi as-tu mal
Ah t’as mal à la tête
Qui veut chasser une migraine
N’a qu’à boire toujours du bon

Je bois, systématiquement
Pour oublier tous mes emmerdements
C’est à boire, à boire, à boire,
C’est à boire qu’il nous faut
Je suis bourré bourré bourré
De bonnes intentions
Plus je bois, plus je bois, plus je bois,
Plus je bois
Plus je crois plus je crois plus je crois,
Qu’on est tout seul avec soi, avec soi, avec soi,
Même si on n’en a pas l’air

Merci à Boris Vian, Tri Yann, Grand Jojo, Licence 4, les garçons bouchers, Hoshi, Charles Aznavour, Claude Nougaro.

Dans la même série : le Petit poème intertextuel du bonheur.

 

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Petit poème intertextuel… et alcoolisé

Lecture, lectures… [citations]

“Une heure de lecture est le souverain remède contre les dégoûts de la vie. » Montesquieu

 

 

 

 

 

« Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux. » Jules Renard

 

 

 

 

 

« Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé. » Montesquieu

 

Lecture, lectures… [citations]

Denis Grozdanovitch : prendre Emile Littré aux mots

C’est un ouvrage au format poche modeste et incontournable pour tous les amateurs de mots. Essentiel parce que dispensable, Le petit Grozda tient du livre de chevet. Pas une somme ni un pensum. Non. Denis Grozdanovitch, alerte champion de tennis à la retraite, écrivain depuis une quinzaine d’années, préfère le partage léger à l’érudition lourde.

Philippe Delerm ne s’y est pas trompé, qui l’a accueilli dans sa collection Le goût des mots qu’il dirige chez Points : « Je ne crois pas exagérer en affirmant que Denis Grozdanovitch est, plus qu’un passeur, une passerelle à lui tout seul, un esprit malicieux et subtil (…). Dans ce Petit Grozda, il y a l’idée que l’humour le plus vivant, le plus actuel prend toute sa fraîcheur en s’élançant sur la connaissance du passé. »

Exercice d’admiration

Avec cet ouvrage riche d’invention, d’humour, de citations et d’anecdotes, Denis Grozdanovitch signe un bel exercice d’admiration envers Emile Littré.

Dans son introduction, il raconte les origines de sa marotte, la collection des mots rares, piochés au fil des ans dans le fameux dictionnaire.

Cette passion prend tout son sens quand elle est partagée et permet à chacun — « Gros-jean béatement Hugolâtre, trainsporter tristement soupe-tout-seul, Orinthophile un peu Niaisot, Lundi ardent Observantin, Roger-bontemps inconsciemment Souffre-bonheur, Scapin horriblement singeur, Bureaumane-Lucubrateur, Bébé-Lunicole, Paumier-Bricoleur tourné écrivassier… ».

A chacun d’apprécier la pleine saveur de mots qui ne demandent qu’à retrouver le goût du jour.

Olivier Quelier.

Voici une petite sélection de dix mots, en lien avec la langue et son usage.

Atticisme : délicatesse de goût et de langage.

Battologie : répétition oiseuse et fastidieuse des mêmes pensées dans les mêmes termes.

Cacographie : orthographe vicieuse.

Datisme : manière de parler ennuyeuse dans laquelle on entasse plusieurs synonymes pour exprimer la même chose.

Jeannotisme : vice de langage qui vise à établir entre les mots des relations qui ne peuvent raisonnablement subsister, et cela par des hyperbates (ex. : Je viens chercher du bouillon pour ma mère qui est malade dans un petit pot).

Métromanie : manie de faire des vers.

Okygraphie : manière d’écrire extrêmement rapide.

Schibbboleth : langage ou manières qui appartiennent à des groupes exclusifs, qui désignent ceux qui en sont et excluent ceux qui n’en sont pas.

Stampomanie : manie de se faire éditer.

Zoïle : mauvais critique.

Le petit Grozda – Les merveilles oubliées du Littré, de Denis Grozdanovitch. Points, « Le goût des mots », 7, 40€.

Denis Grozdanovitch : prendre Emile Littré aux mots

Le chanteur Pierre Lapointe récite l’alphabet « de nos fragiles existences »

Poétique chanteur québécois vedette chez lui mais encore peu connu en France, Pierre Lapointe a sorti récemment un album intitulé La science du cœur. Parmi les titres, cet étrange Alphabet peuplé notamment par Otto Dix, Jim Morrison et David Cronenberg.

A, toujours faire rimer amour avec toujours
B, les initiales BB
C, pour toi, oh blanche cocaïne
D, souvenir du Daba Zurich
E, l’ectoplasme qui sort de ta bouche
F, la femme qui se réveille en toi
G, La reine gastronomique des sens
H, les homos hurlent à la lune
I, l’intelligence de ne pas choisir
J, le jour qui repousse la nuit
K, les infinis multiples du kaléidoscope
L, les larmes qui mènent vers le déni
M, Morrison dans sa baignoire au 17 rue Beautreillis
N, toujours chérir la naïveté
O, la renaissance d’Otto Dix
P, les fashion pirates de Vivienne Westwood
Q, toujours des questions sans réponse
R, le rythme rapide de Steve Reich
S, Salvador et Amanda
T, la tristesse moteur de tes joies
U, l’uranium 235 de Tchernobyl
V, les voitures froissées de David Cronenberg
W, Walter Van Beirendonck est grand
X, la génération prémâchée
Y, deux amoureux sous le ciel de Yellow Knife
Z, l’humain habite dans un zoo

Chacune des lettres de l’alphabet
nous empêche de rester muet
Comme une mélodie divine,
elles évoquent en nous la doctrine
de nos fragiles existences
trop souvent vidées de leur sens

La chanson à écouter ICI.

Le chanteur Pierre Lapointe récite l’alphabet « de nos fragiles existences »

Le désordre amoureux : un Chiflet des lettres

Jean-Loup Chiflet déclare sa flamme à la langue française dans un dictionnaire amoureux de plus de 700 pages. Un livre foutraque mais au plaisir communicatif.

Il y manque sans doute un peu d’ordre et de rigueur. De ce qui fait la différence entre le dictionnaire, fût-il amoureux, et le fourre-tout sympathique et subjectif.

Dans son ouvrage, Jean-Loup Chiflet ne cesse de déclarer sa flamme à la langue française. Au risque de s’y brûler parfois. Certaines listes, certains jeux de mots circulent tellement sur Internet que le sel s’en est évaporé. D’autres listes, elles, perdent de leur intérêt tant elles s’étalent sur des pages et des pages : dix sur les nouveaux mots de la Révolution ; vingt-cinq sur les nuances entre mots, alors que l’anecdote placée en exergue les vaut toutes !

Mais passons. Le dictionnaire amoureux de la langue française de Chiflet est riche de plus de 730 pages. C’est dire que ce passionné des mots a l’espace pour se faire plaisir et offrir aux lecteurs ses souvenirs, ses amours et ses anecdotes.

Fleurs de rhétorique

On s’amusera avec les aptonymes — ces noms qui correspondent à la profession de ceux qui les portent : docteur Bargeot, psychiatre ; Paul Amen, prêtre. On se cultivera en découvrant les gentilés (les noms des habitants de communes). On se posera des questions essentielles : d’où vient le mot alphabet ? Quelle différence entre un auteur et un écrivain ? On se délectera d’expressions régionales ; on « montera sur son poironnier », rouge de colère, face au politiquement correct ; on révisera les figures de style, rebaptisées « fleurs de rhétorique », dont la présentation, forcément incomplète, est bien replacée dans le fil de l’histoire de la langue française.

L’autre intérêt de ce dictionnaire personnel et partageur réside dans le panthéon des serviteurs de la langue, que Chiflet ouvre à Balzac, Baudelaire, La Fontaine, Hugo, Racine, Camus, Flaubert, Aragon… Sa passion du français éclate avec talent et générosité. On aime ce dico comme Chiflet aime la langue française : autant « pour ses trésors que pour ses insuffisances et ses défauts ».

Olivier Quelier

Dictionnaire amoureux de la langue française, de Jean-Loup Chiflet, Plon.

Le désordre amoureux : un Chiflet des lettres

Michel Tournier : « Fini le charabia. Voici mon vrai style, destiné aux enfants de 12 ans »

« Oui, je travaille dans le sens de l’épuration, de la simplicité. Mon rêve ? Que La goutte d’or puisse être lu par des enfants de douze ans ! Au début de mon œuvre, j’avais Thomas Mann pour idéal, aujourd’hui, c’est Kipling et London… Tenez, je vais vous donner un exemple précis qui n’aura pas besoin de commentaire. Dans Vendredi ou les Limbes du Pacifique, j’écrivais : « Sur la plage, la yole et la pirogue commençaient à s’émouvoir inégalement des sollicitations de la marée montante ». D’une telle phrase, il y a quinze ans, j’étais très fier. Eh bien, deux ans plus tard, je donnais Vendredi ou la Vie sauvage et cette même phrase est devenue : « Sur la plage, le canot et la pirogue commencent à tourner, atteints par les vagues de la marée montante. » Fini le charabia. Voici mon vrai style, destiné aux enfants de douze ans. Et tant mieux si ça plaît aux adultes. Le premier Vendredi était un brouillon, le second est le propre. Pour La goutte d’or, il n’y aura pas eu de brouillon. »

Cité par Claudette Oriol-Boyer dans l’ouvrage La réécriture (Ceditel).

Michel Tournier : « Fini le charabia. Voici mon vrai style, destiné aux enfants de 12 ans »