Josette Hersent : l’intemporelle présence de sa poésie

Je connais bien Josette Hersent. J’aime sa présence discrète mais infaillible et j’apprécie sa poésie. Elle distille l’une et l’autre sur Twitter, offrant au site un inestimable petit supplément de subtile humanité. La rencontre peut se poursuivre sur son blog ou sur papier puisque l’auteur a déjà publié plusieurs recueils : Blaise ou la symphonie inachevée, Deux dates sur une pierre et le dernier en date, Intemporel. Tous trois aux éditions du Chameau.

La strophe de référence de Josette Hersent est le quatrain, l’alexandrin sa métrique favorite. Ne pas en tirer de conclusion hâtive : le classicisme n’est pas ici un carcan dont elle ne sait s’extirper pour proposer d’autres rythmes, d’autres formes. Et les thèmes abordés sont, justement nommés, hors du temps. L’amour, l’absence, l’enfance… Quoi d’autre, sinon la « rambleur » minérale des paysages, le souffle des souvenirs et l’essoufflement du temps.

En exergue de son ouvrage, Josette Hersent cite Camus et Villiers de L’Isle-Adam : « Je n’écris que pour les personnes atteintes d’âme ». Elle, sait aussi, avec simplicité, ouvrir et embellir la nôtre. C’est pourquoi ses mots nous sont précieux, ses recueils plus encore :

« Un livre est fait pour ca

Pénétrer ton chez toi

Passer par tes fenêtres

S’inviter dans ta tête

Puis finir dans tes bras »

Olivier Quelier

Publicités
Josette Hersent : l’intemporelle présence de sa poésie

Philippe Djian : « La littérature, la vraie, ne s’enseigne pas »

On ne peut pas faire de vous un écrivain au sens où moi je l’entends, mais on peut faire de vous un scénariste ou quelqu’un qui publie. La littérature, la vraie, en effet, ne s’enseigne pas. Mais tout le monde peut s’améliorer, à force de travail. En travaillant, on peut écrire, et très bien, à quoi ressemble le bleu du ciel. C’est une question de travail. Ça ne peut pas s’apprendre, mais ça peut s’enseigner. On peut aussi vous enseigner à structurer un récit. C’est ce que nous prouvent tous les jours ces gens qui viennent des Etats-Uni pour nous expliquer comment faire un scénario, comment écrire une série. Il y a des tas de gens qui prennent des cour de dessin, des cours de scénario, et ça fonctionne ! Mais ils n’écriront jamais de la littérature, c’est-à-dire Ulysse ou Guerre et paix. Donc oui, vous pouvez apprendre à travailler pour faire partie des 95 % des bouquins qui encombrent les librairies. Mais les 5 % qui restent, les vrais écrivains, ceux-là sont hors de portée et personne ne peut, en effet, s’engager à vous transformer en l’un d’eux.

Philippe Djian anime désormais des ateliers d’écriture, notamment pour Gallimard/NRF. Et, entre ce qu’il affirmait dans le texte ci-dessus, datant de 2010, et aujourd’hui, il semble avoir changé d’idée. Il déclare à propos de son atelier intitulé Marcher sur la queue du tigre (réveiller ce qui est endormi) : « Il nous a fallu du temps. Je ne sais combien de générations pour l’admettre. Malgré les évidences, les preuves accumulées. Nous en rions aujourd’hui, mais le chemin a été long, les résistances terribles. Je me souviens de la risée que cela provoquait parfois. Pour certains, pour beaucoup, ces ateliers d’écriture ne servaient à rien car écrire ne pouvait s’apprendre. En grande partie, ils avaient tort. »

Il parle de cette activité dans cet entretien.

Philippe Djian : « La littérature, la vraie, ne s’enseigne pas »

Yves Bichet : « « Ecrire des romans (…) cela ne protège pas de grand-chose…

Dans un article paru dans Libération, Yves Bichet aborde l’écriture et son travail d’écrivain, qu’il qualifie d’artisanal.

« Ecrire des romans, c’est concevoir des destinées, accueillir des personnages, ouvrir certaines portes, alimenter des rêves, poser des questions sans réponse mais, au fond, cela ne protège pas de grand-chose… Un journal, dans un sens, abrite mieux. Il protège du cynisme, de l’ignorance et d’une forme de rage latente, tapie au plus profond, qui aveugle et dépite même les plus lucides.

Je suis un artisan, donc un homme d’outils. Je ne comprends rien aux proclamations de ceux qui découvrent l’outil. Les nouvelles techniques de communication créent un monde aux potentialités fabuleuses mais résolument outrées, un monde qui n’en finit pas de contempler son propre renouveau, comme si la perceuse, le perforateur ou le marteau-piqueur, sous prétexte qu’ils sont rapides et efficaces, qu’ils remisent le marteau aux oubliettes, méritaient à présent un véritable culte. Une vénération. Les artisans (les écrivains aussi, je l’espère) n’ont de vénération que pour le travail, jamais pour les outils du travail… »

Le texte complet est ICI.

Yves Bichet : « « Ecrire des romans (…) cela ne protège pas de grand-chose…

Annie Ernaux : « Je bute sur le désir de poésie »

« Le désir, je connais. Désir de soleil, d’avenir, d’homme, de fraises en hiver. Le désir de lire et celui d’aller à Venise. Mais je bute sur le désir de poésie. Sans doute parce que je ne sais pas dire ce qu’est la poésie.

Il me semble qu’elle est justement, seulement, un désir, celui d’atteindre par les mots le cœur du réel, de tout ce qu’il y a dans les autres désirs et leur inachèvement. Un désir qui traverse toute la littérature, sans distinction de genres et qui se confond pour moi avec celui d’écrire.

Il me semble l’avoir éprouvé pour la première fois l’été 2015, dans l’autocar qui relie Duclair à Caudebec. Le soleil se couchait sur la Seine.

Je me souviens de l’éblouissement de la lumière sur l’eau, des rives noires de la forêt de Bretonne, et du sentiment étrange que je ne pouvais pas me contenter de jouir du paysage, il fallait le fixer par l’écriture et ainsi aller « au-delà ». De quoi, je ne savais pas. Il en est encore ainsi. »

Annie Ernaux

(publié dans Poésie première n°16).

A lire aussi, de et sur Annie Ernaux :

« Les mots pour penser le monde aujourd’hui, je ne les aime pas »

« Voir pour écrire, c’est voir autrement »

« Ecrire, pour faire le tour d’une absence »

 

Annie Ernaux : « Je bute sur le désir de poésie »

Pierrette Fleutiaux en atelier d’écriture : « Soyez prédateurs ! »

Pierrette Fleutiaux, qui a animé des ateliers d’écriture chez Gallimard, avait l’habitude de rassurer les participants. Voici ce qu’elle leur déclare, et qui vaut pour tous ceux qui souhaitent se lancer. Soyons prédateurs !

L’interview complète est à lire ICI.

Pierrette Fleutiaux en atelier d’écriture : « Soyez prédateurs ! »

Pas de treizième lauréate pour le prix Goncourt

Cette année, le carré final des candidats au prix Goncourt affichait une parité parfaite : deux femmes (Véronique Olmi et Alice Zeniter) face à deux hommes (Yannick Haenel et Eric Vuillard). Alice Zeniter faisant office de favorite, j’ai mis à jour cet article écrit après que Lydie Salvayre ait été récompensée. Hélas pour elle, Alice Zeniter a confirmé son Art de perdre face à Eric Vuillard dont le couronnement était bien à L’ordre du jour.

En 2016, Leïla Slimani est récompensée par les jurés du prix Goncourt pour Chanson douce , publié chez Gallimard, devenant la douzième femme à obtenir ce prix. Deux ans plus tôt, c’était Lydie Salvayre avec Pas pleurer (Seuil). Douze femmes, seulement, en plus de 110 ans d’existence de l’Académie Goncourt.

Mais au fait, qui sont les dix précédentes lauréates ? Difficile question. Bel exercice de mémoire… Le premier nom qui vient à l’esprit est sans doute celui de Marguerite Duras, qui reçoit le prix en 1984 pour L’Amant (éditions de Minuit).

On se souvient aussi de Simone de Beauvoir, trente ans plus tôt (pour Les Mandarins, en 1954, publié chez Gallimard). Ou, plus récemment, de Marie Ndiaye, primée en 2009 pour Trois femmes puissantes, toujours chez Gallimard.

Le premier en 1944

Le premier Prix Goncourt est remis en 1903 à l’écrivain John-Antoine Nau pour Force ennemie. Il faut attendre plus de quarante ans pour que l’Académie, alors présidée par J.-H. Rosny jeune, récompense une femme. En 1944, à 48 ans, Elsa Triolet obtient le prix Goncourt pour Le premier accroc coûte 200 francs publié par Denoël.

Suivront, en 1952, Béatrix Beck pour Léon Morin, prêtre (Gallimard) puis deux ans plus tard, Simone de Beauvoir.

En 1962, c’est Anna Langfus — sans doute la plus méconnue de toutes les lauréates — qui reçoit le prix pour Les Bagages de sable (Gallimard), un roman évoquant la Shoah. Auteur de trois livres, Anna Langfus meurt à 46 ans, en 1966.

Le précédent en 2009

Cette année-là, c’est Edmonde Charles-Roux, future présidente de l’Académie Goncourt (c’est aujourd’hui Bernard Pivot qui en est le président), qui est récompensée pour Oublier Palerme (Grasset). Treize ans plus tard — en 1979 — Antonine Maillet et son roman Pélagie-la-Charrette (Grasset) sont distingués.

Les deux derniers prix du XXe siècle vont à Pascale Roze pour Le Chasseur Zéro (Albin Michel) en 1996 et à Paule Constant (Confidence pour Confidence, chez Gallimard) en 1998.

Olivier Quelier

 

Pas de treizième lauréate pour le prix Goncourt