Projet verbal

Pour les amoureux du français, les chasseurs d’anacoluthes, les férus de dictée, les obsédés de la syntaxe, les dubitatifs du participe passé, les frileux du français, les frivoles de la subtilité, les anorexiques du lexique, les désaxés de la syntaxe, les chaperons (pas toujours rouges) de la gram’maire, les erratiques de la sémantique

pour les collégiens que « tout » énerve (surtout devant un adjectif féminin) les lycéens lainfa… limphat… oui lymphatiques, les écoliers que colle la conjugaison

pour les barons du barbarisme, les toqués du solécisme, les plombés du pléonasme, pour les cinglés de la synecdoque, les assommants de l’assonance, les aliénés de l’allitération, l’illuminé de l’itération (oui, il est le seul)

pour les sensés qui raisonnent et ceux qui sont censés résonner

pour le roi des gros malins avec son succédé-que-même-au-pluriel-on-l’accorde-jamais

pour les accordés sur la concordance des temps, les résistants d’autant plus sur-les-dents que c’est d’au temps pour eux

pour les traqueux du quoique, les belliqueux du bien que

pour les fatiguants qui ne prennent pas de gants avec les adjectifs verbals et les verts de rage parce que bal ça fait beau au pluriel

pour les angoissés de l’antonyme, horrifiés de l’homonyme, pantelants du paronyme et circonspects du synonyme

les affligés de la négation, les négligés de l’affirmation

les ornithorynques (?) zélés de l’orthotypographie ; les diprodotons préhistoriques (on n’en croise plus guère) de l’anantapodoton-à-répéter-dix-fois-sans-fourcher

les autodidactes les dictateurs les autodictateurs de la didactique

les aliénés de l’allitération (encore eux), les consignés à la consonance

les intoxiqués les toxicos les lexicaux les ex æquo des quiz verbaux

les affûtés les moins futés, les passionnés, les agités du vocable, les têtes de linotte de la litote, les éphémères amis de l’euphémisme

les velléitaires, les volontaires, et même le Voltaire

qui mène son Projet

Olivier Quelier

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Projet verbal

Aimable Serdu, qui sabre les mots blamables

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Comme en écho au dessin de Deligne à propos des coquilles dans les journaux, voici l’illustration du belge Serdu.

Serdu (Serge Duhayon) est un dessinateur prolifique, sensible aux problèmes de société. Il a illustré les textes écrits par Patrick Traube et regroupé dans un recueil intitulé Où va le monde ?, publié aux éditions Convaincre.

(Merci à Alain Trémiseau et Anne Duvivier pour leurs contributions brèves mais décisives).

Aimable Serdu, qui sabre les mots blamables

Quand Pierre Perret chantait la réforme de l’orthographe (1992)

C’est l’une des polémiques du moment, qui nous renvoie 25 ans en arrière. En 1990, des rectifications de l’orthographe sont adoptées par le Conseil supérieur de la langue française. Deux ans plus tard, dans l’album Bercy Madeleine, Pierre Perret en fait une chanson croquignolette dont voici les paroles.

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La réforme de l’orthographe

Tous les cent ans les néographes
Font une réforme de l’orthographe
En rognant les tentacules
Des gardiens de nos virgules
On voit alors nos gens de lettres
Chacun proteste à sa fenêtre
Mes consonnes, au nom du ciel !
Touche pas à mes voyelles !

La réforme de l’orthographe
M’eût pourtant évité des baffes
Quand je tombais dans le panneau
De charrette et de chariot

Le Roi pourtant fut bien le Roué
Le François devint le Français
Et Molière mit aussi
Un y à mercy
Le véritable sacrilège
Serait de suivre ce cortège
De vieilles lunes alambiquées
Éprises de compliqué

La réforme de l’orthographe
M’eût pourtant évité des baffes
Quand du tréfonds de ma détresse
J’oubliais toujours l’S

Croquemonsieur et tirebouchon
N’ont plus besoin d’un trait d’union
Croquemadame et tapecul
N’en auront plus non plus
Contremaîtresse et contrefoutre
Eux-mêmes ne pourront passer outre
Entrecuisse et entrechat
N’ont pas non plus le choix

La réforme de l’orthographe
M’eût pourtant évité des baffes
C’est les cuisseaux et les levrauts
Qui me rendent marteau

Faudra aussi laisser quimper
Dans nos chères onomatopées
Ce trait unissant froufrou
Yoyo pingpong troutrou
On pourra souder nos bluejeans
Nos ossobucos nos pipelines
Vademecum exvoto
Feront partie du lot

La réforme de l’orthographe
M’eût pourtant évité des baffes
Mettre un T au bout de l’appât
Que n’avais-je fait là !

Et quand malgré nos vieux réflexes
On posera plus nos circonflexes
Sur maîtresse et enchaîné
On fera un drôle de nez
Mais les générations prochaines
Qui mettront plus d’accent à chaînes
Jugeront que leurs aînés
Les ont longtemps traînées

La réforme de l’orthographe
Contrarie les paléographes
Depuis qu’un L vient d’être ôté
À imbécillité

Quand Pierre Perret chantait la réforme de l’orthographe (1992)

Évolution de l’orthographe : un beau terrain d’investigation

Il pourrait devenir un incontournable pour tous les écrivants, amateurs ou professionnels. Un usuel, au même titre que le Grevisse* ou le Jouette** pour les secrétaires de rédaction, les correcteurs et les rédacteurs.

Le Petit Dico des changements orthographiques récents, de Camille Martinez (Zeugmo éditions) est bref (144 pages) et pas cher (10€). Il recense pourtant pas moins de 4 542 changements « qui touchent directement la forme des mots ».

Pour Camille Martinez, jeune lexicographe, « les dictionnaires sont un beau terrain d’investigation ». Il s’est donc penché sur le Petit Larousse, le Petit Robert et le Dictionnaire de l’Académie française pour effectuer un relevé minutieux et scientifique des changements en tous genres.

Indices et appendices

Le Petit Dico se consulte ponctuellement pour vérifier une orthographe, bien sûr, mais se feuillette aussi au hasard, l’ordre régnant offrant néanmoins à tout passionné l’espace et le temps pour réfléchir à l’évolution de la langue et de son usage.

Camille Martinez propose en fin de volume quelques pages intéressantes. Outre une bibliographie commentée, il présente les principales catégories de changements (dont la soudure des mots composés et l’accentuation des eprononcés é).

Il détaille aussi la répartition des quelque 4 500 modifications entre les trois dictionnaires de référence. Et l’on constate —un brin surpris— que le Petit Larousse a notifié deux fois plus de changements que le Petit Robert : 2 678 (dont 1 387 rien qu’en 2012 !) contre 1 299. Le Dictionnaire de l’Académie française (incomplet il est vrai), est loin derrière avec 565 changements seulement.

Petit Dico des changements orthographiques récents, de Camille Martinez, Zeugmo éditions, 10€.

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* Les habitués désignent par le nom de son auteur, Maurice Grevisse, l’ouvrage incontournable qu’est Le Bon Usage.

** André Jouette est l’auteur du Dictionnaire d’orthographe et d’expression écrite.

Évolution de l’orthographe : un beau terrain d’investigation