Vladimir Maiakovski : « Comment osez-vous vous prétendre poète ? »

« Comment osez-vous vous prétendre poète et gazouiller gentiment comme un pinson ?

Alors qu’aujourd’hui il faut s’armer d’un casse-tête pour fendre le crâne du monde ! »

Vladimir Maiakovski 

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Vladimir Maiakovski : « Comment osez-vous vous prétendre poète ? »

Francis Combes : poètes, « ne faites pas trop confiance aux mots »

Dans une lettre à de jeunes poètes, Francis Combes, auteur et éditeur, livre des conseils en dix points. Trois d’entre eux ont retenu mon attention, parlant langue et mots.

Le point 9, le plus important pour moi, le plus stimulant :

Arthur Rimbaud.

« Ne vous payez pas de mots. Ne faites pas trop confiance aux mots. Entendez leur musique ; sachez y céder… et ne pas y céder. Evitez les phrases creuses, les images et les idées qui sonnent creux. Restez concrets. Pensez en images. N’ayez pas peur de la folie. Dans la folie, restez lucide. Préférez le mot juste. Ajustez les mots. Il y a une vérité du poème. Cherchez la vérité ; dites-la. »

Francis Combes écrit aussi : 

« Les poètes ne sont pas les inventeurs de la langue. La langue vient du peuple. C’est en lui qu’elle vit et bouge. Même s’il est souvent dépossédé de ses propres mots… Le poète est l’Indien qui applique son oreille sur la poitrine du peuple pour entendre venir de loin le galop assourdi des mots… Et tente de leur restituer le sens de la chevauchée. Faites l’amour avec les mots. Faites qu’ils fassent l’amour entre eux. Parler est utile. Même pour aimer.

Pas de poème sans jeu avec les mots. Mais la poésie n’est pas qu’un jeu. La vraie matière première de la poésie, ce ne sont pas les mots, ce sont les émotions, les sens, les sentiments. Il n’est pas non plus interdit de penser. »

Pour lire l’intégralité de la lettre de Francis Combes, cliquez ICI.

Francis Combes : poètes, « ne faites pas trop confiance aux mots »

Josette Hersent : l’intemporelle présence de sa poésie

Je connais bien Josette Hersent. J’aime sa présence discrète mais infaillible et j’apprécie sa poésie. Elle distille l’une et l’autre sur Twitter, offrant au site un inestimable petit supplément de subtile humanité. La rencontre peut se poursuivre sur son blog ou sur papier puisque l’auteur a déjà publié plusieurs recueils : Blaise ou la symphonie inachevée, Deux dates sur une pierre et le dernier en date, Intemporel. Tous trois aux éditions du Chameau.

La strophe de référence de Josette Hersent est le quatrain, l’alexandrin sa métrique favorite. Ne pas en tirer de conclusion hâtive : le classicisme n’est pas ici un carcan dont elle ne sait s’extirper pour proposer d’autres rythmes, d’autres formes. Et les thèmes abordés sont, justement nommés, hors du temps. L’amour, l’absence, l’enfance… Quoi d’autre, sinon la « rambleur » minérale des paysages, le souffle des souvenirs et l’essoufflement du temps.

En exergue de son ouvrage, Josette Hersent cite Camus et Villiers de L’Isle-Adam : « Je n’écris que pour les personnes atteintes d’âme ». Elle, sait aussi, avec simplicité, ouvrir et embellir la nôtre. C’est pourquoi ses mots nous sont précieux, ses recueils plus encore :

« Un livre est fait pour ca

Pénétrer ton chez toi

Passer par tes fenêtres

S’inviter dans ta tête

Puis finir dans tes bras »

Olivier Quelier

Josette Hersent : l’intemporelle présence de sa poésie

Ibn Khaldoun : « La poésie ce sont les vers dont on a redressé les premiers mots »

Un court art poétique tiré du Livre des exemples, d’Ibn Khaldoun (1332-1406). Ce texte est cité dans l’ouvrage de Gérard Macé, Pensées simples, publié chez Gallimard (2011).

« La poésie ce sont les vers dont on a redressé  les premiers mots,

et dont on a poli toutes les parties,

On en répare les fissures par les longueurs

on en soigne la cécité par la concision.

On y réunit le proche et le lointain,

on y joint les eaux dormantes aux eaux vives. »

 

Ibn Khaldoun : « La poésie ce sont les vers dont on a redressé les premiers mots »

Pourvu qu’on écrive avec Gauvain Sers

Je réfléchis depuis un moment à des ateliers d’écriture moins littéraire que musicale. Pas l’autre à la place de l’une, mais en plus, à côté, différemment… Les support(eur)s ne manquent pas : Vincent Delerm, Oldelaf, Juliette, Albin de la Simone… Et désormais Gauvain Sers, repéré grâce à son titre Pourvu. Son premier album recèle une mine de potentielles propositions d’écriture. Si ça vous chante.

D’abord. D’abord il y a Pourvu

Que j’ai écouté après l’avoir entendu

Me disait qu’ça s’rait pas mal

Pour un p’tit travail verbal

Sur l’anaphore

le name dropping

le song writing

que sais-je encor’

 

Et puis. Et puis j’ai écouté

Les aut’ chansons pas entendues

D’la nostalgie d’la légèreté

Plein de p’tits faits plein de choses vues

C’est bien, que j’me suis dit

Les p’tites choses vues

Pour l’atelier. On verra bien

J’reviendrai d’sus

 

Y a de belles plages de nostalgie

Dans la vieille bagnole de son père,

Et su’ le tracteur d’un autre père

Et d’ l’engagement vous en faites pas

y en a aussi : fils au djihad

Hénin-Beaumont

Et puis surtout

Entre République et Nation

 

Mais le meilleur pour le quatre heures

D’mon quotidien d’animateur

Ce sont ces scènes du quotidien

Avec dedans la vie de Gauvain

D’la mise en abyme

De l’autoportrait

Du dérisoire idéal

Pour l’écritoire

 

On fouille le fond de ses poches

On prend l’bus ou bien l’métro

On suit la ligne de Jacques Roubaud

D’la belle poésie sans anicroche

Y a plein d’mots

Y a plein d’idées

Prêts pour le grand saut

En atelier

Olivier Quelier

 

 

 

 

 

 

Pourvu qu’on écrive avec Gauvain Sers

Annie Ernaux : « Je bute sur le désir de poésie »

« Le désir, je connais. Désir de soleil, d’avenir, d’homme, de fraises en hiver. Le désir de lire et celui d’aller à Venise. Mais je bute sur le désir de poésie. Sans doute parce que je ne sais pas dire ce qu’est la poésie.

Il me semble qu’elle est justement, seulement, un désir, celui d’atteindre par les mots le cœur du réel, de tout ce qu’il y a dans les autres désirs et leur inachèvement. Un désir qui traverse toute la littérature, sans distinction de genres et qui se confond pour moi avec celui d’écrire.

Il me semble l’avoir éprouvé pour la première fois l’été 2015, dans l’autocar qui relie Duclair à Caudebec. Le soleil se couchait sur la Seine.

Je me souviens de l’éblouissement de la lumière sur l’eau, des rives noires de la forêt de Bretonne, et du sentiment étrange que je ne pouvais pas me contenter de jouir du paysage, il fallait le fixer par l’écriture et ainsi aller « au-delà ». De quoi, je ne savais pas. Il en est encore ainsi. »

Annie Ernaux

(publié dans Poésie première n°16).

A lire aussi, de et sur Annie Ernaux :

« Les mots pour penser le monde aujourd’hui, je ne les aime pas »

« Voir pour écrire, c’est voir autrement »

« Ecrire, pour faire le tour d’une absence »

 

Annie Ernaux : « Je bute sur le désir de poésie »

Georges-Emmanuel Clancier : « La poésie est résistance à l‘usure quotidienne »

« Poésie et résistance sont comme deux synonymes. La poésie implique forcément l’attitude et l’acte de résistance. La poésie est résistance à l‘usure quotidienne, au laisser-aller, au laisser-faire, à l’habitude, à l’acceptation de la médiocrité et de la mesquinerie. La poésie est pour moi l’acte suprême de civilisation. Elle est un antidote à la barbarie. Elle est antipodique  et antidotique, par rapport à la barbarie. Être poète, c’est donc déjà être résistant. »

Vous pouvez retrouver l’univers de Georges-Emmanuel Clancier ICI.

(extrait d’un entretien paru dans LIRE)

Georges-Emmanuel Clancier : « La poésie est résistance à l‘usure quotidienne »