Patrick Besson : « Les médias ont une mission impossible… »

Je ne sais pas trop où, en ce moment, Patrick Besson se situe littérairement. Ni politiquement. Reste que ses talents de bretteur et de chroniqueur acerbe restent intacts.

Pour preuve cet extrait de son article dans le numéro 151 de l’hebdomadaire Le 1, consacré aux médias (Les médias faussent-ils l’élection ?).

Sa remarque, en tout cas, mérite qu’on s’y arrête en cette période post-électorale, où certaines rédactions et sociétés de journalistes s’inquiètent pour la liberté de la presse.

« Les médias ont une mission impossible, quel que soit le régime politique : informer. En démocratie, le journaliste est aux ordres du capital. En dictature, à ceux du pouvoir. »

D’autres formules tirées de l’article de Patrick Besson.

« Le journalisme est un métier impossible, sauf si on décide de le faire mal. Ou alors on évite la rubrique politique. »

« L’information ne leur étant pas autorisée, les médias recourent aux révélations, voire aux dénonciations. »

« Tout est important sur terre sauf les médias. Un jardinier a plus de pouvoir qu’un journaliste : il fait pousser une fleur. Ces poseurs de questions ne posent pas pour la postérité : des feuilles de calendrier chaque jour détachées. »

Patrick Besson : « Les médias ont une mission impossible… »

Christophe Barbier, « tuteur pour lierre rampant »…

Les journalistes ont mauvaise presse. Pourtant, dans leur ensemble, ils continuent de faire leur boulot. Dans des conditions de plus en plus précaires, dans des situations de plus en plus difficiles. Ballottés entre mutualisation et regroupement, entre pressions et plan de licenciement.

Cela dit, certains aiment créer la polémique, histoire de se goberger d’être encore et toujours au centre des discussions. Enfin, certains… en l’occurrence Christophe Barbier, directeur de la rédaction du magazine L’Express jusqu’en octobre 2016, aujourd’hui dans quelque fonction brumeuse de conseiller du groupe Altice Media.

Des idées sur rien

Christophe Barbier, donc, dont ceux qui l’ont approché disent qu’il a « un avis sur tout mais des idées sur rien » — compétence qui lui permet de continuer à exercer les fonctions d’éditorialiste.

Ah, l’éditorialiste ! Barbier, l’homme à l’écharpe rouge qui ne s’écharpe plus avec personne depuis qu’il a gagné sa jolie petite place au soleil germanopratin, en a donné récemment, dans un article du JDD (rédigé par des étudiants en journalisme), une définition en termes si nobles, si choisis, qu’elle mérite de figurer dans le musée des archaïsmes de la profession.

Pas de « terrain » pour cet homme-là, vous l’allez voir. Il risquerait, en plus, d’y croiser ce « lierre rampant » qu’est le commun des mortels…

Olivier Quelier

Les réseaux sociaux ont déjà partagé des extraits de l’article du JDD, comme le montrent les tweets repris ci-dessous.

 

Christophe Barbier, « tuteur pour lierre rampant »…

Bernard Pivot : la dépendance du journaliste à l’éphémère

« Devenir journaliste, c’est prononcer des vœux pour une vie tout entière tournée vers les nouveautés de l’heure. »

C’est ce qu’affirme Bernard Pivot dans son nouveau livre La mémoire n’en fait qu’à sa tête, paru chez Albin Michel. Toujours tourné vers le présent, la nouveauté, Bernard Pivot était aussi souvent plongé dans des livres qui n’avaient d’autre intérêt que d’être dans l’air du temps.

« En sorte que je n’ai pas su donner de place à l’inactuel, à l’intemporel, au libre vagabondage de ma curiosité. Je n’ai pas été disponible pour l’aventure anachronique. Soumis à la tyrannie de l’information, je me suis privé des plaisirs de partir ailleurs, corps ou esprit, sans souci de l’agenda et de l’horloge.

Si je calcule le nombre d’heures que j’ai consacrées, ma vie durant, chaque jour, à la lecture de la presse, à l’écoute des journaux, de la radio et de la télévision, si je les traduis, oh, non pas en semaines ni en mois, mais en années, comment ne pas être horrifié par ma dépendance à l’éphémère ? »

Bernard Pivot, La mémoire n’en fait qu’à sa tête, Albin Michel, 229p. 18€.

Bernard Pivot : la dépendance du journaliste à l’éphémère

Bernard Pivot fait ses devoirs de mémoire

Ce que j’aime chez Pivot. Ses livres ne ressemblent à nul autre. Par la forme, qui n’est ni du roman ni des mémoires, ni de l’essai ni du dictionnaire. Une forme bien personnelle, comme l’est le ton : coquin — de plus en plus coquin — sautillant, toujours précis, pertinent, fort aussi d’une exigence de rigueur et de justesse.

Ce que j’aime chez Pivot. Tout le monde l’aime, et tant pis pour les autres. Ouvrir un de ses livres, c’est la garantie de trouver matière à plaisir, à plaisirs, à plaisirs sensuels tant Bernard Pivot se révèle, de plus en plus, de livre en livre, d’année en année (mais les années s’arrêtent-elles sur lui ? Pivot octogénaire ? Allons donc…).

Bernard Pivot est un jouisseur. De mots, de mets, de livres, d’amis, de femmes, de vins. Du temps dont il sait profiter. Et si sa mémoire, écrit-il, n’en fait qu’à sa tête, j’en échangerais bien une petite partie contre quelques années de ma vi(d)e.

M’imaginer échotier littéraire du petit monde parisien des années 1960 ; me revoir étudiant brillant au Centre de formation des journalistes, autonome et libre de forger l’avenir, entouré de figures marquantes ; discuter avec Duras au téléphone pour préparer un entretien qui entrera dans les annales d’Apostrophes, émission déjà entrée dans les annales de la télévision ; faire d’une dictée un événement national — un des textes proposés dût-il déplaire au trop puriste académicien Maurice Druon.

Je pourrais multiplier les souvenirs et les points-virgules. Il ne s’agit pas de faire le panégyrique de l’homme ; le pané-générique de ses succès audiovisuels ni le panorama de ses talents journalistiques. Après tout, lisez son livre, tout y est bien mieux dit qu’ici : le « tacle » (pour parler un peu foot, tiens) à Fabrice Luchini, la nécessité d’enseigner l’histoire culturelle du vin dans les lycées, le baiser d’un camarade, l’amante invitée à la télé…

Ce que j’aime chez Pivot. Ses aphorismes, bien sûr. Il en est friand et y excelle, dans ses livres comme sur Twitter (les deux se rejoignent parfois…) : « Le marketing, c’est faire de l’additionnel une nécessité » ;  » ce qui donne son prix à l’indiscrétion, c’est l’énergie qu’on met à l’obtenir ».

Ce que j’aime chez Pivot. Sans doute ce qui pourrait en amener d’autres à le désaimer : l’emploi de mots et de tournures plus très en vogue (le déduit, cuistre, béjaune, peu me chaut…) ; son goût du jeu de mots (la bandaison de crémaillère, il nous calembourait le mou…).

En ce qui me concerne, peu me chaut les cuistres, béjaunes ou non. Pivot est une fête. Et c’est ce que j’aime chez lui.

Olivier Quelier

Bernard Pivot, La mémoire n’en fait qu’à sa tête, Albin Michel, 229p. 18€.

À lire aussi :

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« Les mots vont-ils manger le gratteur de têtes ?« 

Bernard Pivot fait ses devoirs de mémoire

Journalisme : le contact et la distance

En cette période de campagne présidentielle, il est bon de relire ce propos très connu du fondateur du Monde, Hubert Beuve-Méry.

Télérama a d’ailleurs consacré un long article aux médias, dans son édition du 15 mars 2017. Intitulé « Presse et pouvoir : une proximité qui dérange », il revient sur la connivence, dont certains se réclament, comme Franz-Olivier Giesbert, et la difficile place que doivent tenir les journalistes dans leurs relations avec les politiques.

En 2016, l’historien Alexis Lévrier a consacré un livre au sujet : Le contact et la distance. Le journalisme politique au risque de la connivence, éditions du Celsa.

L’article est aussi l’occasion de compléter le propos d’Hubert Beuve-Méry qui déclarait :

« Le journalisme, c’est à la fois le contact et la distance. Les deux sont nécessaires. Tantôt il y a trop de contact, et pas assez de distance. Tantôt c’est l’inverse. Un équilibre difficile ».

Journalisme : le contact et la distance

Antoine Mercier : le mauvais « rêve » de « figer l’instant dans l’épure de la factualité »

1280x720-ouyFace à la crise que traverse le journalisme, à la dégradation et à la précarisation des conditions de travail des journalistes, face à « l’effacement du sens même de notre profession, et en définitive, de la satisfaction de son exercice », Antoine Mercier, journaliste à France Culture, s’inquiète, dans son livre Manifeste pour sortir du mal-être au travail, des répercussions sur la qualité de l’information. 

Antoine Mercier explique : « En entendant le récit médiatique des événements, j’en viens parfois à penser que mes confrères oublient les principes fondamentaux qui justifient socialement leur fonction. Plutôt que de rapporter les événements qui feraient s’interroger chacun sur ses actions futures, ils semblent s’ingénier à recouvrir la réalité, dont ils sont pourtant censés rendre compte, de sujets déconnectés de tout lien avec le devenir collectif, comme si plus rien ne devait se passer. Rêve de figer l’instant dans l’épure de la factualité, le spontanéisme de l’émotion ou de la compassion bien-pensante. »

Manifeste pour sortir du mal-être au travail, d’Antoine Mercier et Vincent de Gaulejac, Desclée de Brouwer, 180p. 15€.

(d’après l’article « Presse sous pression », in Les Inrocks 14/11/12).

Antoine Mercier : le mauvais « rêve » de « figer l’instant dans l’épure de la factualité »