Arturo Perez Reverte et la musique du texte

Quand savez-vous que le texte est bon, qu’il ne faut plus y toucher ?

Quand tu lis beaucoup Stendhal, Balzac et les autres, tu finis par développer une oreille. Tu sais quand un texte sonne juste ou lorsqu’il y a des notes qui ne vont pas. Ce n’est pas une question de règles grammaticales ou stylistiques, mais de musique du texte. Donc, quand j’écris, je ne sais pas si c’est bon ou si c’est mauvais. Mais je sais si le texte fonctionne ou non. Je sais si c’est le texte que je voulais faire.

Arturo Perez Reverte

Capture d’écran L’Express REUTERS/Juan Medina.
Arturo Perez Reverte et la musique du texte

François Le Lionnais : de la nécessité de la réécriture

« Qui n’a senti, en lisant un texte – et quelle qu’en soit la qualité – l’intérêt qu’il y aurait à l’améliorer par quelques retouches pertinentes ? Aucune œuvre n’échappe à cette nécessité. C’est la littérature mondiale dans son entier qui devrait faire l’objet de prothèses nombreuses et judicieusement conçues. »

François Le Lionnais in Oulipo, la littérature potentielle, Gallimard, Folio, 1973. (photo : oulipo.net)

François Le Lionnais : de la nécessité de la réécriture

Patrick Rambaud : écrire, recopier, retravailler…

« Écrire, c’est recopier » disait Emmanuel Berl.

Dans un entretien publié dans LIRE: en mars dernier, Patrick Rambaud précise : « Et il avait  tout à fait raison. (…) Je tape [sur une machine à écrire Olivetti, Ndlr], et [avec mon éditeur] on retravaille dessus, longtemps, avec des crayons de couleur pour les différentes corrections.

L’entretien intégral est ICI.

Patrick Rambaud : écrire, recopier, retravailler…

Sylvain Tesson : « Ce qui guide ma phrase, c’est mon scalpel »

Sylvain Tesson vient de publier Sur les chemins noirs. Pour la parution d’un précédent roman, l’écrivain-voyageur expliquait sa vision du style et le choix qu’il fait du mot juste, même s’il est compliqué. Extraits.

contributor_73086_195x320« J’aimais la géographie des mots, et dans mes premiers livres j’avais tendance à en mettre beaucoup trop. J’ai heureusement rencontré Olivier Frébourg, un éditeur qui a beaucoup compté pour moi et  mon écriture, car il m’a appris à dégraisser.« À cause de la géographie sans doute, j’ai longtemps été fasciné par les mots, leur voyage, leur origine, par ce qu’on leur fait dire, ce qu’on leur fait mentir…

Donc ce qui guide ma phrase aujourd’hui, c’est mon scalpel. J’essaie vraiment d’aller à l’os. Contre ma nature.

Je ne me suis jamais senti vraiment écrivain, mais j’essaie de composer une bonne rédaction, comme un élève bien élevé, en enlevant au maximum.

Comme quand je fais un sac de voyage. J’éprouve une jouissance extraordinaire à remplir un sac qui va me servir pendant plusieurs semaines, en prenant exactement ce qu’il faut, c’est-à-dire le moins possible. C’est ça le style, en fait. C’est accorder la légèreté de la phrase avec la gravité de ce que tu veux dire.

Exhumer un mot

[…] Je veux toujours en enlever. Heureusement qu’il n’y a que deux jeux d’épreuves d’ailleurs, parce que sinon je couperais tout. Je ne serais satisfait que s’il n’y avait plus que la ponctuation, en enlevant tous les mots !

Et en même temps, j’aime bien utiliser les mots compliqués de la géographie, pour la simple raison qu’il y a des mots qui décrivent une réalité. Un talweg par exemple, ce n’est pas la même chose qu’une dorsale.

Le problème, c’est que beaucoup de gens vous reprochent, quand vous placez dans vos livres des mots rares, de vous montrer pédant ou élitiste. Ces mêmes gens qui ne sont pourtant pas du tout embêtés quand ils vont découvrir une nouvelle exposition, un nouveau film ! Non, pour moi, exhumer un mot, c’est aussi merveilleux qu’exhumer un nouveau vin.  »

Sur les chemins noirs, de Sylvain Tesson, Gallimard, 15€.

(extrait d’un entretien avec Julien Bisson pour Lire, février 2015)

Sylvain Tesson : « Ce qui guide ma phrase, c’est mon scalpel »

Michel Déon : un « petit coup de brosse » aux « Poneys sauvages »

Michel Déon, 91 ans, a publié, quarante ans après, une version remaniée de son roman Les Poneys sauvages qui a obtenu en 1970 le prix Interallié.

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J’ai pensé —disons-le sans aucune modestie— que ce roman n’était quand même pas mal, mais qu’il méritait un petit coup de brosse. (…) Il y avait des choses vraiment inutiles : trop d’adjectifs, trop d’épithètes, des problèmes de ponctuation et de liaisons. Comme disait Jules Renard, je me suis relu en étant mon pire ennemi. On apprend par ailleurs beaucoup en lisant de mauvais livres. Je ne citerai pas le nom d’un auteur de la maison [NDLR : Gallimard] qui commence ses phrases, cinq ou six fois par page, par des « maintenant » ou des « quand ». Je me suis dit que je ne pouvais pas écrire aussi mal. J’ai donc beaucoup nettoyé.

(in Le Point n°1996 ; interview réalisée par Thomas Mahler).

Michel Déon : un « petit coup de brosse » aux « Poneys sauvages »

Erik Orsenna : « Ne jamais hésiter à couper, et à couper encore »

Erik Orsenna est l’auteur de Sur la Route du papier, petit précis de mondialisation. Un ouvrage bien dans la veine de l’académicien. Dans un article publié dans Le Figaro, il explique sa méthode, naïve et pédagogique. Qui s’applique tout à fait à l’écriture journalistique.

« J’arrive toujours en naïf. J’ai ce réflexe ». Du coup, son insatiable curiosité l’amène à faire des remarques a priori simples alors même que des spécialistes n’y ont pas songé. Ce côté Candide n’est pas qu’une pose : c’est une approche de vie. « Les idées reçues sont les ennemies de l’auteur. Les généralités sont insupportables », assène-t-il.

L’académicien n’effectue jamais un voyage pour « vérifier », mais pour « découvrir ». Il arrive, aussi, que les professionnels ne sachent pas regarder leur propre histoire. Alors, l’écrivain vient à la rescousse. C’est son métier de montrer et de dire : «Chaque fois que je reviens de voyage, je me demande : qu’ai-je apporté de plus précieux ? Que vais-je planter dans mon jardin ? », écrit-il en conclusion de son livre.

Mise en scène

Une fois tout le matériau rassemblé – cela prend des années -, ce n’est pas fini. La méthode Orsenna exige un formidable travail de mise en scène – elle est sa marque de fabrique et sa façon de transmettre la passion qui l’anime. Il construit ses livres autour de ce triptyque : un lieu, une personne, une question. Avec Orsenna, la géopolitique devient un récit d’aventures.

Mais cette apparence de simplicité est le fruit d’une longue maturation : « J’écris de plus en plus simple, je travaille de plus en plus », dit-il. Il ajoute qu’il réalise ses livres comme un artisan. Il explique : «J’ai été longtemps professeur. Tout est dans l’art de maintenir l’attention. Pour cela, il faut alterner les chapitres chauds et froids, donner du rythme. Et surtout ne jamais hésiter à couper, et à couper encore.»

Sur la Route du papier, d’Erik Orsenna, Stock, 318 p., 21,50 €.

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Extrait de l’article de Mohammed Aissaoui, « La méthode Orsenna » publié dans Le Figaro littéraire.

Erik Orsenna : « Ne jamais hésiter à couper, et à couper encore »