Stephen King : les adverbes, en enfer !

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Grégoire Delacourt n’aime pas les adverbes (et il a raison !).

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Stephen King : les adverbes, en enfer !

Elizabeth Strout : le lecteur à l’intérieur

« Les phrases de ce livre ont l’air toutes simples, mais elles représentent des années de travail. Il faut du temps pour ne garder que l’essentiel. Si vous dites tout, le lecteur reste à distance, or je le veux à l’intérieur. »

 

Elizabeth Strout, née en 1956, est une romancière américaine. Elle a écrit cinq livres et a reçu le prix Pulitzer en 2009 pour Olive Kitteridge.

Un entretien avec Elizabeth Strout est à lire ICI.

 

Elizabeth Strout : le lecteur à l’intérieur

Pierrette Fleutiaux en atelier d’écriture : « Soyez prédateurs ! »

Pierrette Fleutiaux, qui a animé des ateliers d’écriture chez Gallimard, avait l’habitude de rassurer les participants. Voici ce qu’elle leur déclare, et qui vaut pour tous ceux qui souhaitent se lancer. Soyons prédateurs !

L’interview complète est à lire ICI.

Pierrette Fleutiaux en atelier d’écriture : « Soyez prédateurs ! »

Léon Bloy : « Des hyperboles de plomb fondu »

Lit-on encore Léon Bloy, mort il y a cent ans, le 3 novembre 1917 ? Jacques Nerson le rappelle dans Bibliobs, ce violent polémiste publiait « des brûlots déplaisants avec lesquels il se mettait tout le monde à dos, croyants et incroyants. »

Bloy fulminait contre tout et tout le monde, contre le tiède, y compris dans le style. Il écrivait notamment à propos des figures de rhétorique — c’est Jean-Loup Chiflet qui le cite dans son Dictionnaire amoureux de la langue française :

Il faut inventer des catachrèses qui empalent, des métonymies qui grillent les pieds, des synecdoques qui arrachent les ongles, des ironies qui déchirent les sinuosités du râble, des litotes qui écorchent vif, des périphrases qui émasculent et des hyperboles de plomb fondu.

Photo : Léon Bloy (bridgemanart.com via Bibliobs).

Léon Bloy : « Des hyperboles de plomb fondu »

Stephen King, maître d’écriture

Ce qu’il y a de bien avec Stephen King, en plus de la lecture de ses romans, rarement décevants et toujours assez profonds pour titiller nos peurs ou nos questionnements les plus enfouis ;  en plus, aussi, des univers qu’il sait créer comme peu d’autres et des personnages inoubliables qu’il invente ; en plus, enfin, de cet art de nous choper avec douceur et fermeté et nous planter devant une situation folle que l’on accepte sans sourciller (une voiture mangeuse d’humains, un dôme transparent emprisonnant une ville…) — en plus de son génie, oui, ou avec la générosité de nous le faire partager, King n’hésite jamais à donner ses techniques de romancier et ses trucs d’écriture.

Le bazar des mauvais rêves (Albin Michel) est un recueil de vingt nouvelles, inédites ou réécrites des années après leur première publication. Avant chacune d’elle, King nous livre quelques éléments sur leur écriture. Et l’écriture. Morceaux choisis.

Stephen King at his home in Maine, US. Photograph : Steve Schofield for the Guardian.

Chaque journée passée à écrire…

Quand il s’agit d’écrire de la fiction, longue ou courte, la courbe d’apprentissage ne s’interrompt jamais. Je suis peut-être un Ecrivain Professionnel aux yeux du fisc, lorsque je remplis ma déclaration d’impôts, mais d’un point de vue créatif, je suis toujours un amateur, je continue d’apprendre mon métier. Nous le sommes tous. Chaque journée passée à écrire est une expérience éducative et une bataille pour se renouveler. La facilité n’est pas permise. On ne peut pas agrandir son talent — il est livré d’origine — mais on peut lui éviter de rétrécir. C’est du moins ce que j’aime à penser.

Quand on parle de ce procédé qu’on nomme écriture créative…

Parfois, une histoire arrive entière — terminée. En général, cependant, elles me viennent en deux parties : d’abord la tasse, puis l’anse. Et parce que l’anse peut ne pas se pointer avant des semaines, des mois, voire des années, j’ai une petite boîte dans un coin de mon esprit rempli de tasses inachevées, chacune d’elles protégée par cet emballage mental unique que l’on appelle la mémoire. Quelle que soit la beauté de la tasse, on ne peut pas partir à la recherche d’une anse : on doit attendre qu’elle apparaisse. Je me rends compte que la métaphore est plutôt minable, mais quand on parle de ce procédé qu’on nomme écriture créative, elles le sont quasiment toutes. J’ai écrit de la fiction toute ma vie, et pourtant je n’ai toujours pas pleinement saisi le mécanisme de la chose.

Un nouveau coup de polissoir

Certaines de ces nouvelles ont déjà fait l’objet d’une publication, mais cela ne signifie pas qu’elles étaient achevées pour autant, ni même qu’elles le sont maintenant. Jusqu’à la retraite ou la mort d’un écrivain, son travail n’est pas terminé : il peut toujours recevoir un nouveau coup de polissoir et quelques révisions supplémentaires.

Stephen King, maître d’écriture

Tom Wolfe : « La ponctuation, c’est la vie ! »

Hein ? Quoi ? ‘Tain, non ! J’suis pas d’accord. Pas d’acc, quoi ! J’aime pas trop ça, l’exaltation de la ponctuation. Suis pas le seul. Elmore Leonard disait des points d’exclamation : « Vous êtes autorisé à en utiliser deux ou trois tous les 100 000 mots.  »

Pigé ? ‘Fin, pour être honnête il ajoutait juste après, Elmore : « Sauf si vous avez le don de les employer comme Tom Wolfe, alors ne vous gênez pas. »

Okay d’acc’, okay. Qu’est-ce qu’y dit donc, Tommy — on l’appelle Tommy, le pape du nouveau journalisme ? Sais pas. S’en fout. Il dit ça, Tom Wolfe.

« Les ellipses, les points, les points de suspension, d’exclamation, c’est la façon dont pensent les gens. Il y a des trous dans leur pensée. c J’insiste : cette façon de faire, c’est la bonne façon d’écrire ! […] Allez ! Mettez des points partout. La ponctuation, c’est la vie ! »

(extrait d’une interview publiée dans Lire, mai 2013).

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Les dix conseils d’écriture d’Elmore Leonard.

Tom Wolfe : « Sors ! ».

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Simon Liberati : « Comment s’armaturer sur un souffle ? »

Je l’avoue, je n’ai pas tout saisi des Rameaux noirs, le livre de Simon Liberati. Qu’importe : ce que j’en ai compris m’a touché souvent, souvent ébloui. Et tant pis pour les aigrelets qui ne voient qu’égocentrisme creux dans sa prose.

Simon Liberati est un oiseau sauvage qui se laisse porter par un mince souffle de vie. Dans Les Rameaux noirs, il parle de son père, de l’amour qu’il porte à ce père qui l’a guidé dans son travail littéraire, et de l’inspiration. C’est peu. Aussi, « comment s’armaturer sur un souffle ? » Simon Liberati, deux ans après, revient à ce qui a conduit l’écriture du formidable Eva, un genre entre confession et autobiographie.

On croise dans Les Rameaux noirs Aragon et Breton. Rien d’étonnant, le père de Liberati, filleul d’Aragon, fut surréaliste, auteur d’un roman sulfureux et plein de mystère, Vieux Capitaine.

Somptueuse écriture

Ce que j’aime chez Simon Liberati, envers et contre tout ce que son image peut renvoyer, c’est sa sincérité, ce regard dérisoire qu’il porte sur sa vie, son passé. Qu’il soit le pote-poète de Beigbeder, ait vécu aux crochets de riches et sans doute vieilles mécènes une existence de dandy installé dans l’abus n’est rien en balance de son écriture somptueuse.

Alors bien sûr il y a Damascius le Diadoque, les théories orphiques, Mnémosyne, Rohde et Jean-Jacques Schuhl… chacun ses digressions, chacun ses obsessions. Qu’importe, là encore. Les phrases de Liberati nous emportent — et comme elle sont censées nous amener à la source de l’inspiration, le chemin est tortueux. Mais la marche inspirée, puissante.

Liberati, dans ce livre, se révèle par l’entremise de son père, de l’écriture et donne quelques clés pour mieux comprendre son style — dont cette technique du « nourrissage », qu’il a maintenant abandonnée, mais qui reste intéressante à expérimenter.

« Ouvrir le texte »

L’écrivain explique qu’il s’arrêtait volontairement à des moments où « ça marchait ». Au retour, il relisait, corrigeait, s’interdisait de reprendre le fil. Liberati explique : « La méthode que j’avais découverte chez Proust (…) et qui consiste à ouvrir le texte pour le « nourrir », rajouter à l’intérieur d’importantes et parfois monstrueuses précisions, brisant le rythme pour mieux serrer la vérité, préciser des détails, élargir le papier peint jusqu’à l’horizon, l’océan ou la mémoire, cette méthode du « bourrage » (…) pouvait parfois porter ses fruits. Le livre ralenti par mes efforts me semblait moins facile, plus écrit, plus exact. Je me méfiais de ma pente comme si l’élan n’était que le symptôme d’une euphorie trompeuse, un glissement maniaque, une logorrhée. »

Mais Simon Liberati a évolué : « Depuis, pressé par le temps, j’ai pris de l’assurance, j’ai observé que le premier jet, le discours du premier venu qui se présente sous ma main a un fil moins emmêlé, plus clair et souvent plus intelligible. Je ne parle pas de facilité de lecture, mais de simplicité d’expression. Quand j’écris ce qui m’est dicté, je dis les choses plus franchement, je prends le risque d’être entendu plutôt que jugé favorablement sur mon style ou le raffinement de mes rendus en termes de sensation ».

Olivier Quelier

Simon Liberati, Les rameaux noirs, Stock, 285p. 19,50€.

Simon Liberati : « Comment s’armaturer sur un souffle ? »