Jean Echenoz : « Je réimprime et je recommence »

Dans un entretien récent, Jean Echenoz donne quelques clefs sur sa manière d’écrire et revient sur les « versions successives » de ses textes.

Jean Echenoz.

« J’imprime une version. Puis, si j’ai des choses à modifier, je retape tout à partir du papier. Ce qui fait qu’il y a dans la machine les différentes versions successives. Corriger sur écran donne beaucoup moins de liberté que de reprendre. Même si on a l’impression qu’une phrase est bien, c’est mieux de la recopier pour s’en assurer (…). Et après je réimprime et je recommence.

L’intégralité de l’entretien est à lire ICI.

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Jean Echenoz : « Je réimprime et je recommence »

John Irving : la réécriture, une pratique de lutteur…

J’ai toujours été reconnaissant de la discipline que le sport m’a donnée. Il y a, dans l’écriture, beaucoup de moments de répétition. Les gens ne s’en rendent pas toujours compte, mais être écrivain c’est passer une très grande partie de son temps à répéter les mêmes gestes : réécrire, barrer, corriger. Une grande part de l’attention que l’on porte au langage se traduit par la relecture de ce que l’on a écrit, encore, encore et encore.

À chaque fois, vous modifiez quelque chose. Un mot. Une ponctuation. L’endurance que l’on a pour se relire, se corriger, réécrire, est pour moi un témoignage de l’amour que l’on porte au langage. Personne n’écrit parfaitement dès le premier jet. Ce n’est pas vrai. Même les surdoués doivent recommencer et recommencer encore.

Je n’ai pas appris cela de ma pratique de l’écriture, ni même de mes lectures, mais du sport. Et, en particulier, de la lutte. La lutte vous apprend combien de fois vous devez répéter le même petit truc bête. Combien de fois vous devez répéter le même geste, la même prise, jusqu’à ce que cela paraisse naturel, jusqu’à ce que vous ayez une mémoire musculaire de telle ou telle position, jusqu’à ce que vous puissiez pratiquer telle ou telle prise les yeux fermés.

C’est exactement la même chose pour l’écriture. Il faut travailler chaque phrase de la même façon. Quand avez-vous écrit pour la dernière fois « dit-il » ou « Dominic a dit » ou « il a dit » ? Combien de fois avez-vous répété la même phrase longue ou la même phrase courte ? Quand avez-vous déjà utilisé ces points virgules, ces tirets, ces parenthèses que vous venez de tracer sur la page ?

Il faut penser à tout cela, exactement comme lorsque l’on pratique un sport de haut niveau, exactement comme lorsque l’on s’entraîne pour devenir lutteur. La lutte m’a fourni cette discipline. Elle agit constamment sur mon travail d’écrivain en me montrant à quel point cette discipline est nécessaire.

John Irving (tiré d’un entretien accordé au magazine Lire).

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« Irving et l’écriture : Less is more ? Non, less is less.« 

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Claude Roy : « Se tenir à l’œil en réécrivant »

Frédérique Deghelt anime un atelier d’écriture intitulé « Trouver sa voix » à la NRF/Gallimard.

Elle cite en présentation de son activité, qui consiste notamment à « comprendre que seule une technique incisive peut permettre d’aller véritablement vers les questions dangereuses que doit exprimer un texte ; concrètement, comment traquer la banalité du premier jet ? » — elle cite cette phrase attribuée à Claude Roy, très représentative de l’enjeu de la réécriture :

« Il faut s’aimer en écrivant, se haïr en se relisant et se tenir à l’œil en réécrivant. »

Claude Roy

 

Claude Roy : « Se tenir à l’œil en réécrivant »

Karina Hocine : l’éditeur a une « conscience aiguë de la fragilité de la création »

Être attentif à l’auteur, explique Karina Hocine, éditrice aux éditions Jean-Claude Lattès, c’est aussi repérer le moment où il convient d’arrêter le travail éditorial. Car la réécriture a ses limites.

Karina Hocine est l’éditrice de Delphine de Vigan.

« Cela réclame beaucoup d’attention. Parfois, en lisant un manuscrit que vous avez encouragé l’auteur à retravailler, vous réalisez que la version précédente était en fait meilleure. Mais il fallait qu’il y ait eu ce pas de trop pour en prendre conscience.

Parfois aussi, l’éditeur sent tout simplement que le romancier est arrivé au bout, il n’a plus envie.

On est dès lors au bord du dévoiement – alors que ce qu’il fait aussi la beauté d’une œuvre, c’est sa fraîcheur, sa sincérité, sa vérité. Il faut toujours garder en tête la conscience aiguë de la fragilité de la création. »

(Publié dans Télérama 3523 du 19/07/2017).

Karina Hocine : l’éditeur a une « conscience aiguë de la fragilité de la création »

François Le Lionnais : de la nécessité de la réécriture

« Qui n’a senti, en lisant un texte – et quelle qu’en soit la qualité – l’intérêt qu’il y aurait à l’améliorer par quelques retouches pertinentes ? Aucune œuvre n’échappe à cette nécessité. C’est la littérature mondiale dans son entier qui devrait faire l’objet de prothèses nombreuses et judicieusement conçues. »

François Le Lionnais in Oulipo, la littérature potentielle, Gallimard, Folio, 1973. (photo : oulipo.net)

François Le Lionnais : de la nécessité de la réécriture

Patrick Rambaud : écrire, recopier, retravailler…

« Écrire, c’est recopier » disait Emmanuel Berl.

Dans un entretien publié dans LIRE: en mars dernier, Patrick Rambaud précise : « Et il avait  tout à fait raison. (…) Je tape [sur une machine à écrire Olivetti, Ndlr], et [avec mon éditeur] on retravaille dessus, longtemps, avec des crayons de couleur pour les différentes corrections.

L’entretien intégral est ICI.

Patrick Rambaud : écrire, recopier, retravailler…

Vila-Matas, Duras… « Écrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait »

Se lancer dans l’écriture « sans plan préalable, mais non sans savoir qu’en littérature on ne commence pas par avoir une chose à écrire sur laquelle on écrit ensuite, mais que c’est le processus de l’écriture proprement dit qui permet à l’auteur de découvrir ce qu’il veut dire ».

Dans le nouveau roman d’Enrique Vila-Matas, il est beaucoup question de la réécriture, sujet qui m’intéresse au plus haut point de mon interrogation sur l’écriture.

Le personnage de Vila-Matas, Mac, décide de réécrire l’ouvrage d’un auteur connu. Sujet de Mac et son contretemps, paru chez Christian Bourgois.

Cette idée,  elle l’a expliqué autrement, Marguerite Duras, dans son livre Écrire.

« Si on savait quelque chose de ce qu’on va écrire, avant de le faire, avant d’écrire, on n’écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine. Écrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait — on ne le sait qu’après — avant, c’est la question la plus dangereuse que l’on puisse se poser. Mais c’est la plus courante aussi. » 

Vila-Matas, Duras… « Écrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait »