Karina Hocine : l’éditeur a une « conscience aiguë de la fragilité de la création »

Être attentif à l’auteur, explique Karina Hocine, éditrice aux éditions Jean-Claude Lattès, c’est aussi repérer le moment où il convient d’arrêter le travail éditorial. Car la réécriture a ses limites.

Karina Hocine est l’éditrice de Delphine de Vigan.

« Cela réclame beaucoup d’attention. Parfois, en lisant un manuscrit que vous avez encouragé l’auteur à retravailler, vous réalisez que la version précédente était en fait meilleure. Mais il fallait qu’il y ait eu ce pas de trop pour en prendre conscience.

Parfois aussi, l’éditeur sent tout simplement que le romancier est arrivé au bout, il n’a plus envie.

On est dès lors au bord du dévoiement – alors que ce qu’il fait aussi la beauté d’une œuvre, c’est sa fraîcheur, sa sincérité, sa vérité. Il faut toujours garder en tête la conscience aiguë de la fragilité de la création. »

(Publié dans Télérama 3523 du 19/07/2017).

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Karina Hocine : l’éditeur a une « conscience aiguë de la fragilité de la création »

François Le Lionnais : de la nécessité de la réécriture

« Qui n’a senti, en lisant un texte – et quelle qu’en soit la qualité – l’intérêt qu’il y aurait à l’améliorer par quelques retouches pertinentes ? Aucune œuvre n’échappe à cette nécessité. C’est la littérature mondiale dans son entier qui devrait faire l’objet de prothèses nombreuses et judicieusement conçues. »

François Le Lionnais in Oulipo, la littérature potentielle, Gallimard, Folio, 1973. (photo : oulipo.net)

François Le Lionnais : de la nécessité de la réécriture

Patrick Rambaud : écrire, recopier, retravailler…

« Écrire, c’est recopier » disait Emmanuel Berl.

Dans un entretien publié dans LIRE: en mars dernier, Patrick Rambaud précise : « Et il avait  tout à fait raison. (…) Je tape [sur une machine à écrire Olivetti, Ndlr], et [avec mon éditeur] on retravaille dessus, longtemps, avec des crayons de couleur pour les différentes corrections.

L’entretien intégral est ICI.

Patrick Rambaud : écrire, recopier, retravailler…

Vila-Matas, Duras… « Écrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait »

Se lancer dans l’écriture « sans plan préalable, mais non sans savoir qu’en littérature on ne commence pas par avoir une chose à écrire sur laquelle on écrit ensuite, mais que c’est le processus de l’écriture proprement dit qui permet à l’auteur de découvrir ce qu’il veut dire ».

Dans le nouveau roman d’Enrique Vila-Matas, il est beaucoup question de la réécriture, sujet qui m’intéresse au plus haut point de mon interrogation sur l’écriture.

Le personnage de Vila-Matas, Mac, décide de réécrire l’ouvrage d’un auteur connu. Sujet de Mac et son contretemps, paru chez Christian Bourgois.

Cette idée,  elle l’a expliqué autrement, Marguerite Duras, dans son livre Écrire.

« Si on savait quelque chose de ce qu’on va écrire, avant de le faire, avant d’écrire, on n’écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine. Écrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait — on ne le sait qu’après — avant, c’est la question la plus dangereuse que l’on puisse se poser. Mais c’est la plus courante aussi. » 

Vila-Matas, Duras… « Écrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait »

Une ode pour la coquille

La coquille, en typographie, est une erreur due à l’ajout ou à l’omission d’une lettre, ou à l’interversion de lettres, à l’intérieur d’un mot. L’usage généralisé des claviers permet, en simplifiant, de l’assimiler à une faute de frappe.

Hantise —mais aussi raison d’être— des correcteurs, réviseurs et secrétaires de rédaction, la coquille méritait bien qu’on lui consacrât une ode.

Grâce aux correcteurs du Monde (via les excellents blog Langue sauce piquante et compte Twitter @LeMonde_correct), j’ai découvert cette merveille dont voici le texte et l’interprétation.

Selon eux, cette ode (orthographe d’époque), qu’on dit d’un auteur anonyme, pourrait être de la main de Flavien Mouillan, correcteur et auteur du Correcteur typographe, paru en 1899 à Paris.

Ode à la coquille

Je vais chanter tous tes hauts faits,

Je veux dire tous tes forfaits,

Toi qu’à bon droit je qualifie

Fléau de la typographie.

S’agit-il d’un homme de bien

Tu m’en fais un homme de rien ;

Fait-il quelque action insigne

Ta malice la rend indigne

Et, par toi, sa capacité

Se transforme en rapacité.

Que sur un vaisseau quelque prince

Visite nos ports en province

D’un brave et fameux amiral

Tu fais un fameux animal,

Et son émotion visible

Devient émotion risible ;

Un savant maître fait des cours

Tu lui fais opérer des tours ;

Il parle du divin Homère

Ô sacrilège ! on lit Commère ;

L’amphithéâtre et ses gradins

Ne sont plus que d’affreux gredins.

Le professeur cite Hérodote

Tu dis : le professeur radote ;

Puis, s’il fallait s’évanouir,

Tu le ferais s’épanouir.

Léonidas aux Thermopyles

Montre-t-il un beau dévoûment

Horreur ! voilà que tu jubiles

En lui donnant le dévoiement.

Une ode pour la coquille

Herta Müller : « En coupaillant dans le tissu des mots »

Herta Müller est une romancière dont l’œuvre écrite se décline dans des livres et dans des collages. Fait-elle une différence entre les uns et les autres ? Aucune.

Dans les deux cas, il s’agit de créer du sens en coupaillant dans le tissu des mots. Découper, détourner, mettre du blanc autour… Mes livres, je les retravaille souvent plus d’une dizaine de fois. J’évide au maximum. Style ou ciseaux, c’est la même chose, j’arrive au même résultat. (in Le Monde)

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Herta Müller : « En coupaillant dans le tissu des mots »

François Hollande : « Le besoin de correcteurs, je crois qu’il est réel »

« Le besoin de correcteurs, je crois qu’il est réel, on ne va pas corriger simplement par des logiciels, il y a ce qui s’appelle tout simplement l’intervention humaine, parce que ce n’est pas simplement l’orthographe, c’est la qualité de la langue et la clarté de l’expression, c’est ça votre rôle. »

C’était il y a quatre ans, le 2 mars 2012. François Hollande, candidat à la présidence de la République, en visite dans une coopérative d’activités et d’emploi, répond à une correctrice qui l’interpelle sur ce métier.

proxyAujourd’hui, les correcteurs subissent une grande précarité dans l’édition et sont en voie de disparition dans la presse. Un collectif nommé Correcteurs précaires a lancé une pétition qu’il est toujours possible de signer.

Comme l’affirme le slogan du collectif, « l’édition mérite une bonne correction ». J’ajouterai que la presse aussi, même si les statuts y sont peut-être moins désavantageux (à voir…).

Olivier Quelier.

A voir aussi, cette illustration, pour sourire…

 

François Hollande : « Le besoin de correcteurs, je crois qu’il est réel »