Boccanera, enquêtrice de la noire Nice

Qui a la chance de connaître un tant soit peu « LA » Pedinielli sait qu’elle est femme de courage et d’engagement, d’amitié et d’indignation. Pas étonnant, donc, de retrouver ces caractéristiques dans son premier roman, Boccanera, publié aux éditions de l’Aube. Noir, le roman, bien sûr, comme les cafés qui liquident les nuits blanches, comme les enquêtes sur des affaires pas claires, comme l’humeur de ceux qui ne peuvent tolérer les minables salauds et les abominables tueurs.

Elle livre son roman comme ça, Michèle Pedinielli, comme un coup de sang, un coup de gueule, un coup de cœur. Elle nous le donne comme elle nous servirait un truc bien fort à boire, histoire de se remettre de la laideur du monde, du pouvoir des connards, histoire de retrouver la force de se dépatouiller encore un peu, juste encore un peu.

Va falloir vous faire à l’idée : je ne vous raconterai pas l’intrigue de Boccanera. Non qu’elle soit mal fichue, loin de là ; elle se révèle en fait maline et sombre à souhait, ancrée dans une réalité tout aussi glauque. Mais pourquoi empiéter sur le plaisir de la découverte ?

Mieux vaudrait que je vous parle des personnages, tous forts, tous incarnés. Et surtout de l’héroïne (quel mot inapproprié…) Ghjulia Boccanera — Diou, détective privée, solitaire avec colocataire, solidaire, quinqua marquée par la vie et par les coups qu’elle continue de se prendre à l’âme et au corps parce qu’elle est comme ça, Diou, elle ne tient pas en place et ne supporte pas l’injustice, alors elle fonce, alors elle s’enfonce dans ce que le monde a de plus laid : la haine, l’ambition, la violence…

Ghjoulia (prononcez Dioulia, c’est corse) fait la force de ce récit d’autant plus réussi qu’il tire sa puissance moins de la noirceur des meurtres et des saloperies commis que de la dénonciation (légère mais bien présente) du cynisme et de l’hypocrisie de notre société face à l’ouvrier prolo ou aux réfugiés syriens… Un cri d’amour aussi à cette ville de Nice où a grandi Michèle Pedinielli, triste de la voir si mal gérée, livrée en pâture aux promoteurs et aux imbéciles.

Boccanera… Faites-vous un café, enlevez vos chaussures, calez-vous dans votre canapé et ouvrez ce bouquin. C’est le meilleur conseil que je puisse vous donner.

Olivier Quelier

Boccanera, de Michèle Pedinielli, L’Aube Noire, 17.90€.

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Boccanera, enquêtrice de la noire Nice

Oh la rime ! Ah les rimes ! Holorimes !

Entrez dans le hall aux rimes !

Entrez, entrez, ayez confiance ! Vous êtes entre de bonnes mains : le gérant n’est pas un inconnu et on sait depuis une petite dizaine d’années que Marc Hillman, il manie les mots et l’humour comme peu, vigilant observateur des petites bizarreries et grandes inepties de l’époque.

On lui doit déjà le relevé de Sondages à la con, la liste des Petites annonces déjantées, le Best-of des lois les plus bizarres

Il a enfilé les perles d’inculture, de médecine et de pharmacie, de tribunal et de police et signé des ouvrages dont les titres seuls sont déjà un régal : Ce millénaire m’a mis les nerfs, Jeux de mots à vous dire, Calembours : qui s’y trotte s’hippique !

Aujourd’hui, il nous fait partager La folie des holorimes (Fayard / Le Figaro). Avec les holorimes, c’est comme au Scrabble : les mots comptent double : « Un vers holorime est un vers qui se lit tel qu’il a été écrit, mais qui donne à entendre en même temps tout à fait autre chose. » Exemple : « Il fait un temps d’été stable / Il fait un temps détestable ».

Comme le marque Hillman dans sa préface, le procédé « sert depuis des siècles aux meilleurs des écrivains et poètes, qui affichent un vers impeccable pour mieux y cacher un second sens, facétieux. » Ainsi Alphonse Allais :

Par les Bois du Djinn, où s’entasse de l’effroi

Parle et bois du gin ! ou cent tasses de lait froid

Quant à la chanson de Trénet, on se demande maintenant s’il faut entendre « Je t’attendrai à la porte du garage » ou le plus coquin « Je tâte André… ».

Dans cette folie, le lecteur trouve des holorimes parfaites (« Elle est revenue du Club médusée / Elle est revenue du Club Med’ usée ») des holorimes signées Hugo, Prévert et Boby Lapointe, des conjuguées, des qui-se-complètent (« Les habitants de Guermantes n’aiment guère Mantes »), des à-peu-près (« J’ai raté l’écrit mais réussi à l’oral / J’ai raté les Crimée, Russie à l’Oural »…

Chacune a son charme, sa musique, son sens caché. Autant vous laisser la surprise de les découvrir, de les déclamer, de les réciter, de les méditer…

Celle-ci, de Jacques Prévert pour terminer, parce que tout n’est pas dit :

Sceaux d’hommes égaux morts

Seaux d’eau, mégots morts

Olivier Quelier

La folie des holorimes, de Marc Hillman, Fayard/Le Figaro, 14 €.

A lire aussi : 

« Marc Hillman dévoile la jouis-sens des mots« .

 

Oh la rime ! Ah les rimes ! Holorimes !

Les 6 règles d’écriture de John Grisham

Je réponds à un cahier des charges très précis, composé de choses « à faire » et « à ne pas faire » :

  1. Ne jamais écrire la première scène tant que vous ne connaissez pas la dernière.
  2. Rédiger toujours au moins une page par jour.
  3. Travailler toujours au même endroit, à la même heure, quels que soient les paramètres extérieurs.
  4. Ne jamais faire de prologue et commencer au chapitre 1.
  5. Lire chaque phrase à haute voix et supprimer tous les mots superflus.
  6. Ne pas chercher à utiliser des mots compliqués pour impressionner les lecteurs.

(Tiré d’un entretien publié dans le magazine Lire).

Photo tirée du site jgrisham.com

John Grisham est un auteur de thrillers judiciaires de renommée mondiale. Il a signé notamment L’idéaliste, Le couloir de la mort, Non coupable et, parmi ses livres les plus connus, Le client et La firme.

Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma. En France, les éditions Jean-Claude Lattès ont publié en 2018 Le cas Fitzgerald.

 

Les 6 règles d’écriture de John Grisham

Ken Atchity : « Ne confondez pas l’écriture avec la réécriture »

« Ne confondez pas l’écriture avec la réécriture. Si vous essayez de faire les deux en même temps, vous vous saboterez. La réécriture est ce que vous commencez à faire lorsque vous avez terminé votre première ébauche. Bonne chance à vous tous. »

Ken Atchity

Producteur, Kenneth Atchity est également auteur, notamment de guides de storytelling et d’écriture (A Writer’s Time : A Guide to the Creative Process, from Vision through Revision). Son site est à découvrir ICI.

 

Ken Atchity : « Ne confondez pas l’écriture avec la réécriture »

Petit poème intertextuel… et alcoolisé

Je bois, systématiquement
Pour oublier les amis de ma femme
Je bois, systématiquement
Pour oublier tous mes emmerdements…
Allez viens boire un p’tit coup à la maison
La Madelon, viens nous servir à boire !
Ah ! Le petit vin blanc, qu’on boit sous les tonnelles…
Où as-tu mal, pourquoi as-tu mal
Ah t’as mal à la tête
Mais bois un peu moins aujourd’hui tu boiras plus demain
Et encore plus après-demain

Le sable chaud, le soleil quelle misère
J’aurais donné ma vie pour boire une bière
La bière. La bière.
Qu’est-ce qu’elle a fait de moi la bière ?
Qu’est-ce qu’elle a fait de moi?
La bière. La bière.
C’est comme si c’était mon frère.
Où as-tu mal, pourquoi as-tu mal
Ah t’as mal à la tête
Qui veut chasser une migraine
N’a qu’à boire toujours du bon

Je bois, systématiquement
Pour oublier tous mes emmerdements
C’est à boire, à boire, à boire,
C’est à boire qu’il nous faut
Je suis bourré bourré bourré
De bonnes intentions
Plus je bois, plus je bois, plus je bois,
Plus je bois
Plus je crois plus je crois plus je crois,
Qu’on est tout seul avec soi, avec soi, avec soi,
Même si on n’en a pas l’air

Merci à Boris Vian, Tri Yann, Grand Jojo, Licence 4, les garçons bouchers, Hoshi, Charles Aznavour, Claude Nougaro.

Dans la même série : le Petit poème intertextuel du bonheur.

 

Petit poème intertextuel… et alcoolisé

Michel Le Bris : « Le fictif, s’il n’est pas le vrai, n’est pas non plus le faux »

« Si l’on considère que la fiction est quelque chose de sérieux, qu’elle dit ce qui ne pourrait pas se dire autrement, il faut bien postuler que le fictif, s’il n’est pas le vrai, n’est pas non plus le faux.

Et s’il n’est de l’ordre ni du vrai ni du faux, c’est que l’imaginaire est une puissance de connaissance autre que la connaissance conceptuelle.

Irréductible à toutes les interprétations que l’on peut donner. »
Michel Le Bris

Michel Le Bris : « Le fictif, s’il n’est pas le vrai, n’est pas non plus le faux »

Tongs & Stylos

Élisa Tixen, blog d'auteur

J’ai le grand plaisir de vous présenter mon dernier ouvrage,
Tongs & Stylos.

Tongs & Stylos,
c’est un booster d’écriture pour les vacances.

– 21 jeux d’écriture inspirants et faciles (mais pas toujours)
– 20 minutes par jour pour relever le défi
– Des tas d’astuces d’écrivains…

Avec Tongs & Stylos, je n’ai pas la prétention de vous former à toutes les techniques d’écriture créative, ni de vous apprendre à écrire, en un été, le futur best-seller de la rentrée.

Ce que je vous propose, c’est un booster spécialement conçu pour ceux qui écrivent de temps en temps, mais pas assez à leur goût et qui veulent profiter de ce bel été pour se faire plaisir à raconter et à écrire. Il est aussi dédié à ceux qui voudraient bien écrire mais qui n’osent pas parce qu’ils ne savent pas par quel bout de feuille commencer.

Si vous êtes dans ces situations, Tongs…

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Tongs & Stylos