Gustave Flaubert : les journaux, « ne pouvoir s’en passer »

La formule est connue. Tirée du Dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert, elle n’est qu’un extrait de l’entrée du mot « Journaux ». Le texte, publié en 1913 de manière posthume, reste toujours d’actualité.

JOURNAUX. Ne pouvoir s’en passer mais tonner contre. Leur importance dans la société moderne. Ex. : Le Figaro. Les journaux sérieux : La Revue des Deux Mondes, l’Economiste, le Journal des Débats ! il faut les laisser traîner sur la table de son salon, mais en ayant bien soin de les couper avant. Marquer quelques passages au crayon rouge produit aussi un très bon effet. Lire le matin un article de ces feuilles sérieuses et graves, et le soir, en société, amener adroitement la conversation sur le sujet étudié afin de pouvoir briller.

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Charles Pennequin : la poésie en boucherie

Je suis fatigué, fatigué des lectures du public et des applaudissements, fatigué des mieux sereins, comment veux-tu improviser en lien serein et propre alors que c’est dans une boucherie que je suis provoqué, que c’est la vie sociale et des petits tracas d’existence qui me révoltent et m’abattent plus souvent encore ?
(…)
Pourquoi on ne dit pas plus souvent que notre poésie est prolétaire et pauvre et que nous ne sommes pas des chiens encravatés pour la circonstance mais que les lieux publics nous sont interdits, parce que nous ne sommes que des élémentaires, nous ne voyons que l’élémentaire et que tout le reste n’est qu’inventions et confort. »

Charles Pennequin, Lettre à J.S., éditions Al Dante.

Charles Pennequin : la poésie en boucherie

Ateliers d’écriture : comme une note d’intention

300e. Voici le trois centième article que je publie sur GrandeurSRvitude en presque dix-huit mois d’existence. Un nombre qui marque une étape, accompagne un changement de cap professionnel, mais pas seulement : (un peu) moins de journalisme ici, désormais, pour plus de littérature et d’écriture, sous plein de formes, y compris celle de l’atelier d’écriture. Comme ce texte, de février dernier, à lire comme une note d’intention.

Ce n’est qu’un murmure encore, un balbutiement qui s’impose d’autant plus fortement qu’il fait page blanche du passé, qu’il m’interroge sur la forme, sur les formes, qu’il me fait prendre conscience de ce que j’ai à dire, ou pas, me fait prendre conscience que je n’ai rien à dire, et c’est pas plus mal, que je n’ai peut-être qu’à laisser les mots s’impliquer, s’imbriquer, s’emberlificoter, que je n’ai qu’à jouer au legodémo, quatre syllabes d’un jeu dont je déposerai peut-être un jour la marque, le marque-page, dans un livre ou un blog ou une revue ou un réseau social ou tiens, oui tiens pourquoi pas sur scène, je ne l’avais pas encore balancé ce truc-là

(bon sang mais pourquoi je fais des phrases aussi longues, moi)

je m’essouffle donc à le dire oui tiens, tiens bon, pourquoi pas sur scène car je ne dis pas tout je ne me dis pas tout surtout, de peur de m’effrayer davantage, j’affirmais tout à l’heure que j’arrivais à me détacher du texte mais c’est pas vrai, pas faux non plus mais de plus en plus vrai

(si je ratiocine comme ça je ne vais jamais m’en sortir de cette phrase à la con)

que ces textes mes textes à moi et ceux des autres aussi peut-être, du collectif, j’ai envie de les dire de les lire de les interpréter de les jouer, la forme je la performe oui mais je vais me calmer là je rédige de moins en moins mon dieu merci j’écris de plus en plus mais je sais aussi je sais hélas sans encore savoir comment concilier tout ça qu’il y a dans mon ancien métier quelque chose de bon et de vrai à conserver à travailler

(comment je vais galérer à la lire à voix haute cette phrase)

mais l’essentiel c’est l’écriture de ces formes courtes – baba j’en étais quand j’ai découvert ça ici et en ce moment c’est les listes qui me tiennent me retiennent même celle des courses c’est moi qui la fais je vous dis pas ma femme comme elle m’aime dans ces moments-là, des listes oui, et j’y mets des couleurs et des interactions et comme je m’y perds, comme je m’y noie (des noix ? tu veux des noix, chérie ?) je me dis qu’à proposer qu’à partager ce serait bien, ce serait chouette mais qu’en plus de tout ça

(ne pas oublier que j’ai un train à 17h 25)

cette écriture-là doit être évolutive, surtout pas figée, écrite mais pas inscrite voilà débrouillez-vous avec tout ça j’en suis à 427 mots je vais mettre un point. Là.

Olivier Quelier

Ateliers d’écriture : comme une note d’intention

Gilles Lapouge : « Le journalisme m’a sauvé d’une littérature boursouflée »

Je suis convaincu que le journalisme m’a sauvé d’une littérature boursouflée. Quand vous avez 20 ans et que l’écriture vous attire, une grandiloquence vous menace. C’était mon cas. Je cherchais tant la sophistication que j’aurais pu m’enliser.

Le journalisme m’a appris l’écoute, la simplicité, les phrases courtes, l’accès à l’essentiel. Et l’humilité : vous croyez avoir écrit un article hors du commun, le rédacteur en chef vous demande d’en « sucrer » la moitié, belle leçon d’humilité. J’ai vite compris pourquoi Tolstoï disait : « Ecrivez comme cela vous vient, puis coupez, coupez, coupez, en repérant vos innombrables clichés ».

Gilles Lapouge.

Gilles Lapouge, à propos de son livre Maupassant, le sergent Bourgogne et Marguerite Duras, Albin Michel, 368p. 22€. (in 22 rue Huyghens n°3, hiver-printemps 2017)

Gilles Lapouge : « Le journalisme m’a sauvé d’une littérature boursouflée »

Antoine Mercier : le mauvais « rêve » de « figer l’instant dans l’épure de la factualité »

1280x720-ouyFace à la crise que traverse le journalisme, à la dégradation et à la précarisation des conditions de travail des journalistes, face à « l’effacement du sens même de notre profession, et en définitive, de la satisfaction de son exercice », Antoine Mercier, journaliste à France Culture, s’inquiète, dans son livre Manifeste pour sortir du mal-être au travail, des répercussions sur la qualité de l’information. 

Antoine Mercier explique : « En entendant le récit médiatique des événements, j’en viens parfois à penser que mes confrères oublient les principes fondamentaux qui justifient socialement leur fonction. Plutôt que de rapporter les événements qui feraient s’interroger chacun sur ses actions futures, ils semblent s’ingénier à recouvrir la réalité, dont ils sont pourtant censés rendre compte, de sujets déconnectés de tout lien avec le devenir collectif, comme si plus rien ne devait se passer. Rêve de figer l’instant dans l’épure de la factualité, le spontanéisme de l’émotion ou de la compassion bien-pensante. »

Manifeste pour sortir du mal-être au travail, d’Antoine Mercier et Vincent de Gaulejac, Desclée de Brouwer, 180p. 15€.

(d’après l’article « Presse sous pression », in Les Inrocks 14/11/12).

Antoine Mercier : le mauvais « rêve » de « figer l’instant dans l’épure de la factualité »

Emmanuel Bove : ni la littérature ni la vie ne sont littéraires

« Si l’on tente d’entrer dans la littérature, il ne faut pas prendre une tenue littéraire. C’est par la force de la vie qu’on y arrivera. Balzac, Dickens, Dostoïevski. Voyez-vous, ces grands hommes ne sont pas des littérateurs. Ce sont des hommes qui écrivent. La vie n’est pas littéraire. Elle entre dans la littérature, quand c’est un écrivain de cette taille qui l’y fait rentrer, mais sans que l’auteur ait voulu faire quelque chose de littéraire. »

Emmanuel Bove (1898-1945).

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L’écrivain et journaliste Jean-Luc Bitton, son biographe, consacre à Emmanuel Bove un site riche et passionnant, d’où est tiré ce court extrait.

 

Emmanuel Bove : ni la littérature ni la vie ne sont littéraires