De la transparence de l’écriture…

« L’écriture c’est comme la vie, au début on brode autour, quand on avance on élague, et à la fin on ne garde que l’essentiel ».
Un beau texte personnel sur l’écriture, par une amie poétesse.

Josette Hersent - Poésies et Photos ©

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 » Ah ! comme elles ont passé rapidement les années ensoleillées de ma petite enfance, mais quelle douce empreinte elles ont laissée à mon âme ! »

 » Pourquoi parler d’une joie délirante, non cette expression n’est pas juste, c’est plutôt la paix calme et sereine du navigateur apercevant le phare qui doit le conduire au port… »

« Histoire d’une âme » Sainte Thérèse de l’enfant Jésus.

Quoi de plus beau qu’un texte qui vient du cœur, qui en contient la musique et la poésie. Cette pureté de ton, qui transcende les mots simples, ne peut venir que d’un être porté par la grâce.

Mais pour nous simples humains…

L’écriture c’est comme la vie, au début on brode autour, quand on avance on élague, et à la fin on ne garde que l’essentiel.

Par-dessus tout, j’aime lire ceux qui écrivent comme ils parlent, mais pour arriver à ce stade de dépouillement, il faut…

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De la transparence de l’écriture…

Serge Joncour : la solitude du romancier au moment de lancer un atelier d’écriture

La solitude du romancier animant un atelier d’écriture. Tentant de débuter l’atelier face à un public méfiant, fermé. En l’occurrence, le public a des raisons de s’inquiéter. Le narrateur de L’écrivain national, de Serge Joncour, arrive avec des vêtements maculés de boue, l’air hagard. Un fait divers l’obnubile, le hante, au point que son comportement inquiète les habitants de cette petite ville qui l’accueille pour quelques semaines en résidence d’auteur.

Mais le romancier n’est pas un novice et c’est l’occasion pour lui (pour Serge Joncour ?) de nous livrer quelques-uns de ses petits secrets.

« Au pire je me replie… »

« Face à moi, assis autour des tables en plus, ils étaient une bonne douzaine, je les sentais aussi farouches que des élèves face a un nouveau prof même si, en la circonstance, ils avaient là un auteur totalement décrédibilisé. […]

Alors je fis vite diversion en parlant de ce qu’on allait faire, je réfléchissais tout haut, je ne savais pas quoi leur donner comme exercice, pour chaque nouvel atelier d’écriture j’improvise en fonction de ce que je ressens des personnes présentes, au pire je me replie sur les exercices de base, la prosopopée ou l’écriture d’une histoire à partir de dix mots piochés ou hasard dans le dictionnaire, chacun la sienne.

Ou bien encore on pourrait se lancer dans la séquence narrative alphabétique, ce serait plus simple, oui sans doute qu’on ferait cela, écrire une très longue phrase dont chaque mot commence par une des lettres de l’alphabet prises dans l’ordre. Mais c’est participants-là, je les trouvais curieusement déboussolés, je sentais qu’ils étaient perdus dans mes explications. Dans leurs regards, je devinais même de la défiance, déjà il se méfiais de moi, alors qu’on n’avait encore rien fait. »

L’écrivain national, de Serge Joncour, Flammarion, 2014, 390p. 21€.

A lire aussi :

Serge Joncour : le style, côté cour.

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Laurent Nunez : les incipits explicités en intime majesté

Ah, l’incipit ! Ce fameux incipit qui pique et qui pète et plaque les pupilles du lecteur au lustre de l’impatience (oui, on a les métaphores qu’on peut…). Cette phrase de quatre (« Aujourd’hui maman est morte ») ou quatre cents mots, qui révèle ou recèle, garde sa part d’obscurité quoiqu’il s’écrive ensuite.

Laurent Nunez, dans un ouvrage à l’élégance savante, s’attaque au mystère de certaines premières phrases, plus ou moins célèbres, de la littérature française. Il rappelle que Marcel Proust a mis trois ans pour trouver : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure ». Et Céline a transformé « Ça a commencé comme ça », sur le manuscrit envoyé à l’éditeur en « Ça a débuté comme ça », sur les épreuves destinées à l’imprimeur. « Ceux qui ne voient pas la différence, conclut Nunez, sont des sauvages ».

Prenons le temps, c’est important

Parce qu' »on lit toujours trop vite », Laurent Nunez nous invite à prendre le temps et à étudier chaque incipit mot après mot. Aux paresseux qui prétendent que « poésie et commentaire ne vont pas ensemble », il pose la question : « Est-ce que lire [le texte] vous suffit ? ». Son analyse de Chantre, le plus court poème de la langue française, écrit par Apollinaire, est un concentré de finesse et de talent.

Chantre, c’est ce monostiche sur lequel nul ne s’accorde tant les interprétations sont nombreuses :

Et l’unique cordeau des trompettes marines

La pertinence de l’analyse de Laurent Nunez est bluffante. Chaque mot est étudié, mis à nu. Trop ? Certainement pas. « On ne décode jamais assez, affirme Nunez, et c’est bien pourquoi la littérature existe. Lire, c’est toujours lire entre les lignes. L’interprétation est vitale à l’homo sapiens qui chasse, cueille et pêche depuis toujours, même au sein du langage. Dès lors, il ne faut pas dire que les œuvres littéraires ne s’expliquent pas, mais que c’est par l’explication seule que la littérature existe. »

Prenons encore un peu de temps, c’est passionnant

Nunez le démontre, face aux incipits de Proust, Queneau, Zola, Aragon et bien d’autres. Et démontre que l’on peut encore dire « des choses neuves sur des textes classiques », nous incitant, nous invitant à relire les chefs-d’œuvre. A les relire, vraiment, même s’il mesure avec dérision ce que ses « microlectures ont d’hystérique ».

Ah, les lectures érudites et passionnées de Laurent Nunez ! « Elles croient que chaque phrase est un coffre, dont les clefs seraient forgées par la grammaire, l’étymologie, les figures de rhétorique. Mais elles prouvent surtout qu’un texte littéraire est illisible, parce que personne ne peut réfléchir ainsi sur 200 ou 300 pages. »

Prenons le temps de nous laisser gagner par l’hystérie de lecture de Laurent Nunez.

Olivier Quelier

L’énigme de premières phrasesde Laurent Nunez, Grasset, 198p. 13€.

 

Laurent Nunez : les incipits explicités en intime majesté

Le désordre amoureux : un Chiflet des lettres

Jean-Loup Chiflet déclare sa flamme à la langue française dans un dictionnaire amoureux de plus de 700 pages. Un livre foutraque mais au plaisir communicatif.

Il y manque sans doute un peu d’ordre et de rigueur. De ce qui fait la différence entre le dictionnaire, fût-il amoureux, et le fourre-tout sympathique et subjectif.

Dans son ouvrage, Jean-Loup Chiflet ne cesse de déclarer sa flamme à la langue française. Au risque de s’y brûler parfois. Certaines listes, certains jeux de mots circulent tellement sur Internet que le sel s’en est évaporé. D’autres listes, elles, perdent de leur intérêt tant elles s’étalent sur des pages et des pages : dix sur les nouveaux mots de la Révolution ; vingt-cinq sur les nuances entre mots, alors que l’anecdote placée en exergue les vaut toutes !

Mais passons. Le dictionnaire amoureux de la langue française de Chiflet est riche de plus de 730 pages. C’est dire que ce passionné des mots a l’espace pour se faire plaisir et offrir aux lecteurs ses souvenirs, ses amours et ses anecdotes.

Fleurs de rhétorique

On s’amusera avec les aptonymes — ces noms qui correspondent à la profession de ceux qui les portent : docteur Bargeot, psychiatre ; Paul Amen, prêtre. On se cultivera en découvrant les gentilés (les noms des habitants de communes). On se posera des questions essentielles : d’où vient le mot alphabet ? Quelle différence entre un auteur et un écrivain ? On se délectera d’expressions régionales ; on « montera sur son poironnier », rouge de colère, face au politiquement correct ; on révisera les figures de style, rebaptisées « fleurs de rhétorique », dont la présentation, forcément incomplète, est bien replacée dans le fil de l’histoire de la langue française.

L’autre intérêt de ce dictionnaire personnel et partageur réside dans le panthéon des serviteurs de la langue, que Chiflet ouvre à Balzac, Baudelaire, La Fontaine, Hugo, Racine, Camus, Flaubert, Aragon… Sa passion du français éclate avec talent et générosité. On aime ce dico comme Chiflet aime la langue française : autant « pour ses trésors que pour ses insuffisances et ses défauts ».

Olivier Quelier

Dictionnaire amoureux de la langue française, de Jean-Loup Chiflet, Plon.

Le désordre amoureux : un Chiflet des lettres

Jacques Dupin : « La poésie, pour quoi faire ? »

Discorde est le titre d’un livre publié en juin 2017, réunissant de nombreux textes épars du poète Jacques Dupin, mort en 2012. Comme l’explique l’éditeur, P.O.L, « tout au long de sa vie d’écrivain, Jacques Dupin avait coutume de publier ses poèmes en revue, puis de les reprendre dans des ouvrages à tirage restreint, accompagnés d’interventions d’artistes amis, avant de les regrouper enfin dans les recueils qu’il destinait à ses éditeurs principaux : Gallimard de 1963 à 1982 puis P.O.L. à partir de 1986. Certains toutefois n’ont pas trouvé l’ensemble qui les aurait accueillis, ou n’y ont été intégrés qu’au prix de modifications substantielles. »

Ce recueil « embrasse toute la carrière poétique de l’auteur » et présente en quatrième de couverture le superbe texte court reproduit ci-dessous.


Jacques Dupin, Discorde, P.O.L, 240p. 23€.

Jacques Dupin : « La poésie, pour quoi faire ? »

Avec Gotainer, les mots font du chahut !

Les mots font du chahut, chante Richard Gotainer. Une chanson extraite du spectacle musical La Goutte au Pépère, à l’Alhambra de Paris en 2004.

Le tohu-bohu des mots, hue !

Asticot, ouistiti
Chalumeau, zigouigoui
Bigoudi, artichaut
Les mots sont rigolos

Pistache et cacahuète
Saucisse, rutabaga
Pour se fendre la binette
Des mots marrants, y’en a

Le mot cacatoès
De par son allégresse
Lorsqu’il est bien placé
Tue la morosité

Pissenlit, pipistrelle
Ou cucurbitacée
On en trouve à la pelle
Des mots qui font poiler

Capuche
Râteau
Mouillette
Berlue
Merlan
Fouchtra
Cageot
Purin
Burette
Poireaux
Bigleux
Nougat

La pâte de Jujube
À son simple énoncé
Limite ça fout les flubes
À quel point t’es plié

Tam-tam, tohu-bohu
Plumeau, barbe à papa
Pouët pouët, turlututu
Calypso, charabia

Caribou, pétaudière
Robinet, salami
Pour se fendre la caf’tière
Un mot souvent suffit

Abscons, sucette, cache-col
Tartine, suppositoire
Y’a des choses de haut vol
Pour s’allumer la poire

toupie, cachou, bidule
Sémaphore, testicule
Les mots, venez mes beaux
Gondoler mes boyaux

Bigorneau, patchouli
Ragoût, talus, grumeau
Quolibet, cagibi
Manganèse, mikado

Kangourou, cacatois
Sushi, Titicaca
Ils viennent du monde entier
Les mots nous chatouiller

Pipeau, cabas, virole
Cornichon, roubignolles
Tutu, papou, gigot
Tatami, cacao

Bar- tabac, clafoutis
Tabou, zoulou, boubou
Rotoplo, riquiqui
Cha cha cha, roudoudou

Cornemuse, pédoncule
Bougie, nichon, gourdin
Abyssal, tentacule
Biglotron, marloupin

Capsule, bidon, béret
Bagnole, pistou, pétard
Lippu, baigneur, plumet
Crépu, cocon, plumard

Quetche, beurre, flux, taxe
Blâme, grue, poule, bloc
Miche, cul, broc, max
Tige, bulle, toque
Bouse
Flaque, bugne, flou, nase
Muse, baie, touffe, pique
Boule, plume, base
Tome, putch, lard, bique

Tu lâches du chiwawa
C’est la crise assurée
T’envoie chipolata
T’es sûr des retombées

Les Mots Font Du Chahut
Ils aiment se bousculer
Quand ça balance velue
C’est du poil à gratter

Babouche
Rabot
Cuvette
Lubie
Barlu
Choux fleur
Bignole
Tango
Braguette
bidet
Citrouille
Gicleur
Les mots c’est du bonheur

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Des mots d’occasion pas chers avec La Rue Ketanou.

Quand Pierre Perret chantait la réforme de l’orthographe.

Avec Gotainer, les mots font du chahut !