Michel Le Bris : « Le fictif, s’il n’est pas le vrai, n’est pas non plus le faux »

« Si l’on considère que la fiction est quelque chose de sérieux, qu’elle dit ce qui ne pourrait pas se dire autrement, il faut bien postuler que le fictif, s’il n’est pas le vrai, n’est pas non plus le faux.

Et s’il n’est de l’ordre ni du vrai ni du faux, c’est que l’imaginaire est une puissance de connaissance autre que la connaissance conceptuelle.

Irréductible à toutes les interprétations que l’on peut donner. »
Michel Le Bris

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Michel Le Bris : « Le fictif, s’il n’est pas le vrai, n’est pas non plus le faux »

Doris Lessing : « Je ne sais pas grand-chose des programmes d’écriture créative… »

« Je ne sais pas grand-chose des programmes d’écriture créative. Mais ils ne disent pas la vérité s’ils n’enseignent pas, premièrement, que l’écriture est un travail acharné et, deuxièmement, que vous devrez renoncer à une grande partie de la vie, de votre vie personnelle, pour être un écrivain. » (Doris Lessing)

Doris Lessing : « Je ne sais pas grand-chose des programmes d’écriture créative… »

Faulkner : « Si je pouvais récrire mon œuvre… »

« Si je pouvais récrire toute mon œuvre, je suis persuadé que je ferais bien mieux, ce qui est l’état d’esprit le plus sain pour un artiste. C’est pour cela qu’il continue à travailler, à essayer encore ; il croit chaque fois qu’il va y arriver, qu’il va réussir.

Bien entendu, ce ne sera pas le cas, c’est pour cela que c’est un état d’esprit sain.

S’il réussissait, s’il parvenait à faire coïncider l’œuvre et l’image, le rêve, il ne lui resterait rien d’autre à faire que se trancher la gorge, sauter de l’autre côté de ce pinacle de perfection vers le suicide. »

Extrait d’un entretien à la Paris Review de 1956, repris ICI

Faulkner : « Si je pouvais récrire mon œuvre… »

Marie NDiaye : « J’ai appris à ne plus avoir peur de la simplicité »

« Mes premiers livres en témoignent, je prenais plaisir à montrer ce dont j’étais littérairement capable. Notamment de faire des phrases très longues et architecturées, voire d’écrire un roman composé d’une seule phrase (Comédie classique, 1987). Il s’agissait d’enfantillages ; j’étais tellement jeune alors, j’avais 20, 30 ans — j’ai passé l’âge depuis longtemps. Avec les années et les livres, j’ai appris à ne plus avoir peur de la simplicité. »

Marie NDiaye (extrait d’une interview 28/09/2016).

Marie NDiaye : « J’ai appris à ne plus avoir peur de la simplicité »

« Les mots me manquent »

Les mots me manquent. Me manquent comme un absent, un disparu, un trop tôt parti, jamais revenu. Me manquent et laissent comme une page blanche, un trou noir, une vacance rédhibitoire.

Les mots me manquent aussi dans l’autre sens. Me manquent, que je sois précis, dans l’autre acception de la formule : je ne sais plus quoi dire, en vrai.

En un sens, je n’ai plus les mots…

Je ne lis plus guère, ou des semaines sur un même livre, pages sautées, pages survolées. J’ignore ma bibliothèque, les livres s’empilent, je fais face, j’évite la médiathèque, impression d’errer au milieu des milliers de volumes dans des couloirs sans faim, alors…

Je n’écris plus, ou presque. Même si ce que je viens de saisir sur l’ordinateur dément au fur et à mesure ce que j’énonce. Mais au prix de quel effort, de combien de temps, de reports, de remords, de rejets… La question l’obsession, toujours les mêmes : à quoi bon ? Il fait si beau dehors, le jardin est en fleurs, le chat se prélasse sous le figuier ; la pluie est légère, passagère, le chat se lasse, sous la verrière. La météo ruine mes rares envies, dépression passagère sur la passion d’une vie.

Curieuse sensation de se détacher de ce qui a construit page après page ce qu’il faut bien appeler une vie, comme si l’encre de ces pages après pages s’effaçait lentement au rythme des bruines de printemps, perdant leurs forces, leurs couleurs…

J’ai la vie lavis, c’est là le drame, tout passe tout s’efface, j’aurais de quoi tenir des feuillets et des feuillets avec cette antienne, tiens, mais je n’écris pas, non, enfin quand j’écris je n’écris pas long, non, quand je vois tout ce qui se déplie se déploie se déroule et dégueule sur les réseaux je plie je ploie et souvent je remballe, je suis mauvais compagnon je crois mais tout ça m’angoisse,

à quoi bon
à quoi suis-je bon
pas à écrire long mais bon, j’ai écrit c’est déjà ça
337 mots

J’arrête là, c’est déjà ça
Je n’aurais pas fait mieux
Mais n’aurais-pas mieux fait de…

Olivier Quelier.

 

« Les mots me manquent »

Tom Wolfe : « Mon écriture s’appuie sur le reportage »

« Mon écriture s’appuie sur le reportage. Trop d’auteurs ne comprennent pas qu’il faut sortir de chez soi.

Installés dans leur bureau, ils écrivent aussi vite qu’ils le peuvent des choses issues de leur tête. Ils se contentent — ce qui est plus facile — d’adopter une position morale. À croire qu’ils ne s’intéressent pas à ce qui se passe autour d’eux.

Ça donne ces interminables romans psychologiques écrits par des jeunes gens formés dans des cours de creative writing. Ils ne parlent que de la classe moyenne (ce qui n’est pas la même chose que la bourgeoisie), jamais de la classe ouvrière, du type qui vous sert des pancakes, de sa vie, de ses problèmes.

On a dit que j’avais inventé le new journalism — le terme n’est pas de moi ; c’est vrai que cette appellation renvoie à un certain nombre de techniques que je partage : écrire scène par scène, utiliser les dialogues pour permettre au lecteur de pénétrer dans un livre. Il faut aussi noter — et Balzac excellait dans cet exercice — ce que j’appelle les « détails de statut », c’est-à-dire la manière de s’exprimer des gens, leurs mots, leurs tournures de phrase, la description du lieu qu’ils habitent : tout cela est révélateur de leur vraie personnalité, pas de celle qu’ils veulent offrir au monde.

Il faut, enfin, se mettre dans la tête des personnages, rapporter leur monologue intérieur, décrire le monde tel qu’ils le voient, pas comme vous vous le voyez. »

(Extrait d’un entretien accordé au Nouveau Magazine littéraire).

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