Jean Echenoz : « Je réimprime et je recommence »

Dans un entretien récent, Jean Echenoz donne quelques clefs sur sa manière d’écrire et revient sur les « versions successives » de ses textes.

Jean Echenoz.

« J’imprime une version. Puis, si j’ai des choses à modifier, je retape tout à partir du papier. Ce qui fait qu’il y a dans la machine les différentes versions successives. Corriger sur écran donne beaucoup moins de liberté que de reprendre. Même si on a l’impression qu’une phrase est bien, c’est mieux de la recopier pour s’en assurer (…). Et après je réimprime et je recommence.

L’intégralité de l’entretien est à lire ICI.

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Jean Echenoz : « Je réimprime et je recommence »

Despentes : Ecrire ? « C’est pas une thérapie, c’est pas un miracle. Mais c’est une force »

Dans le blog qu’elle tenait naguère, Virginie Despentes est un jour revenu sur un article de Elle à propos de l’écriture, qui affirmait, pour résumer, que trop de gens publiaient. La réponse de Despentes, opposée à cette idée, est une puissante évocation de ce que sont — devraient être — les ateliers d’écriture.

« Que tout le monde écrive, raconte, décrive, que tous ceux que ça tente s’y mettent. C’est une bonne chose d’écrire. Dans son cours sur le roman, Barthes explique que c’est quand l’école devient laïque, obligatoire pour tous, qu’on apprend aux élèves à lire et à écouter, et non plus à écrire et à parler.

Il faut apprendre à écrire, il faut écrire. C’est prendre le pouvoir. Ça ne fait pas de la personne un écrivain, ça ne garantit aucun lecteur, mais c’est un truc à part entière, écrire. Il faut écrire, il faut écrire son livre, au moins un, et puis recommencer, si on a des lecteurs et que ça nous intéresse. Il faut le faire.

Ecrire apprend à lire, aussi, écrire, c’est vraiment la richesse, c’est une force, c’est pas salvateur, c’est pas une thérapie, c’est pas un boulot, c’est pas un miracle. Mais c’est une force, je crois. »

Virginie Despentes

 

Despentes : Ecrire ? « C’est pas une thérapie, c’est pas un miracle. Mais c’est une force »

Philippe Jaenada et la femme en robe longue rouge

Un journaliste demande à Philippe Jaenada de se plier à un exercice que la romancière Alice Ferney a coutume de donner en atelier d’écriture : « Une femme en robe longue rouge apparut dans l’encadrement de la porte. Ecrivez la suite. »

Voici la réponse de Philippe Jaenada :

« Une balle la frappa en pleine poitrine, dans le sternum. » Mais j’aurais pu aussi bien répondre : « Les lumières de la pièce s’allumèrent, tous ses anciens amants étaient là » ou « Abdul écarquilla des yeux incrédules » ou « Le petit Vénusien se métamorphosa aussitôt en grille-pain ». Mais justement, ce n’est pas comme ça dans la vie, une seule chose se passe quand la femme en robe rouge apparaît dans l’encadrement de la porte.

Et ne comptez pas sur Philippe Jaenada pour vous donner quelque consigne de rédaction… A ma question sur son envie d’animer des ateliers d’écriture, la réponse avait fusé : « Jamais, Olivier ! Est-ce qu’on anime des ateliers d’amour, par exemple ? »

Philippe Jaenada. P.-E. Rastouin pour L’Express (capture d’écran).

L’intégralité de la rencontre entre Alice Ferney et Philippe Jaenada est à lire ICI.

Philippe Jaenada et la femme en robe longue rouge

John Irving : la réécriture, une pratique de lutteur…

J’ai toujours été reconnaissant de la discipline que le sport m’a donnée. Il y a, dans l’écriture, beaucoup de moments de répétition. Les gens ne s’en rendent pas toujours compte, mais être écrivain c’est passer une très grande partie de son temps à répéter les mêmes gestes : réécrire, barrer, corriger. Une grande part de l’attention que l’on porte au langage se traduit par la relecture de ce que l’on a écrit, encore, encore et encore.

À chaque fois, vous modifiez quelque chose. Un mot. Une ponctuation. L’endurance que l’on a pour se relire, se corriger, réécrire, est pour moi un témoignage de l’amour que l’on porte au langage. Personne n’écrit parfaitement dès le premier jet. Ce n’est pas vrai. Même les surdoués doivent recommencer et recommencer encore.

Je n’ai pas appris cela de ma pratique de l’écriture, ni même de mes lectures, mais du sport. Et, en particulier, de la lutte. La lutte vous apprend combien de fois vous devez répéter le même petit truc bête. Combien de fois vous devez répéter le même geste, la même prise, jusqu’à ce que cela paraisse naturel, jusqu’à ce que vous ayez une mémoire musculaire de telle ou telle position, jusqu’à ce que vous puissiez pratiquer telle ou telle prise les yeux fermés.

C’est exactement la même chose pour l’écriture. Il faut travailler chaque phrase de la même façon. Quand avez-vous écrit pour la dernière fois « dit-il » ou « Dominic a dit » ou « il a dit » ? Combien de fois avez-vous répété la même phrase longue ou la même phrase courte ? Quand avez-vous déjà utilisé ces points virgules, ces tirets, ces parenthèses que vous venez de tracer sur la page ?

Il faut penser à tout cela, exactement comme lorsque l’on pratique un sport de haut niveau, exactement comme lorsque l’on s’entraîne pour devenir lutteur. La lutte m’a fourni cette discipline. Elle agit constamment sur mon travail d’écrivain en me montrant à quel point cette discipline est nécessaire.

John Irving (tiré d’un entretien accordé au magazine Lire).

A lire aussi : 

« Hemingway ? Une écriture de publicitaire. »

« Irving et l’écriture : Less is more ? Non, less is less.« 

John Irving : la réécriture, une pratique de lutteur…

François Weyergans : « J’aime l’inquiétude et l’anacoluthe »

« — J’aime l’inquiétude et l’anacoluthe. L’anacoluthe est à la littérature ce que la vitesse de la lumière est à la physique. (…) L’anacoluthe, te rappellerait le dictionnaire, est une tournure dans laquelle, commençant par une construction, on finit par un autre. C’est l’inattendu, la rapidité, l’étonnement. »

François Weyergans, Je suis écrivain (Gallimard)

L’anacoluthe est une figure de style qui rompt la cohésion syntaxique de la phrase. En brisant la construction de la phrase, elle crée un effet de surprise, volontaire ou non. Pour le dire plus simplement, à la manière de Dupriez dans son Dictionnaire des procédés littéraires : « On commence une phrase et on la finit autrement ».

Un exemple célèbre d’anacoluthe est extrait des Pensées de Pascal : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, la face du monde en eût été changée ». On constate ici un changement de sujet grammatical. Une construction correcte donnerait : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, eût changé la face du monde ».

 

François Weyergans : « J’aime l’inquiétude et l’anacoluthe »