Asli Erdogan honore « les cris silencieux de toutes les victimes »

Asli Erdogan, journaliste et romancière turque, a été emprisonnée quatre mois pour avoir critiqué le gouvernement de son pays. Elle est maintenant sous contrôle judiciaire jusqu’à la tenue de son procès, en juin. Le 9 mai, à Amsterdam, elle a obtenu le prix Princess Margriet Award for Culture 2017, qui vise « à renforcer la cohésion sociale par la culture ». Elle a dédié cette récompense aux « cris silencieux de toutes les victimes ». Quelques jours plus tôt, Asli Erdogan accordait un long entretien au Monde. Elle évoque avec force et émotion comment elle est « entrée en littérature ». Extrait.

« Et puis les sujets m’ont happée les uns après les autres. Tant de tragédies ! Comment pourrions-nous les taire ? Il faut faire entendre la voix des victimes. Il faut trouver les mots et les procédés littéraires les plus à même de toucher les lecteurs qui n’ont pas envie d’être confrontés au drame ou à la violence.

Il faut ! Il faut ! Le langage journalistique n’est pas suffisant. Le recours à l’art et à la littérature est indispensable. J’ai travaillé comme une dingue. Je vérifiais mille fois chaque chose. (…)

Mais qu’on n’exige pas de moi une objectivité qui consisterait à mettre sur le même plan la victime et son bourreau. Ce serait une honte ! Quand on observe un homme battre une femme, l’objectivité consiste à soutenir la femme. »

 

Asli Erdogan honore « les cris silencieux de toutes les victimes »

Christophe Barbier, « tuteur pour lierre rampant »…

Les journalistes ont mauvaise presse. Pourtant, dans leur ensemble, ils continuent de faire leur boulot. Dans des conditions de plus en plus précaires, dans des situations de plus en plus difficiles. Ballottés entre mutualisation et regroupement, entre pressions et plan de licenciement.

Cela dit, certains aiment créer la polémique, histoire de se goberger d’être encore et toujours au centre des discussions. Enfin, certains… en l’occurrence Christophe Barbier, directeur de la rédaction du magazine L’Express jusqu’en octobre 2016, aujourd’hui dans quelque fonction brumeuse de conseiller du groupe Altice Media.

Des idées sur rien

Christophe Barbier, donc, dont ceux qui l’ont approché disent qu’il a « un avis sur tout mais des idées sur rien » — compétence qui lui permet de continuer à exercer les fonctions d’éditorialiste.

Ah, l’éditorialiste ! Barbier, l’homme à l’écharpe rouge qui ne s’écharpe plus avec personne depuis qu’il a gagné sa jolie petite place au soleil germanopratin, en a donné récemment, dans un article du JDD (rédigé par des étudiants en journalisme), une définition en termes si nobles, si choisis, qu’elle mérite de figurer dans le musée des archaïsmes de la profession.

Pas de « terrain » pour cet homme-là, vous l’allez voir. Il risquerait, en plus, d’y croiser ce « lierre rampant » qu’est le commun des mortels…

Olivier Quelier

Les réseaux sociaux ont déjà partagé des extraits de l’article du JDD, comme le montrent les tweets repris ci-dessous.

 

Christophe Barbier, « tuteur pour lierre rampant »…

Bernard Pivot : la dépendance du journaliste à l’éphémère

« Devenir journaliste, c’est prononcer des vœux pour une vie tout entière tournée vers les nouveautés de l’heure. »

C’est ce qu’affirme Bernard Pivot dans son nouveau livre La mémoire n’en fait qu’à sa tête, paru chez Albin Michel. Toujours tourné vers le présent, la nouveauté, Bernard Pivot était aussi souvent plongé dans des livres qui n’avaient d’autre intérêt que d’être dans l’air du temps.

« En sorte que je n’ai pas su donner de place à l’inactuel, à l’intemporel, au libre vagabondage de ma curiosité. Je n’ai pas été disponible pour l’aventure anachronique. Soumis à la tyrannie de l’information, je me suis privé des plaisirs de partir ailleurs, corps ou esprit, sans souci de l’agenda et de l’horloge.

Si je calcule le nombre d’heures que j’ai consacrées, ma vie durant, chaque jour, à la lecture de la presse, à l’écoute des journaux, de la radio et de la télévision, si je les traduis, oh, non pas en semaines ni en mois, mais en années, comment ne pas être horrifié par ma dépendance à l’éphémère ? »

Bernard Pivot, La mémoire n’en fait qu’à sa tête, Albin Michel, 229p. 18€.

Bernard Pivot : la dépendance du journaliste à l’éphémère

Journalisme : le contact et la distance

En cette période de campagne présidentielle, il est bon de relire ce propos très connu du fondateur du Monde, Hubert Beuve-Méry.

Télérama a d’ailleurs consacré un long article aux médias, dans son édition du 15 mars 2017. Intitulé « Presse et pouvoir : une proximité qui dérange », il revient sur la connivence, dont certains se réclament, comme Franz-Olivier Giesbert, et la difficile place que doivent tenir les journalistes dans leurs relations avec les politiques.

En 2016, l’historien Alexis Lévrier a consacré un livre au sujet : Le contact et la distance. Le journalisme politique au risque de la connivence, éditions du Celsa.

L’article est aussi l’occasion de compléter le propos d’Hubert Beuve-Méry qui déclarait :

« Le journalisme, c’est à la fois le contact et la distance. Les deux sont nécessaires. Tantôt il y a trop de contact, et pas assez de distance. Tantôt c’est l’inverse. Un équilibre difficile ».

Journalisme : le contact et la distance

Antoine Mercier : le mauvais « rêve » de « figer l’instant dans l’épure de la factualité »

1280x720-ouyFace à la crise que traverse le journalisme, à la dégradation et à la précarisation des conditions de travail des journalistes, face à « l’effacement du sens même de notre profession, et en définitive, de la satisfaction de son exercice », Antoine Mercier, journaliste à France Culture, s’inquiète, dans son livre Manifeste pour sortir du mal-être au travail, des répercussions sur la qualité de l’information. 

Antoine Mercier explique : « En entendant le récit médiatique des événements, j’en viens parfois à penser que mes confrères oublient les principes fondamentaux qui justifient socialement leur fonction. Plutôt que de rapporter les événements qui feraient s’interroger chacun sur ses actions futures, ils semblent s’ingénier à recouvrir la réalité, dont ils sont pourtant censés rendre compte, de sujets déconnectés de tout lien avec le devenir collectif, comme si plus rien ne devait se passer. Rêve de figer l’instant dans l’épure de la factualité, le spontanéisme de l’émotion ou de la compassion bien-pensante. »

Manifeste pour sortir du mal-être au travail, d’Antoine Mercier et Vincent de Gaulejac, Desclée de Brouwer, 180p. 15€.

(d’après l’article « Presse sous pression », in Les Inrocks 14/11/12).

Antoine Mercier : le mauvais « rêve » de « figer l’instant dans l’épure de la factualité »

Eddy Mitchell : journaliste et critique, « c’est dans ta nature, t’es intolérant » [chanson]

Avec Big Band, son 36e volume sorti en 2015, Eddy Mitchell rend hommage à l’Amérique qu’il aime, celle de Frank Sinatra et de Gary Cooper. Dans l’une de ses chansons, Journaliste et critique, il règle ses comptes avec les chroniqueurs musicaux.

518jp5zlvl

C’est dans ta nature
T’es intolérant
C’est le métier qui veut ça
Il faut que tu sois méchant, méchant
Pour toi les acteurs sont snobs, suffisants
Les actrices des jouets sexuels
C’est navrant, flagrant
Journaliste et critique
Parfois t’as raison
Ton analyse est juste
Comme ta vision
Tu nous fais découvrir
Des films, des nouveaux noms
Tu mérites ta liberté d’expression

C’est dans ta nature
D’être indifférent
Comme ça tu masques mieux tes sentiments
Tout le temps
Pourtant t’as beau être une plume intellectuelle

Tu as un cœur qui bat, une enveloppe charnelle
Journaliste et critique
Tu rêves souvent
D’écrire un best-seller
Ton grand roman
Politicien raté
Ou artiste égaré
Un chanteur sans public
Ramant, ramant

Journaliste et critique
Ton verbe acéré
Peut humilier et déstabiliser
La liberté d’la presse
Sans toi, c’est peanuts
Continue comme ça à jouer
Au sale gosse

Eddy Mitchell : journaliste et critique, « c’est dans ta nature, t’es intolérant » [chanson]